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Full text of "Le tour de la France par deux enfants"

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TX 448.61 ,F766H 
Fouillée, Alfred Jules Emile, 
Tojr de la Fiance par deux enfants .' 



3 6105 04925 3094 



le la France 



par deux Enfants 



FONTAtNB I 




IL 



Tiif BSSPïIiiPis' «j.Bi 

SCHOOL OF EDIjCATIOX 
LIBRARY 



TEXTBOOK 
COLLECTION 



STANFORD V^p/ UNIVERSITY 
LIBRARIES 




1>eatb'0 nDobem tHanduage Sériée 



LE 



TOUR DE LA FRANCE 

PAR DEUX ENFANTS 



PAR 



G. BRUNO^'^SevA^. 



4BRIDGED AND EDITED WITH NOTES AND VOCABULARY 

BY 

C. FONTAINE, B.L., L.D. 

Assistant Profbssor of Romance Languagbs in Columbia Univfrsity 



-<^ 



D. C. HEATH & CO., PÙBLISHERS 
BOSTON NEW YORK CHICAGO 



Copyright, 1901, 
By D. C. Heath & Ca 



4-0104 
I j 2 



INTRODUCTION 



The title-page of the French édition of Le Tour 
de la France par deux enfants bears the following 
mention, " adopté et recommandé pour les biblio- 
thèques scolaires et inscrit sur la liste des ouvrages 
fournis gratuitement par la Ville de Paris à ses 
écoles communales." This means that this work, the 
reading of which was recommended by the " Com- 
mittee of Twelve of the Modem Language Associa- 
tion of America," is probably one of the books that 
bave sold and still sell most extensively in France. 

In its original form, however, it is far too large to 
be read with interest by American pupils, and it has 
therefore beeri reduced almost one half, being pro- 
vided also with notes and a vocabulary to make it 
accessible for elementary classes. 

A map has been added on which the itinerary of the 
two children André and Julien has been indicated. 
Ail the names of towns, ri vers, and moun tains for 
which no équivalent is to be found in English hâve 
been left out from the vocabulary and should be 
looked up on the map. Indeed, this volume to be read 
with interest should be studied with almost continuous 
référence to the map. In this manner pupils will in- 
telligently follow the very extensive trip of the two 

ui 



IV INTRODUCTION 

children through France and become acquainted with 
her people,* customs, manners, and industries while 
acquiring at the same time an extensive and practical 
vocabulary, many of the words hère used being those 
that are but seldom met with in purely literary pro- 
ductions. Inasmuch as the irregular forms of verbs 
hâve been included in the vocabulary, this text may 
be taken up during the second half of the first year, 
or at the beginning of the second, according to the 
âge of pupils. It is hoped that in its Àmericanized 
garb Le Tour de la France will prove useful to both 
teachers and pupils. 

C. Fontaine. 

Central High School, 

Washington, D. C, 

January, 1901. 



LE TOUR DE LA FRANCE 

PAR DEUX ENFANTS 



I 



Par un épais brouillard du mois de septembre 
deux enfants, deux frères, sortaient de la ville de 
Phalsbourg en 
Lorraine. Ils ve- 
naient de' fran- 
chir la grande 
porte fortifiée 
q u .' o n ^ appelle 
porte de France. 

Chacun d'eux i 
était chargé d'un 
petit paquet de 
voyageur, soi- 
gneusement atta- 
ché et retenu sur i 
l'épaule par un 
bâton. Tous les 
deux* mar- 
chaient rapide-, 
ment, sans bruit; ils avaient l'air inquiet.* 2 

L'aîné des deux frères, André, âgé de quatorze ans. 




PORTE FORTIFIÉE 



2 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

était un robuste garçon, si grand et si fort pour son 
âge qu'il paraissait avoir au moins deux années de 
plus. Il tenait par la main son frère Julien, un joli 
enfant de sept ans, frêle et délicat comme une filK 
5 malgré cela courageux et intelligent plus que ne le^ 
sont d'ordinaire les jeunes garçons de cet âge. A leurs 
vêtements de deuil, â Tair de tristesse répandu sur 
leur visage, on aurait pu deviner qu'ils étaient orphe- 
lins. 

lo Lorsqu'ils se furent un peu éloignés^ de la ville, le 
grand frère s'adressa à l'enfant et, à voix très basse, 
comme s'il avait eu crainte que les arbres mêmes de 
la route ne l'entendissent : — N'aie pas peur, mon petit 
Julien, dit-il; personne ne nous a vus sortir. 

15 — Oh ! je n'ai pas peur, André, dit Julien ; nous fai- 
sons notre devoir, Dieu nous aidera. 

Tous les deux continuèrent à marcher résolument 
sous la pluie froide qui commençait à tomber. La nuit, 
qui était venue, se faisait de plus en plus noire. Pas 

20 une étoile au ciel ne se levait pour leur sourire; le 
vent secouait les grands arbres en sifflant d'une voix 
lugubre et envoyait des rafales d'eau au visage des 
enfants. N'importe, ils allaient sans hésiter, la main 
dans la main.^ 

25 Après plusieurs heures de fatigue et d'anxiété, ils 
virent enfin, tout au loin, à travers les arbres, une 
petite lumière se montrer, faîble et tremblante comme 
une étoile dans un ciel d'orage. Prenant par un che- 
min de traverse, ils coururent vers la chaumière 

30 éclairée. 

Arrivés devant la porte, ils s'arrêtèrent interdits, 
n'osant frapper. Une timidité subite les retenait. Il 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 3 

était aisé de voir qu'ils n'avaient pas Thabitude de 
heurter aux portes pour demander quelque chose. 
André rassembla son courage. 

— Julien, dit-il, cette maison est celle d'Etienne .le 
sabotier, un vieil ami de notre père: nous ne devons 5 
pas craindre de lui demander un service. Prions Dieu 
afin qu'il permette qu'on nous fasse bon accueil.^ 

Et les deux enfants, frappant un coup timide, mur- 
murèrent en leur cœur: — Notre Père, qui êtes* aux 
cieux, donnez-nous aujourd'hui notre pain quotidien. 10 

— Qui est là ? fit' du dedans une grosse voix rude. 
André prononça son nom : 

' — André Volden. 

Alors la porte s'ouvrit toute grande,* et la lumière 
de la lampe, tombant d'aplomb sur les petits voyageurs 15 
debout près du seuil, éclaira leurs vêtements trempés 
d'eau, leiu-s jeunes visages fatigués et interdits. 

L'homme qui avait ouvert la porte, le père Etienne, 
les contemplait avec une sorte de stupeur : 

— Mon Dieu! qu'y a-t-il," mes enfants? dit-il en 20' 
adoucissant sa voix, d'où venez-vous ? où est le" père ? 

Et, avant même que les orphelins eussent eu le 
temps de répondre, il avait soulevé de terre le petit 
Julien et le serrait paternellement dans ses bras. 

L'enfant, avec la vivacité de sentiment*^ naturelle à 25 
son âge, embrassa de tout son cœur* le vieil Etienne, 
et poussant un grand soupir: — Le père est au ciel, 
dit-il. 

— Comment! s'écria Etienne avec émotion, mon 
brave® Michel est mort? 30 

— Oui, répondit l'enfant. Depuis la guerre, sa 
jambe blessée au siège de Phalsbourg n'était plus so- 



4 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

lide: il est tombé d'un échafaudage en travaillant â 
son métier de charpentier, et il s'est tué.^ 

— Hélas ! pauvre Michel ! dit Etienne, qui avait des 
larmes aux yeux; et vous, enfants, qu'allez-vous de- 

5 venir ?^ 

André voulut reprendre le récit du malheur qui leur 
était arrivé, mais le brave Etienne l'interrompit. 

— Non, non, dit-il, je ne veux rien entendre main- 
tenant, mes enfants ; vous^ êtes mouillés par la pluie, 

lo il faut vous sécher au feu; vous devez avoir faim et 
soif, il faut manger. 

Etienne aussitôt, faisant suivre d'actions ses pa- 
roles,^ installa les enfants devant le poêle et ranima 
le feu. En un clin d'œil une bonne odeur d'oignons 

15 frits emplit la chambre, et bientôt la soupe bouillante 
fuma dans la soupière. 

— Mangez, mes enfants, disait Etienne en fouettant 
les œufs pour l'omelette au lard. 

Pendant que les enfants savouraient l'excellente 
2o soupe qui les réchauffait, le père Etienne confection- 
nait son omelette, et la femme du sabotier, enlevant 
un matelas de son lit, préparait un bon coucher aux 
petits voyageurs. 

Le poêle ronflait gaîment. André, tout en man- 
25 géant, répondait aux questions du vieux camarade de 
son père et le mettait au courant de la situation. 

Quant au petit Julien, il avait tant marché que ses 
jambes demandaient grâce* et qu'il avait plus sommeil 
que faim. Il lutta d'abord avec courage pour ne pas 
30 fermer les yeux, mais la lutte ne fut pas de longue 
durée, et il finit par s'endormir'* avec la dernière 
bouchée dans la bouche. 



LE TOUR DE LA FRi\NCE PAR DEUX ENFANTS 5 

Il dormait si profondément que la mère Etienne 
le déshabilla et le mit au lit sans réussir à l'éveiller. 

Pendant que Julien dormait, André s'était assis 
auprès du père Etienne. Il continuait le récit des évé- 
nements qui les avaient obligés, lui et son frère, à s 
quitter Phalsbourg où ils étaient nés. Revenons^ avec 
lui quelques mois en arrière.^ 

On se trouvait alors' en 1871, peu de temps après 
la dernière guerre avec la Prusse. A la suite de cette 
guerre, TAlsace et une partie de la Lorraine, y com- 10 
pris* la ville de Phalsbourg, étaient devenues alle- 
mandes; les habitants qui voulaient rester Français 
étaient obligés de quitter leurs villes natales pour aller 
s'établir dans la vieille France. 

Le père d'André et de Julien, un brave charpentier 15 
veuf de bonne heure, qui avait élevé ses fils dans 
l'amour de la patrie, songea comme tant d'autres Al- 
saciens et Lorrains à émigrer en France. Il tâcha donc 
de réunir quelques économies pour les frais du voyage, 
et il se mit à travailler avec plus d'ardeur que jamais. 20 
André, de son côté," travaillait courageusement en ap- 
prentissage chez un serrurier. 

Tout était prêt pour le voyage, l'époque même du 
départ était fixée, lorsqu'un jour le charpentier vint 
à tomber' d'un échafaudage. On le rapporta mourant 25 
chez lui. 

Pendant que les voisins couraient chercher du se- 
cours, les deux frères restèrent seuls auprès du lit 
où leur père demeurait immobile comme un ca- 
davre. 30 

Le petit Julien avait pris dans sa main la main du 



CI LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

mourant, et il la baisait doucement en répétant à tra- 
vers ses larmes, de sa voix la plus tendre : Père ! . . . 
Père ! . . . 

Comme si cette voix si chère avait réveillé chez le 

5 blessé ce qui lui restait de vie, Michel Volden tres- 
saillit, il essaya de parler, mais ce fut en vain; ses 
lèvres remuèrent sans qu'un mot pût sortir de sa 
bouche. Alors une vive anxiété se peignit^ sur ses 
traits. Il sembla réfléchir, comme s'il cherchait avec 

lo angoisse le moyen de faire comprendre à ses deux en- 
fants ses derniers désirs ; puis, après quelques instants, 
il fit un effort suprême et, soulevant la petite main 
caressante de Julien, il la posa dans celle de son frère 
aîné. Épuisé par cet effort, il regarda longuement 

1$ ses deux fils d'une façon expressive, et son regard 
profond, et ses yeux tristes semblaient vouloir leur 
dire: — Aimez-vous l'un l'autre,^ pauvres enfants qui 
allez désormais rester seuls! Vivez toujours unis, 
sous Tœil de Dieu, comme vous voilà^ à cette heure 

20 çlevant moi, la main dans la main. 

André comprit le regard paternel, il se pencha vers 
le mourant: 

— Père, répondit-il, j'élèverai Julien et je veillerai 
sur lui comme vous l'eussiez fait vous-même. Je lui 

25 enseignerai, comme vous le faisiez, l'amour de Dieu 
et l'amour du devoir : tou^ les deux nous tâcherons de 
devenir bons et vertueux. 

Le père essaya un faible sourire, mais son œil, 
triste encore, semblait attendre d'André quelque autre 

30 chose. 

André le voyait inquiet et il cherchait à deviner; il 
ce pencha jusqu'aiîprès des lèvres du moribond, Tinter- 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 7 

rogeant du regard. Un mot plus léger qu'un souffle 
arriva à Toreille d'André: — France! 

— Oh ! s'écria le fils aîné avec élan, soyez tranquille, 
cher père, je vous promets que nous demeurerons les 
enfants de la France ; nous quitterons Phalsbourg pour 5 
aller là-bas; nous resterons Français, quelque peine 
qu'il faille souffrir pour cela. 

Un soupir de soulagement s'échappa des lèvres pa- 
ternelles. La main froide de l'î^gonisant serra d'une 
faible étreinte les mains des deux enfants réunies dans 10 
la sienne, puis peu d'instants après, Michel Volden 
exhala son dernier soupir* 

Toute cette scène n'avait duré que quelques minutes ; . 
jnais elle s'était imprimée en traits ineffaçables dans 
le cœur d'André et dans celui du petit Julien. 15 

Quelque temps après la mort de leur père, les deux 
enfants avaient songé à passer en France comme ils 
le lui avaient promis. Mais il ne leur restait plus 
d'autre parent qu'un oncle demeurant à Marseille, et 
celui-ci n'avait répondu à aucune de leurs lettres; il ?p 
n'y avait donc personne qui piit leur servir de tutçur. 
Dans ces circonstances, les Allemands refusaient aux 
jeunes gens orphelins la permission de partir, et les 
considéraient bon gré mal gré^ comme sujets de l'Alle- 
magne. André et Julien n'avaient plus alors d'autre 35 
ressource, pour rester fidèles et^ à leur pays et^ au vœu 
de leur père, que de passer la frontière à l'insu des 
Allemands et de se diriger vers Marseille, où ils tâche- 
raient de retrouver leur oncle. Une fois qu'ils 
l'auraient retrouvé, ils le supplieraient de leur venir 30 
en aide et de régulariser leur situation en Alsace : car 



8 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

il restait encore une année entière accordée par la loi 
aux Alsaciens-Lorrains pour choisir leur patrie et 
déclarer s'ils voulaient demeurer Français ou devenir 
Allemands. 
5 Tels étaient les motifs pour lesquels les deux enfants 
s'étaient mis en marche et étaient venus demander au 
père Etienne l'hospitalité. 

Le lendemain, de bon matin, M"® Etienne était sur 
pied. 

10 En vraie mère de famille,^ elle visita les deux pa- 
quets de linge et d'habits que les deux voyageurs por- 
taient sur l'épaule, et elle mit de bonnes pièces aux 
pantalons ou aux blouses qui en avaient besoin. Elle 
étendit tout autour les vêtements mouillés des enfants ; 

15 lorsqu'ils furent secs, elle les brossa et tandis qu'elle 
pliait avec soin le gilet d'André, un petit papier bien 
enveloppé tomba d'une des poches. 

— Oh! se dit l'excellente femme, ce doit être là 
qu'est renfermée toute la fortune de ces deux enfants ; 

20 si, comme je le crains, la bourse est trop légère, on 
fera son possible^ pour y ajouter quelque chose. 

Et elle développa le petit paquet. — Dix, vingt, 
trente, quarante francs, se dit-elle ; que c'est peu^ pour 
aller si loin ! ... la route est bien longue d'ici à Mar- 

25 seille. Et les jours de pluie, et les jours de neige ! car 
l'hiver bientôt va venir . . . Les yeux de la mère Etienne 
étaient humides. 

— Et dire qu'avec si peu de ressources ils n'ont 
point hésité à partir ! . . . 

30 Pendant qu'elle songeait ainsi en son cœur, elle 
s'était approchée de son armoire et elle atteignait sa 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 9 

petite réserve d'argent, bien petite, hélas! car le père 
et la mère Etienne avaient cruellement souffert des 
malheurs de la guerre. Néanmoins, elle y prit deux 
pièces de cinq francs et les joignit à celles d'André: 

— Etienne sera content, dit-elle : ilx m'a recommandé 5 
de faire tout ce que je pourrais pour les enfants de son 
vieux camarade. 

Quand elle eut glissé dans la bourse les pièces d'ar- 
gent : 

— Ce n'est pas le tout, dit-elle; examinons ce petit 10 
rouleau qui enveloppait la bourse, et voyons si nos 
orphelins ont songé à se procurer de bons papiers, 
attestant qu'ils sont d'honnêtes enfants et non des 
vagabonds sans feu ni lieu . . .^ Ah ! voici d'abord le 
certificat du patron d'André: . 15 

«J'atteste que le jeune André Volden a travaillé 
chez moi dix-huit mois entiers sans que j'aie eu un 
seul reproche à lui faire. C'est un honnête garçon, 
laborieux et intelligent: je suis prêt à donner de lui 
tous les renseignements que l'on voudra. Voici mon 20 

adresse ; on peut m'écrire sans crainte. 

Pierre Hetman, 

maître serrurier, établi depuis 

trente ans à Phalsbourg.» 

— Bien, cela! dit M"® Etienne en repliant le certi- 25 
ficat. Et ceci, qu'est-ce? Ah! c'est leur extrait de 
naissance,^ très bien. Enfin, voici une lettre de maître 
Hetman à son cousin, serrurier à Épinal, pour le prier 
d'occuper André un mois: André portera ensuite son 
livret d'ouvrier^ à la mairie d'Épinal et M. le Maire 30 
y mettra sa signature. De mieux en mieux. Les 



lO LE TOUR DE LA FRANCE FAR DEUX ENFANTS 

chers enfants n'ont rien négligé: ils savent que tout 
ouvrier doit avoir des certificats en règle. Allons, 
espérons en la Providence ! tout ira bien. 

Lorsque Julien et André s'éveillèrent, ils trouvè- 
5 rent leurs habits en ordre et tout prêts à être mis ; et 
cela leur parut merveilleusement bon, car les pauvres 
enfants, ayant perdu leur mère de bonne heure, n'é- 
taient plus accoutumés à ces soins et à ces douces 
attentions maternelles, 
lo Julien, dès _ 

qu'il fut habillé, 
peigné, le visage 
et les mains bien 
nets, courut 




K DES VOSGES 



sance embrasser 
M™ Etienne, et 
la remercia d'un 
si grand cœur 
20 qu'elle en fut 
tout émue. 

— Cela est bel 
et bon,' répon- 
dit-elle gaîment. 

as mais il faut déjeuner. Vite, les enfants,^ prenez ce pain 
et ce fromage, et mangez. 

Pendant qu'André et Julien mangeaient, Etienne 
entra. 

— Enfants, dit le sabotier en se frottant les mains, 
^ je n'ai pas perdu mon temps: j'ai travaillé pour vous 

depuis ce matin. D'abord, je vous ai trouvé deux 
places dans la charrette d'un camarade qui va chercher 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 1 1 

des foins tout près de Saint-Quirin, village voisin de 
la frontière, où vous coucherez ce soir. On vous 
descendra^ à un quart d'heure du village. Cela éco- 
nomisera les petites jambes de Julien et les tiennes, 
André. Ensuite j'ai écrit un mot de billet que voici, 5 
pour vous recommander à une vieille connaissance que 
j'ai aux environs de Saint-Quirin, Fritz, ancien garde 
forestier de la commune. Vous serez reçus là à bras 
ouverts, les enfants, et vous y dormirez une bonne nuit. 
Enfin, ce qui vaut mieux encore, Fritz vous servira de 10 
guide^ le lendemain dans la montagne, et vous mènera 
hors de la frontière par des chemins où vous ne ren- 
contrerez personne qui puisse vous voir. C'est un 
vieux chasseur que^ l'ami Fritz, un chasseur qui con- 
naît tous les sentiers de la montagne et de la forêt. 15 
Soyez tranquilles, dans quarante-huit heures vous se- 
rez en France. 

— Oh! monsieur Etienne, s'écria André, vous êtes 
bon pour nous comme un second père ! 

Vers le milieu de l'après-midi, la carriole dont 20 
avait parlé le père Etienne s'arrêta sur la grande 
route;* le charretier, comme cela était convenu, siffla 
de tous ses poumons*^ pour avertir les jeunes voya- 
geurs. 

A ce signal, André et Julien saisirent rapidement 25 
leur paquet de voyage; ils embrassèrent de tout leur 
cœur la mère Etienne, et aussitôt le sabotier les condui- 
sit vers la carriole. 

Le charretier fit claquer son fouet et le cheval se mit 
au petit trot.® 30 



12 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 



II 

Une déception attendait nos jeunes amis à leur ar- 
rivée dans la maison isolée du garde Fritz, située aux 
environs de la forêt. Fritz, grand vieillard à barbe 
grise, d'une figure énergique, était étendu sur son lit 
5 qu'il n'avait pas quitté depuis plusieurs jours. Le 
vieux chasseur était tombé en descendant la- montagne 
et s'était fait une fracture à la jambe.^ 

— Voyez, mes enfants, dit-il après avoir lu la lettre ; 
je ne puis bouger de mon lit. Comment pourrais- je 

10 vous conduire? Et je n'ai auprès de moi que ma 
vieille servante, qui ne marche pas beaucoup mieux que 
moi. 

André fut consterné, mais il n'en voulut rien faire 
voir^ pour ne point inquiéter le petit Julien. 

15 Toute la nuit il dormit peu. Le lendemain matin 
de bonne heure, il se souvint d'avoir vu dans la cham- 
bre du garde forestier une grande carte du départe- 
ment, pendue à la muraille: c'était une de ces belles 
cartes dessinées par l'état-major de l'armée française, 

20 et où se trouvent indiqués jusqu'aux^ plus petits che- 
mins. 

— Je vais l'étudier, dit André, je dois passer la 
frontière et je la passerai. 

Le garde Fritz approuva la résolution et la fermeté 

25 d'André. — A la bonne heure ! dit-il. Quand on veut 

être un homme, il faut apprendre à se tirer d'affaire 

soi-même.* Voyons, mon jeune ami, décrochez-moi*^ 

la carte : si je ne puis marcher, du moins je puis parler. 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 13 

Vous avez si bonne volonté^ et je connais si bien le 
pays, que je pourrai vous expliquer votre chemin. 

Alors tous deux, penchés sur la carte, étudièrent le 
pays. 

Le garde parlait, montrant du doigt les routes, les 5 
sentiers, les raccourcis, faisant la description minu- 
tieuse de tous les détails du chemin. André écoutait; 
puis il essaya de répéter les explications ; enfin il des- 
sina lui-même tant bien que maP sa route sur un 
papier, avec les différents accidents de terrain^ qui lui 10 
serviraient comme de jalons pour s'y reconnaître. 

« Ici, écrivait-il, une fontaine ; là, un groupe de 
hêtres à travers les sapins; plus loin, un torrent avec 
le gué pour le franchir, un roc à pic que contourne le 
sentier, une tour en ruines.» 15 

Enfin rien de ce qui pouvait aider le jeune voyageur 
ne fut négligé. — Tout ira bien, lui disait Fritz, si vous 
ne vous hâtez pas trop. Rappelez-vous que, quand 
on se trompe de chemin* dans les bois ou les mon- 
tagnes, il faut revenir^ tranquillement sur ses pas,^ 20 
sans perdre la tête et sans se précipiter : c'est le moyen 
de retrouver bientôt le vrai sentier. 

Quand la brune fut venue, André et Julien se re- 
mirent en route, après avoir remercié de tout leur cœur 
le garde Fritz, qui de son lit leur répétait en guise 25 
d'adieu : 

« Courage, courage ! avec du courage et du sang- 
froid on vient à bout de tout.» 



14 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 



III 

A l'ouest, derrière les Vosges, le soleil venait de se 
coucher ; la campagne s'obscurcissait. Sur les, hautes 
cimes de la montagne, au loin, brillaient les dernières 
lueurs du crépuscule, et les noirs sapins, agitant leurs 
5 bras au souffle du vent d'automne, s'assombrissaient 
de plus en plus. 

Les deux frères avançaient sur le sentier, se tenant 
par la main; bientôt ils entrèrent au milieu des bois 
qui couvrent toute cette contrée, 
lo André avait tant étudié le pays toute la journée, 
qu'il lui semblait le reconnaître comme s'il y avait déjà 
passé. Malgré cela, il ne pouvait se défendre d'une 
certaine émotion: c'était la première fois qu'il suivait 
ainsi les sentiers de la montagne, et cela dans l'obscu- 
15 rite du soir. 

A un carrefour les enfants s'arrêtèrent, puis après 
un petit temps de repos ils se remirent en route. Mais 
tout à coup l'obscurité augmenta. Julien effrayé se 
serra plus près de son grand frère. 
20 Bientôt les étoiles qui les avaient guidés jusqu'alors 
disparurent. Un nuage s'était formé au sommet de 
la montagne, et, grossissant peu à peu, il l'avait enve- 
loppée tout entière. Les enfants eux-mêmes se trou- 
vèrent bientôt au milieu de ce nuage. Entourés de 
25 toutes parts d'un brouillard épais, ils ne voyaient plus 
devant eux. 

Ils n'avaient plus qu'un parti à prendre: attendre. 
André s'approcha d'un grand sapin dont les bran- 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 1$ 

ches s'étendaient en parasol et pouvaient leur servir 

d'abri contre la rosée nocturne, 
— Viens, dit-il à son jeune frère, viens près de moi : 

nous serons bien là' pour attendre. 

Julien s'approcha, silencieux; André s'aperçut que, .; 

sous 1 humidité glaciale du brouillard 1 enfant fris- 
sonnait; ses pe- 
tites mains 
étaient tout en- 
gourdies par le lo 
froid 

— Pauvre pe- 
tit, murmura 
André, assieds- 
toi sur mes ge- 15 
noux: je vais te ■ 
couvrir avec les 
vêtements ren- 
fermés dans 
notre paquet de ao 
voyage ; cela te 
réchauffera, et, 
si tu peux dor- 
mir en attendant 
que le brouillard zj 

se lève, tu reprendras des forces pour la longue route 

qu'il nous reste à faire. 

L'enfant était si las qu'il ne fit aucune objection et 

bientôt il s'endormit. 

Peu à peu la douce tranquillité du sommeil de Julien 30 

sembla gagner André, lui aussi.' Dans l'immobilité 

qu'il gardait pour ne pas éveiller l'enfant, il sentit ses 




l6 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

yeux s'appesantir par la fatigue. Il eut beau lutter^ 
avec fermeté contre le sommeil, malgré lui ses pau- 
pières se fermèrent à demi. 

Après un temps assez long, comme il était à moitié 
5 plongé dans une sorte de rêve, il lui sembla, à travers 
ses paupières demi-closes, apercevoir une faible clarté. 
Il tressaillit, et, secouant par un dernier^ effort le som- 
meil qui Tenvahissait, il ouvrit les yeux tout grands. 
La lune venait de se lever. 

lo Le cœur d'André battit de joie. Il serra son jeune 
frère dans ses bras. 

— Réveille-toi, mon Julien, s'écria-t-il ; regarde! le 
brouillard et l'obscurité sont dissipés ; nous allons pou- 
voir enfin repartir, 

15 Julien ouvrit les yeux; en voyant ce ciel lumineux, 

* il se mit à sourire naïvement, et, frappant ses petites 
jnains Tune contre l'autre, il sauta de plaisir. 

Aussitôt on refit les paquets de voyage. Cette gaie 
lumière avait fait oublier les fatigues précédentes. Les 

20 deux enfants reprirent allègrement leur bâton ;^ tout 
en marchant, on mangea une petite croûte de pain, et 
on se rafraîchit en partageant une pomme que la mère 
Etienne avait mise dans la poche de Julien. 

Les enfants continuèrent à marcher courageusement 

25 tout le reste de la nuit, et aussi vite qu'ils pouvaient. 
Le ciel était si lumineux que la route était devenue 
facile à reconnaître. Au petit jour* ils étaient sur 
l'autre versant de la montagne, sur le sol français ; 
alors se jetant à genoux ils s'écrièrent: « France aimée, 

30 nous sommes tes enfants, et nous voulons devenir 
dignes de toi!» Puis ils se relevèrent, se remirent 
bravement en marche et lorsque le soleil parut, em- 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 1 7 

pourprant les cimes des Vosges, ils étaient déjà loin de 
la frontière, hors de tout danger ; et, se tenant toujours 
par la main, ils marchaient joyeusement sur une route 
française, marquant le pas^ comme de jeunes cons- 
crits. 



IV 



Après plusieurs temps de repos suivis de marches 
courageuses, les deux enfants aperçurent enfin vers 
midi la petite pointe du clocher de Celles.^ Fritz leur 
avait laissé un mot de recommandation pour la veuve 
d'un cultivateur de ce village, et ils se réjouissaient lo 
d'arriver. 

Ils cherchèrent la demeure de la veuve dont ils 
avaient l'adresse. On leur indiqua une ferme située 
à l'extrémité du village et ils s'avancèrent vers la mai- 
son. 15 

La fermière vint sur le pas de sa porte et regarda 
les enfants qui s'approchaient d'elle, chapeau à la 
main. 

Dès le premier coup d'œil la ménagère, femme d'or- 
dre et de soin,^ fut bien prévenue en faveur des en- 20 
fants. Aussi, lorsqu'elle eut lu le billet de Fritz, elle 
fut tout à fait gagnée à leur cause. 

Elle les accueillit aussitôt avec empressement, et, 
comme on se mettait à table, elle les plaça auprès 
d'elle. 25 

Le dîner était frugal, mais l'accueil de la ménagère 
était si cordial et nos jeunes voyageurs si fatigués, 
qu'ils mangèrent du meilleur appétit la soupe aux 
choux* et la salade de pommes de terre. 



l8 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

Après le dîner, la fermière les envoya jouer avec ses 
propres enfants. On fit une grande partie de barres 
ce qui excita l'appétit de toute cette jeunesse^ et le 
souper parut excellent; mais André et Julien, qui se 

5 ressentaient de leur course de nuit,^ trouvèrent bien 
meilleur encore le bon lit que la fermière leur avait 
préparé; ils dormirent d'un seul somme' jusqu'au len- 
demain. 

Ils auraient dormi plus longtemps sans doute si la 

10 fermière n'avait pris soin de les éveiller. 

— Levez-vous, enfants; je connais, à deux heures 
d'ici,* un cultivateur qui va chaque semaine à Épinal ; 
il vous prendra dans sa voiture si vous allez le trouver 
assez matin.*^ 

15 Julien et André sortirent du lit: quoiqu'il leur sem- 
blât n'avoir pas dormi la moitié de leur content,® ils 
s'habillèrent à la hâte. Ils se lavèrent à grande eau^ 
le visage et les mains, ce qui acheva de les éveiller et 
de les rendre dispos. Puis ils firent® leur prière tous 

20 deux et poliment allèrent dire bonjour à la fermière. 

Elle leur mit à chacun une écuelle de soupe de lait 

entre les mains. Ils eurent bientôt mangé, et au bout 

de peu de temps ils étaient prêts à partir, tenant leur 

paquet de vêtements et leur bâton. 

25 Tous deux, avant de se mettre en route, allèrent re- 
mercier la fermière qui les avait traités comme ses 
enfants, et puis ils partirent. 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 19 



V 

Le soir, grâce à la voiture du fermier, les enfants 
arrivèrent à Épinal, où André se proposait de travailler 
un mois pour obtenir un bon certificat de son patron et 
du maire de la ville. 

Épinal est une petite ville animée, chef-lieu du dé- 5 
partement^ des Vosges. Les enfants traversèrent sur 
un pont la Moselle qui arrose la ville et s'y divise en 
plusieurs bras. Ils furent d'abord embarrassés au 
milieu de toutes les rues qui s'entre-croisaient ; mais, 
après s'être informés poliment de leur chemin, ils ar- 10 
rivèrent chez une parente de la fermière qui leur avait 
donné la veille l'hospitalité à Celles. 

Ils lui dirent qu'ils venaient de la part de^ la fer- 
mière et lui demandèrent de les prendre en pension, 
c'est-à-dire de les loger et de les nourrir, pendant le 15 
mois qu'ils allaient passer à Épinal. André eut soin 
d'ajouter qu'ils avaient quelques économies et paie- 
raient le prix que la bonne dame fixerait. 

M"® Gertrude (c'est ainsi qu'on l'appelait') fit les 
plus grandes difficultés. C'était une petite vieille 20 
voûtée, ridée, mais l'œil vif et observateur. Elle était 
assise auprès de la fenêtre devant une machine à cou- 
dre, le pied posé sur la pédale de la machine et la main 
sur l'étoffe pour la diriger. Elle interrompit son tra- 
vail afin de questionner les enfants, parut hésitante: 25 

— Je suis trop âgée, dit-elle, pour prendre un pareil 
embarras. 

Puis, rajustant ses lunettes, pour observer encore 



20 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

mieux les enfants inconnus qui lui arrivaient et qu'elle 
avait laissés tout le temps debout sur le seuil de sa 
porte, elle finit par dire :^ 

— Entrez toujours,^ je vous coucherai ce soir; après 
5 cela nous verrons, vous et moi, ce que nous avons de 

mieux à faire. 

Les deux enfants fort interdits entrèrent dans la 
maison de la vieille dame. Elle ouvrit un cabinet où 
il y avait un grand lit, deux chaises et une petite table. 

lo — C'est l'ancienne chambre de mon fils, dit-elle; 
mon fils est mort dans la dernière guerre. 

Elle s'arrêta, poussant un long soupir. — Prenez sa 
chambre pour ce soir, ajouta-t-elle; plus tard nous ver- 
rons. 

15 Elle referma la porte brusquement et s'éloigna, les 
laissant fort attristés de l'accueil qui leur était fait.* 
Julien surtout était confondu, car il voyait que la 
vieille dame se méfiait d'eux; il se jeta au cou de* son 
frère. 

20 — Oh! André, s'écria-t-il, il vaudrait mieux aller 
ailleurs. Nous serons trop malheureux de passer un 
mois chez quelqu'un qui nous prend, bien sûr, pour 
des vagabonds . . . Pourtant, ajouta l'enfant, nous 
sommes bien propres, et nous nous étions présentés si 

25 poliment! 

— Julien, dit André courageusement, ailleurs ce 
serait sans doute tout pareil, puisque personne à Épinal 
ne nous connaît. Ici, au moins, nous sommes sûrs 
d'être chez une brave et digne femme, car la fermière 

30 nous l'a dit. Tu sais bien, Julien, qu'il ne faut pas 
juger les gens sur la mine. Au lieu de nous désoler, 
faisons tout ce que nous pourrons afin de gagner sa 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 21 

confiance . . . Pour commencer, puisqu'il n'est pas 
encore sept heures, je vais lui demander où demeure 
le maître serrurier pour lequel j'ai une recommanda- 
tion. J'irai le voir tout de suite, et, si j'obtiens de l'ou- 
vrage, la dame Gertrude verra bien que nous sommes s 
d'honnêtes enfants qui voulons travailler et gagner 
son estime. Tu sais bien, Julien, qu'on estime tou- 
jours ceux qui travaillent. 

— Et moi ? dit Julien. 

— Toi, mon frère, reste à m'attendre: je crois que lo 
cela vaut mieux. 

Et André partit dans la direction que lui indiqua la 
mère Gertrude, tandis que Julien, poussant un gros 
soupir, regardait son frère s'éloigner. 

Il n'osait s'approcher de dame Gertrude, qui, sans 15 
s'occuper de l'enfant, s'était remise à sa machine à 
coudre et travaillait avec activité, car elle ne perdait 
jamais une minute. Enfin la petite vieille se leva, 
rangea son ouvrage avec soin, et prit sa cruche pour 
aîiler à la fontaine. Elle passa près de Julien sans rien 20 
dire, marchant toute voûtée, à pas lents, et respirant 
d'un air fatigué. 

L'enfant, en la regardant passer ainsi, faible et 
cassée, se sentit ému. Il était habitué à respecter les 
vieillards, et obligeant de son naturel.^ Il sut donc 25 
vaincre la crainte qu'elle lui inspirait, il fit deux pas 
en courant pour la rattraper et, tout rougissant, il lui 
demanda : 

— Voulez-vous, madame, que j'aille vous chercher 
de l'eau? 30 

La petite vieille surprise releva la tête : — C'est que,^ 
dit-elle, j'ai peur que vous ne cassiez ma cruche. 



22 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

— Oh! que^ non, dit Tentant; je vais bien faire 
attention,* soyez tranquille. 

Et lestement il partit à la fontaine. Il revint bien- 
tôt, portant avec précaution la précieuse cruche, qui, 
5 bien sûr, était plus vieille que lui, car la mère Gertrude 
était si soigneuse qu'elle ne cassait jamais rien. 

Et la petite vieille sourit si amicalement à Julien qu'il 
se sentit tout réconforté. 

Lorsque André rentra une heure plus tard, il trouva 
lo Julien bien affairé. Assis en face de la mère Gertrude, 
il lui aidait à écosser sa récolte de haricots; car la 
bonne dame avait un bout de jardin,^ derrière sa mai- 
son, et. Tété ayant été favorable, elle avait fait une belle 
récolte de haricots, pois, et autres plantes légumi- 
15 neuses. 

André fut émerveillé de voir Tenfant et la vieille 
dame causer tous deux comme d'anciennes connais- 
sances, et il acheva de rompre la glace en annonçant 
qu'il avait de l'ouvrage pour le lendemain même, et 
20 que son nouveau patron lui avait promis de faire entrer 
Julien à l'école.* 

M™® Gertrude parut alors aussi satisfaite que les 
enfants eux-mêmes. Elle trempa la soupe,*^ qui était 
cuite à point,® et les trois nouveaux amis soupèrent en- 
25 semble avec plus d'entrain qu'on n'eût pu le croire 
une heure auparavant. 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 23 



VI 

Deux jours après leur arrivée à Épinal, grâce à 
l'activité d'André, grâce à celle de M™® Gertrude, nos 
enfants étaient complètement installés. André tra- 
vaillait toute la journée à l'atelier de son patron, faisant 
rougir^ au feu de la forge le fer qu'il façonnait ensuite 5 
sur l'enclume, et qui devenait entre ses mains tantôt 
une clef, tantôt un ressort de serrure ou un verrou. A 
ses moments perdus^ le jeune serrurier, voulant se 
rendre utile à la mère Gertrude, fit la revue^ de toutes 
les serrures et ferrures de la maison: il joua* si bien lo 
du marteau et de la lime qu'il remit tout à neuf,** au 
grand étonnement de la bonne vieille. 

Mais tout cela ne fut pas long â faire, car la maison de 
la mère Gertrude n'était pas grande ; aussi il ne tarda 
pas à se trouver inoccupé le soir, au retour de l'atelier, is 

— André, lui dit M*"® Gertrude, vous n'allez plus à 
l'école, vous voilà* maintenant un jeune ouvrier; mais 
ce n'est point une raison, n'est-ce pas, pour cesser de 
vous instruire? 

André fit ce que lui conseillait la mère Gertrude, et 20 
désormais il alla chaque soir au cours d'adultes.'' 

Julien, de son côté, suivait l'école bien régulièrement 
et bientôt il rapporta à la maison des livres que lui 
prêtait l'instituteur et qu'il lisait le soir à haute voix. 
Les jours où il n'y avait pas de classes d'adultes, 25 
André passait la soirée avec son frère et la mère 
Gertrude. Le temps alors s'écoulait encore jplus gaie- 
ment que de coutume. 



24 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 



V 



VII 

— Julien^ dit un jour la mère Gertrude, c'est au- 
jourd'hui la foire d'Épinal. Il fait beau temps, et 
vous n'avez pas de classe: venez avec moi. Nous 
irons acheter ma provision d'oignons et de châtaignes 

S pour l'année, et nous la rapporterons tous les deux. 

Julien, bien content, prit deux sacs sous son bras, 

M™® Gertrude un panier, et l'on partit pour la foire. 

Les magasins avaient leurs plus beaux étalages: 

Julien et la mère Gertrude s'arrêtaient de temps en 

10 temps pour les regarder. On parcourut ensuite le 

marché pour se mettre au courant des prix, et on fit 

les achats: on emplit un sac d'oignons, l'autre de 

châtaignes, et le panier de pommes. 

Mais tout cela était lourd à porter. L'enfant et la 
15 bonne vieille avisèrent un banc â l'écart sur une place, 
et l'on s'assit pour se reposer en mangeant une belle 
pomme que la marchande avait offerte à Julien. 

— Que^ de choses il y a â la foire! dit Julien, qui 
était enchanté de sa promenade. Je me suis beau- 

20 coup amusé à regarder le grand magasin de verrerie; 
au soleil, cela brillait comme des étoiles. 

— Savez-vous d'où, venaient toutes ces verreries, 
Julien ? 

Julien réfléchit. — Oh! dit-il, je sais cela, car c'est 
25 dans la Meurthe, où je suis né, que ces belles choses 
se font.^ Je sais qu'il y a une grande cristallerie à Bac- 
carat. Mais dites-moi, madame Gertrude, d'où vien- 
nent donc toutes ces images grandes et petites qu'un 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 25 

marchand avait étalées à la foire, le long d'un mur/ 
et que vous m'avez laissé regarder tout à mon aise?^ 

— Mon enfant, tout cela se fabrique ici même,^ à 
Épinal.. Le papier qu'on fait ici sera peut-être re- 
couvert de ces dessins coloriés, qui s'en iront ensuite 5 
par toute la France pour amuser les enfants. Nos 
papeteries, nos imageries, nos fabriques de papiers 
peints pour tapisseries* sont connues partout. Nous 
avons aussi dans notre département la petite ville de 
Mirecourt, où se fabrique une très grande quantité 10 
d'instruments de musique, des violons, des flûtes, des 
clarinettes, des orgues de Barbarie** comme celui qui 
joue là-bas sur un coin de la place, mais les hommes 
ne sont pas seuls à bien travailler en Lorraine. 

— Oui, dit Julien, les femmes lorraines savent faire 15 
de jolies broderies, et j'en ai vu à bien des étalages 
aujourd'hui; mais je n'entends rien à cela, moi.® 

— D'autres que vous s'y entendent, Julien ; les bro- 
deries de Nancy, d'Épinal et de toute la Lorraine se 
vendent dans le monde entier. Les navires en empor- 2c 
tent des cargaisons jusque dans les Indes; c'est le 
travail de nos paysannes, de nos filles du peuple qu'on 

se dispute ainsi."^ Nous avons 35,000 brodeuses en 
Lorraine. Mais, si vous ne regardez pas volontiers les 
broderies et les dentelles, je vous ai vu pourtant vous 25 
arrêter fort en admiration devant une vitrine de fleurs 
artificielles. 

— Oh ! c'est vrai, dit Julien, il y a un rosier dans un 
pot qui ressemble si bien à un rosier pour de bon,® que 
je n'aurais jamais voulu croire qu'il fût en papier, si 30 
ce n'était vous, madame Gertrude, qui me l'eussiez as- 
suré. 



26 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

— D'où viennent ces fleurs, Julien ? 

— Je n'en sais rien du tout, mais elles sont bien 
jolies. 

— Elles viennent de l'ancienne capitale de la Lor- 
5 raine, de Nancy, une grande et belle ville de 88000 

âmes. Nancy est la seule ville de France qui rivalise 
avec Paris pour les fleurs artificielles. 



VIII 

Un jour Julien arriva de l'école bien satisfait, car il 
avait été le premier de sa classe, et il avait beaucoup 
10 de bons points.^ 

— Puisque vous avez si joliment travaillé, Julien, 
dit M™® Gertrude, je vais vous raconter une histoire. 
C'est celle d'un des plus grands peintres qui aient ja- 
mais existé. Il s'appelait Claude Gelée, et on l'a sur- 

15 nommé le Lorrain en l'honneur de son pays, car il est 
né dans ce département et en est une des gloires.* 
Ce petit Claude était fils de simples domestiques. Dans 
son enfance on le croyait presque imbécile, tant son 
intelligence était lente et tant il avait de peine à ap- 

20 prendre. 

— Le pauvre enfant qui était si mal partagé de la 
nature eut encore le malheur de perdre son père et sa 
mère dès l'âge de douze ans. Resté orphelin, on le 
mit en apprentissage chez un pâtissier, mais il ne put 

25 jamais apprendre à faire de bonne pâtisserie. Son 
frère aîné, qui était dessinateur, voulut lui enseigner 
le dessin : il ne put y réussir. 

Enfin un parent du jeune Claude l'emmena à Rome. 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 27 

C'était en Italie et à Rome que se trouvaient alors les 
plus grands peintres. Le petit Claude fut placé à 
Rome au service d'un peintre pour apprêter ses repas 
et aussi pour broyer ses couleurs. 

Peu à peu il prit goût à^ la peinture, et son maître 5 
lui donna quelques leçons. 

Lorsque Claude venait à sortir de la ville et qu'il 
parcourait la campagne, il restait des heures entières 
à regarder les paysages, les arbres, les prairies, le soleil 
qui s'élevait ou se couchait sur les montagnes. 10 

Claude était maintenant sorti de ce long sommeil 
où s'était écoulée son enfance. Il essaya de transporter 
sur les tableaux les paysages qui le frappaient, et il y 
réussit si bien que, dès l'âge de vingt-cinq ans, il s'était 
rendu illustre. Il travailla beaucoup et devint très 15 
riche, car ses tableaux se vendaient à des prix fort 
élevés. De nos jours,^ leur valeur n'a fait qu'augmen- 
ter avec le temps, et on estime à un demi-million quatre 
tableaux de Claude le Lorrain qui ornent aujourd'hui 
le palais de Saint-Pétersbourg. Ceux que nous avons 20 
à Paris, au musée du Louvre,^ sont d'un prix inesti- 
mable. 



IX 



Le samedi suivant, Julien fut encore le premier; il 
était si content, qu'il sautait de plaisir en revenant de 
l'école. 25 

M™* Gertrude était assise à sa fenêtre devant sa 
machine à coudre. La fenêtre était ouverte, car il fai- 
sait beau temps. 



28 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS . 

En relevant la tête M"*® Gertrude aperçut de loîn 

le petit garçon: à son air satisfait elle devina vite 

qu'il avait de bonnes nouvelles; elle lui sourit donc; 

Tenfant aussitôt éleva en Tair^ ses bons points et accou- 

5 rut à toutes jambes^ pour les lui mettre dans la main. 

— Vous êtes un brave enfant, Julien; embrassez- 
moi, et dites-moi ce qui vous ferait le plus de plaisir, 
car je veux vous récompenser. 

— Peut-être bien,^ dit-il, qu'en cherchant dans votre 
10 mémoire vous y retrouveriez encore une histoire à me 

raconter, comme celle de Claude le Lorrain. 

— Eh bien ! Julien, puisque vous aimez tant la Lor- 
raine et que j'ai commencé à vous parler des grands 
hommes qu'elle a donnés à la patrie, je veux bien con- 

15 tinuer. 

— Vous saurez d'abord, Julien, que, toutes les fois 
qu'il s'est agi de* défendre la France, la Lorraine a 
fourni des hommes résolus et de grands capitaines. 
Nailcy a vu naître Drouot, fils d'un pauvre boulanger, 

20 célèbre par ses vertus privées comme par ses vertus 
militaires, et que Napoléon I®** appelait le sage, Bar- 
le-Duc, le chef-lieu du département de la Meuse, nous 
a donné Oudinot, qui fut blessé trente-cinq fois dans 
les batailles, et Exelmans, autre modèle de bravoure. 

25 Le général Chevert, de Verdun, défendit une ville avec 
quelques centaines d'hommes seulement et donna 
l'exemple d'une valeur inflexible. Et votre ville de 
Phalsbourg, petit Julien, elle a vu naître le maréchal 
Lobau, encore le fils d'un boulanger, qui devint un de 

30 nos meilleurs généraux et dont on disait : « Il est in- 
variable comme le devoir.» ** 

Mais si les hommes, en Lorraine, se sont illustrés à 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 29 

défendre la patrie, sachez qu'une femme de la Lor- 
raine, une jeune fille du peuple, Jeanne Darc, s'est ren- 
due encore plus célèbre. Écoutez son histoire: 

I. Jeanne Darc était née à Domremy, dans le dépar- 
tement des Vosges où nous sommes, et elle n'avait 5 
jamais quitté son village. 

Bien souvent, tandis que ses doigts agiles dévidaient 
la quenouille de lin, elle avait entendu dans la maison 
de son père raconter la grande misère qui régnait alors 
au pays de France. Depuis quatre-vingts ans la guerre 10 
et la famine duraient. Les Anglais étaient maîtres de 
presque toute la France; ils s'étaient avancés jusqu'à 
Orléans et avaient mis le siège devant cette ville; ils 
pillaient et rançonnaient le pauvre monde. Les 
ouvriers n'avaient point de travail, les maisons aban- 15 
données s'effondraient, et les campagnes désertes 
étaient parcourues par les brigands. Le roi Charles 
VII, trop indifférent aux misères de son peuple, fuyait 
devant l'ennemi, oubliant dans les plaisirs et les fêtes 
la honte de l'invasion. 20 

Lorsque la simple fille songeait à ces tristes choses, 
une grande pitié la prenait. Elle pleurait, priant de 
tout son cœur Dieu et les saintes du paradis de venir 
en aide à ce peuple de France que tout semblait avoir 
abandonné. 25 

Un jour, à l'heure de midi, tandis qu'elle priait dans 
le jardin de son père, elle crut entendre une voix s'éle- 
ver : — Jeanne, va trouver le roi de France ; demande- 
lui une armée, et tu délivreras Orléans. 

Jeanne était timide et douce; elle se mit à fondre 30 
en larmes.^ Mais d'autres voix continuèrent à lui or- 



30 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

donner de partir, lui promettant qu'elle chasserait les 
Anglais. 

Persuadée enfin que Dieu l'avait choisie pour dé- 
livrer la patrie, elle se résolut à partir. 
5 Tout d'abord^ elle fut traitée de folle, mais la ferme 
douceur de ses réponses parvint à convaincre les plus 
incrédules. Le roi lui-même finit par croire^ à la mis- 
sion de Jeanne, et lui confia une armée. 

A ce moment les Anglais étaient encore devant Or- 
lo léans, et toute la France avait les yeux fixés sur la 
malheureuse ville, qui résistait avec courage, mais qui 
allait bientôt manquer de vivres. Jeanne, à la tête 
de sa petite armée, pénétra dans Orléans malgré les 
Anglais. Elle amenait avec elle un convoi de vivres et 
15 de munitions. 

Les courages se ranimèrent.' Alors Jeanne, entraî- 
nant le peuple à sa suite, sortit de la ville pour attaquer 
les Anglais. 

Dès la première rencontre, elle fut blessée et tomba 
20 de cheval. Déjà le peuple, la croyant morte, prenait 
la fuite : mais elle, arrachant courageusement la flèche 
restée dans la plaie et remontant à cheval, courut vers 
les retranchements des Anglais. Elle marchait au pre- 
mier rang et enflammait ses soldats par son intrépi- 
'25 dite : toute l'armée la suivit, et les Anglais furent chas- 
sés. Peu de jours après, ils étaient forcés de lever le 
siège. 

Après Orléans, Jeanne se dirigea vers Reims,, où 
elle voulait faire sacrer le roi. D'Orléans à Reims la 
30 route était longue, couverte d'ennemis. Jeanne les bat- 
tit à chaque rencontre, et son armée entra victorieuse 
à Reims,* où le roi fut sacré dans la grande cathédrale. 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 31 

Jeanne déclara alors que sa mission était finie et 
qu'elle devait retourner à la maison de son père. Mais 
le roi n'y voulut pas consentir et la retint en lui lais- 
sant le commandement de Tarmée. 

Bientôt Jeanne fut blessée à Compiègne/ prise par 5 
trahison et vendue aux Anglais qui Tachetèrent dix 
mille livres. Puis les Anglais la conduisirent à Rouen,* 
où ils Temprisonnèrent. 

Le procès dura longtemps. Les juges faisaient tout 
ce qu'ils pouvaient pour embarrasser Jeanne, pour la 10 
faire se contredire et se condamner elle-même. Mais 
elle, répondant toujours avec droiture et sans détours, 
savait éviter leurs embûches. 

— Est-ce que Dieu hait les Anglais ? lui demandait- 
on. — Je n'en sais rien, répondit-elle; ce que je sais, 15 
c'est qu'ils seront tous mis hors de France, sauf ceux 
qui y périront. 

On lui demandait encore comment elle faisait pour 
vaincre : 

— Je disais : « Entrez hardiment parmi les Anglais,» 20 
et j'y entrais moi-même. 

— Jamais, ajouta-t-elle, je n'ai vu couler le sang de 
la France sans que mes cheveux se levassent.^ 

Après ce long procès, après des tourments et des 
outrages de toute sorte, elle fut condamnée à être 25 
brûlée vive sur la place de Rouen. 

En écoutant cette sentence barbare, la pauvre fille se 
prit à pleurer. « Rouen ? Rouen ! disait-elle, mourrai- 
je ici? » — Mais bientôt ce grand cœur reprit courage. 

Elle marcjia au supplice tranquillement ; pas un mot 30 
de reproche ne s'échappa de ses lèvres ni contre le roi 



32 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

qui Tavait lâchement abandonnée, ni contre les juges 
iniques qui l'avaient condamnée. 

Quand elle fut attachée sur le bûcher, on alluma. 
Le Frère qui avait accompagné Jeanne Darc était resté 
5 à côté d'elle, et tous les deux étaient environnés par 
des tourbillons de fumée. Jeanne, songeant comme 
toujours plus aux autres qu'à elle-même, eut peur pour 
lui, non pour elle, et lui dit de descendre. 

Alors il descendit et elle resta seule au milieu des 
10 flammes qui commençaient à l'envelopper. Elle pres- 
sait entre ses bras une petite croix de bois. On l'en- 
tendit crier : Jésus ! Jésus ! et elle mourut. 

Le peuple pleurait: quelques Anglais essayaient de 
rire, d'autres se frappaient la poitrine, disant : — Nous 
1$ sommes perdus ; nous avons brûlé une sainte. 

Jeanne Darc, mon enfant, est l'une des gloires les 
plus pures de la patrie. 

Les autres nations ont eu de grands capitaines qu'ils 
peuvent opposer aux nôtres. Aucune nation n'a eu 
20 une héroïne qui puisse se comparer à cette humble pay- 
sanne de Lorraine, à cette noble fille du peuple de 
France. 

Dame Gertrude se tut ; Julien poussa un gros soupir, 
car il était ému, et il garda le silence en réfléchissant 
25 tristement. 

Cependant le temps s'écoulait: il y avait un mois 
qu'André et Julien étaient^ à Épinal ; on songeait déjà 
au départ. 

Le patron d'André, qui n'avait que des louanges à 

30 faire du jeune garçon, lui avait donné un certificat 

signé de lui-même avec le sceau de la mairie, puis l'at- 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 



33 



testation du maire de la ville déclarant qu'André et 
Julien étaient de braves et honnêtes enfants, et qu'ils 
avaient passé laborieusement leur temps à Épinal, Tun 
à récole, Tautre chez son patron. 

Nos jeunes garçons étaient bien contents. — Comme 
c'est bon, disait André, d'avoir l'estime de tous ceux 
avec lesquels on vit! 



X 



Depuis que le jour du départ était fixé, la mère 
Gertrude s'était mise en quête^ pour trouver aux en- 
fants l'occasion lo 
d'une voiture. 
Après bien des 
peines et au prix 
d'une légère gra- 
tification, elle dé- 15 
couvrit un voitu- 
rier qui allait à 
Vesoul et le dé- 
cida à prendre les 
enfants avec lui. 20 

Le lendemain, 
de grand matin, 
elle les conduisit 
à la place où le 
voiturier avait 25 
donné rendez- 
vous, et, après s'être embrassés plus d'une fois, on 
se sépara. 



Ue .eertifie fue U nimnè Xndré Volden 
â travaiUi chez moi commt ouvrier serrurier, 
du tir septembre 18'71 au 5 octobre 1871 et 
que ta conduite n'a rien laiué à désirer. 

Épitid, U tS octobre 1871. 



Yît Zô 5 «cro6f« 1871. 
Le maire. 




yf^"^ 



UN CERTIFICAT VISÉ PAR LE MAIRE 



34 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

Il était à peine quatre heures du matin lorsque la 
voiture quitta Épinal; aussi le soir même les enfants 
étaient à Vesoul, c'est-à-dire en Franche-Comté. Ve- 
soul est une ville de dix mille âmes située au pied d'une 
5 haute colline, dans une vallée fertile et verdoyante. Le 
département de la Haute-Saône, dont elle est le chef- 
lieu, est un des plus riches de France en mines de fer, et 
de nombreux ouvriers travaillent à arracher le minerai 
de fer dans les profondes galeries creusées sous le sol. 

10 André et Julien ne connaissaient personne à Vesoul : 
là, il n'y avait plus pour eux d'amis; il fallut payer 
pour le lit et la nuit,^ entamer la petite réserve pour 
acheter à déjeuner, et ne plus compter que sur ses 
jambes pour faire la route. 

15 Malgré cela, après avoir dormi une bonne nuit, les 
enfants le lendemain partirent gaîment de Vesoul et 
prirent la grande route de Besançon. 

Malheureusement le temps était menaçant et après 
quelques kilomètres de marche, ils commencèrent à 

20 sentir de grosses gouttes. 

— Quel 'malheur, dit Julien, que nous n'ayons pas 
de parapluie, il va falloir que nous nous mettions à 
couvert ce qui nous fera perdre du temps. 

Ils furent, en effet, obligés de s'abriter sous un han- 

25 gar, mais bientôt la pluie cessa et ils se remirent en 
marche pour faire les seize kilomètres, qu'il leur restait 
à faire avant d'arriver à Besançon. 

Quand ils y arrivèrent, et, après avoir cherché pen- 
dant quelque temps, ils découvrirent une auberge dont 

30 la propriétaire se trouva être une Alsacienne. Ils lui 
racontèrent leur histoire, lui dirent le but de leur 
voyage, et elle leur donna un lit à bon marché. 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 35 

Le lendemain, au moment où les enfants achevaient 
de s'habiller, leur hôtesse entr'ouvrit la porte. 

— Jeunes gens, leur dit-elle, comme vous allez jus- 
qu'à Marseille, peut-être seriez-vous bien aises^ d'avoir 
une occasion de faire la route jusqu'à Saint-Étienne^ 5 
sans qu'il vous en coûtât rien que la peine de travailler 
pendant quinze jours.^ Il y a soixante lieues d'ici 

à Saint-Étienne : c'est un fameux bout de chemin.* 

— Madame, dit André, pourvu que ce soit en com- 
pagnie de braves gens,^ nous ne demandons qu'à tra- 10 
vailler. 

— Soyez tranquilles, dit l'hôtesse; celui qui vous 
emploiera est un bien honnête homme, mais proche de 
ses intérêts.* Descendez, vous lui parlerez. 

André et Julien descendirent dans la cuisine et se 15 
trouvèrent en face d'un grand montagnard jurassien." 

Il les regarda rapidement et parut satisfait de son 
examen. 

— Voici ce qu'il y a,® dit-il à André. Tous les ans, 

à cette époque, je faisais avec ma femme une tournée 20 
de Besançon à Saint-Étienne pour vendre' et transpor- 
ter les marchandises du pays; mais cette année-ci ma 
femme est malade et je vais avoir de la peine à faire 
mes affaires^ tout seul. Si vous voulez tous les deux 
travailler avec moi de bonne volonté, je me charge 25 
de vous pour quinze jours. Au bout de ces quinze 
jours vous serez à Saint-Étienne. Je vous coucherai 
et je vous nourrirai tout le long du chemin, mais je ne 
puis vous payer. 

Le petit Julien ouvrait de grands yeux et souriait à 30 
l'étranger. 

— Monsieur, dit André en montrant Julien, mon 



36 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

frère n'a pas huit ans, il ne peut guère faire autre 
chose que des commissions. 

— Justement, dit le Jurassien, il ne fera pas autre 
chose. Vous qui êtes grand et fort, vous m'aiderez 

5 à charger ma voiture, à soigner le cheval et à vendre. 

— Volontiers, dit André; mais, si vous pouviez 
ajouter quelque chose, ne fût-ce que cinq francs, nous 
serions bien aises. 

— Pas un centime, dit Thomme, c'est à prendre ou 
10 à laisser.^ 

Julien sourit gentiment : — Oh ! fit-il, vous me don- 
nerez bien un parapluie, n'est-ce pas? si je vous con- 
tente bien : cela fait que nous pourrons^ voyager après 
cela même par la pluie. 

15 Le marchand ne put s'empêcher de rire à cette de- 
mande de l'enfant. — Allons, dit-il, mon petit homme, 
tu auras ton parapluie si les affaires marchent bien. 

Le lendemain de bon matin M. Gertal (c'était le nom 
du Jurassien) éveilla les deux enfants. André mit ses 

20 habits de travail, et après déjeuner on quitta Besançon. 
Pierrot (ainsi s'appelait* le cheval de M. Gertal) mar- 
chait bon train* comme un animal vigoureux et bien 
soigné. Julien et André regardaient avec grand plai- 
sir le pays montagneux de la Franche-Comté, car ils 

25 étaient assis tous les deux à côté du patron sur le 

devant de la voiture, d'où ils découvraient l'horizon. 

A chaque étape du voyage, on déchargeait la voiture, 

et chacun, suivant ses forces, le patron aussi, allait 

porter dans les divers magasins les marchandises qu'on 

30 avait amenées. Il fallait faire bien des courses fati- 
gantes, et souvent assez tard dans la soirée; mais le 
patron était juste: il nourrissait bien les enfants, et on 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 37 

dormait dans de bons lits. Nos deux orphelins étaient 
si heureux de gagner leur nourriture et leur voyage 
qu'ils en oubliaient la fatigue. 

On s'arrêta à Lons-le-Saulnier et à Salins, qui doi- 
vent leur noms et leur prospérité à leurs puits de sel.^ 5 
Les enfants purent voir en passant ces grands puits 
d'où on tire sans cesse Teau salée, pour la faire éva- 
porer dans des chaudières. 

En quittant Lons-le-Saulnier, M. Gertal mit le 
cheval au pas. — Voici une rude journée pour Pierrot, 10 
dit-il, car nous allons monter sans cesse. Le village 
des Rousses, où nous nous rendons, est en pleines mon- 
tagnes,^ sur la frontière suisse. 

En effet, la route ondulait continuellement en côtes 
et en descentes rapides. Par moments on apercevait 15 
les hautes cimes du Jura montrant au loin leurs pre- 
mières neiges, et de noirs sapins poudrés de givre s'éta- 
laient sur les flancs escarpés de la montagne. 

Lorsqu'on arriva au bourg des Rousses, le soleil 
venait de se coucher ; c'était l'heure où les vaches des- 20 
cendaient toutes à la fois des pâturages de la montagne 
pour rentrer aux étables. On arrêta Pierrot, afin de 
ne pas effaroucher les bonnes bêtes; celles-ci s'en re- 
venaient tranquillement, faisant sonner leurs clochettes 
dont le bruit rustique emplissait la vallée. 25 

Julien n'avait jamais été à pareille fête, car il n'avait 
pas encore vu un si nombreux troupeau. 

— Regarde bien, Julien, s'écria M. Gertal, et observe 
ce qui va se passer. 

— Oh ! dit Julien, je regarde si bien toutes ces belles 30 
vaches que je suis en train de les compter;* mais il y 
en a tant que c'est impossible. 



/" 



38 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

— Ce sont toutes les vaches de la commune réunies 
en un seul troupeau, dit M. Gertal, et il n'y a pour 
les conduire qu'un pâtre, appelé le pâtre communal. 

— Tiens ! s'écria Julien, qui regardait avec plus d'at^ 
5 tention que jamais; les unes s'en vont à droite, les 

autres â gauche, celles-là devant ; voilà tout le troupeau 
divisé, et le pâtre qui ne bouge pas pour les rappeler : 
à quoi pense-t-il? 

— N'as-tu pas entendu qu'il a sonné de la trompe? 
10 Eh bien, dans le bourg chacun est prévenu par ce son 

de trompe : on a ouvert les portes des étables, et, si le 
troupeau se divise, c'est parce que chacune des vaches 
prend le chemin de son étable et s'en va tranquillement 
à sa crèche. 
15 — Oh! vraiment, monsieur Gertal, vous croyez 
qu'elles ne se tromperont pas ? 

— Jamais elles ne se trompent; elles rentrent ainsi 
tous les soirs; et tous les matins, à l'heure du départ, 
il suffit encore au pâtre communal de sonner de la 

20 trompe; aussitôt, dans le village, chacun ouvre les 
portes de son étable; les vaches sortent et vont se ré- 
unir toutes à un seul et même endroit, où le pâtre les 
attend pour les conduire dans les belles prairies que 
nous avons vues le long du chemin. 

25 — Oh! que voilà^ des vaches intelligentes! dit 
André. 

— Oui, certes, reprit Julien ; mais il y a autre chose 
à remarquer que l'intelligence du troupeau ; c'est celle 
des habitants du pays, qui s'entendent de bonne amitié* 

30 pour mettre leurs troupeaux en commun^ et ne payer 
qu'un seul pâtre, au lieu de payer autant de pâtres 
qu'il y a de fermes et de troupeaux. 



LE TOUR DE LA FïlANCE PAR DEUX ENFANTS 39 



XI 

Le lendemain on se leva de bonne heure. M. Gertal 
avait acheté la veil le au soir des marchandises qu'il 
s'agissait, de^ charger dans la voitiire. Il y avait de 
ces énormes fromages dits de Gruyère qu'on fait dans 
le Jura, et dont quelques-uns pèsent vingt-cinq kilo- s 
grammes. 

En allant faire une commission pour le patron, Ju- 
"lien fut introduit dans une fromagerie où se trouvait 
le fruitier auquel il devait parler: on appelle fruitier, 
dans le Jura, celui qui fait les fromages. • Le fruitier iq 
était aimable ; en voyant Julien ouvrir de grands yeux 
surpris pour regarder la fromagerie, il lui demanda ce 
qui rétonnait tant que cela. 

— Oh! dit Julien, c'est cette grande chaudière que 

je vois là sur le feu. Elle est aussi grande qu'une 15 
barrique et elle a l'air pleine de lait.^ 

— Tout juste, enfant; il y a là trois cents litres de 
lait à chauffer pour faire du fromage. 

Les fermiers s'associent ensemble: ils m'apportent 
leur lait tous les jours, de façon que je puisse emplir 20 
ma grande chaudière. Alors je mesure le lait de cha- 
cun, et je marque sur un livre le nombre de litres qu'il 
a donnés. Quand les fromages sont faits et vendus, 
on me paie pour ma peine, et les fermiers partagent 
entre eux le reste de l'argent avec justice, suivant la 25 
quantité de lait que chacun a fournie. Notre seul dé- 
partement du Jura possède plus de cinquante mille 
vaches et fabrique par an plus de quatre millions de 



40 LE TOUR DE LA FRANCE PAR- DEUX ENFANTS 

kilogrammes de fromages. Et nous faisons tout cela 
en nous associant riches comme pauvres, d'un bon 
accord.^ 

Le petit Julien, pour rattraper le temps qu'il avait 
5 passé à écouter le fruitier, s'en revint en courant de la 
fromagerie. 

Ce n'était point i. une auberge qu'on était descendu, 
mais chez un cultivateur des Rousses, ami de M. 
Gertal. 
lo Le patron passa une partie de la soirée à faire ses 
affaires chez ses clients, et les deux enfants restèrent 
dans la ferme. 

Lorsque la nuit fut tout à fait venue, la fermière 
alluma deux lampes. Près de l'une les deux fils aînés 
15 s'établirent. Ils avaient devant eux toute sorte d'ou- 
tils, une petite enclume, des marteaux, des tenailles, 
des limes, de la poudre à polir.^ Ils saisirent entre 
leurs doigts de légers rubans d'acier qu'ils enroulaient 
en forme de spirale après les avoir battus sur l'enclume. 
20 André s'approcha d'eux tout surpris; leur travail, 
qui lui rappelait un peu la fine serrurerie, l'intéressait 
vivement. 

— Que faites-vous là? demanda-t-il. 

— Voyez, nous faisons des ressorts de montre. Dans 
25 nos montagnes on fabrique les différentes pièces des 

montres, de sorte qu'à Besançon on n'a plus qu'à les 
assembler pour faire la montre même. Moi, je fa- 
brique des ressorts, d'autres font les petites roues, les 
petites chaînes qui se trouvent à l'intérieur, d'autres 
30 les cadrans émaillés où les heures sont peintes, d'autres 
les aiguilles qui marqueront l'heure; d'autres enfin 
façonnent les boîtiers en argent ou en or. 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 41 

Tandis que les deux jeunes ouvriers en horlogerie 
causaient ainsi avec André, la fermière s'était assise 
avec sa fille auprès de Tautre lampe. Elle avait un mé- 
tier à faire les bas et travaillait avec activité. Pen- 
dant ce temps, le plus jeune des enfants faisait son s 
devoir^ pour Técole du lendemain. 

Il dessinait et faisait déjà très bien, des rosaces, des 
fleurs, des animaux et de jolies figures d'ornementa- 
tion. Bientôt M. Gertal revint et on alla se coucher, 
car on devait se mettre en route très tôt le lendemain lo 
matin. 



XII 



Le lendemain, en effet, on quitta les Rousses dès 
trois heures du matin, car le patron voulait arriver à 
temps pour le marché de Gex, une des principales villes 
du département de TAin. 15 

André enveloppa soigneusement le petit Julien dans 
son manteau : Tenfant, bercé par le balancement de la 
voiture et par le bruit cadencé des grelots sonores de 
Pierrot, ne tarda pas à dormir aussi bien que dans 
son lit. 20 

Le clair de lune était splendide, la route lumineuse 
comme en plein jour ; mais Tair était froid, car il gelait 
sur ces hauteurs, et les noirs sapins avaient sur toutes 
leurs branches de grandes aiguilles de glace qui bril- 
laient comme des diamants. 25 

Après plusieurs heures de marche sur une route tou- 
jours montante, on traversa un dernier défilé entre 
deux montagnes et Ion arriva au haut d'un col d'où 



42 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

Ton découvrait toute la Suisse, la Savoie et les 
Alpes. 

André appela son frère et le petit Julien en un clin 
d'œil fut éveillé. 
S Les voyageurs se trouvaient au haut de la chaîne 
du Jura. 

Tout en bas, dans la plaine, s'étalait, à perte de vue,^ 
le grand lac de Genève, le plus beau de l'Europe, do- 
miné de toutes parts par des montagnes blanches de 

10 neige. 

C'était les Alpes de la Savoie dans lesquelles se 
trouvent les plus hauts sommets de l'Europe. En face 
se voyait le mont Blanc dont la cime couverte de neiges 
étemelles dépassait toutes les autres. 

15 Après avoir longuement admiré le splendide pano- 
rama qui s'étalait devant leurs yeux étonnés les voya- 
geurs se remirent en route et bientôt ils quittèrent le 
département du Jura pour entrer dans celui de l'Ain 
en Bourgogne. 

20 De la voiture, on apercevait déjà le clocher de la 
petite ville de Gex, connue par les fromages qui 
portent son nom. 

— Enfants, dit le patron, nous voici arrivés à Gex ; 
il s'agit à présent de travailler ferme.^ Nous aurons 

25 une journée de fatigue aujourd'hui, et pas une mi- 
nute à perdre. 

Nos trois amis furent en effet si occupés toute la 
journée qu'ils n'eurent pas le temps de manger autre 
chose qu'un petit pain de deux sous^ en courant ; mais 

30 personne ne songea à s'en plaindre. La vente était 
bonne, le patron radieux, et les enfants enchantés 
comme s'il se fût agi de leurs propres intérêts. 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 43 

Tout en se hâtant de faire les commissions, Julien 
regardait le pays tant qu'il pouvait. De la ville de 
Gex, on aperçoit encore le lac de Genève et les belles 
Alpes de Savoie. 

Deux jours après, on traversa, sans s'y arrêter, la 5 
ville de Bourg, située dans la plaine fertile de la 
Bresse. 

— Mes enfants, dit alors M. Gertal, je suis content 
de vous, vous travaillez avec courage. Cela m'engage 

à vous venir en aide. Vous avez quelques petites éco- 10 
nomies, je veux vous montrer à les faire fructifier. 
Tout en travaillant pour moi, vous travaillerez pour 
vous : ce sera une sorte d'association que nous ferons 
ensemble. Ecoutez-moi. La Bresse est connue par- 
tout pour ses excellentes volailles. Je vais acheter 15 
avec votre argent, dans une ferme des environs, une 
vingtaine de belles poulardes, que vous vendrez au 
marché de Mâcon, où nous allons nous rendre. Si peu 
que vous gagniez^ sur chaque poularde, cela vous fera 
sur le tout une somme assez ronde.^ Ne serez-vous 20 
pas contents ? 

— Oh! fit Julien, je crois bien,^ monsieur Gertal. 
Vous êtes bien bon pour nous, et je vais m'appliquer 
à vendre, allez I 

— Oui, dit André, nous vous en serons bien recon- 25 
naissants, monsieur Gertal, car souvent je songe avec 
inquiétude au terme de notre voyage. J'ai peur de ne 
point retrouver notre oncle à Marseille, ou bien je 
crains qu'il ne soit obligé de retourner en Alsace pour 
obtenir que nous soyons Français. Si nous pouvions 30 
arriver là-bas avec quelques économies, je serais moins 
tourmenté. 



44 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

— Il ne faut point t'inquiéter comme cela, mon gar- 
çon. Avec du courage et de la persévérance, on vient 
à bout^ des choses les plus difficiles. 

— Julien, dit M. Gertal lorsqu'on eut bien dîné, 
5 viens avec moi à la ferme où je dois acheter nos pou- 
lardes de Bresse; tu aimes Tagriculture, tu vas voir 
une ferme bien tenue. 

Julien enchanté se leva de table avec André. 
On arriva dans une cour de belle apparence. A Ten- 
10 trée deux grands arbres, un prunier et un cerisier, 
donnaient en été leur ombrage et leurs fruits. Un 
banc en pierre sous une tonnelle indiquait que le soir 
on venait souvent s'y reposer des travaux de la jour- 
née. 
15 On entra dans la maison, et Julien, tout en souhai- 
tant le bonjour à la fermière, s'émerveilla de trouver 
la maison si claire et si gaie. 

Tandis que la fermière allait choisir les volailles au 
poulailler, M. Gertal fit avec nos amis le tour de la 
20 ferme. On visita les étables spacieuses; on admira 
l'écurie proprement tenue. En passant devant la por- 
cherie, Julien fut bien surpris de voir l'habitation des 
porcs non moins soignée que le reste de la ferme. 
De la porcherie, on alla au poulailler rejoindre la 
25 fermière. 

Elle choisit vingt et une poulardes parmi les plus 
fines : elle était bien aise d'en vendre d'un seul coup^ 
une si belle quantité, et elle les laissa à un prix avan- 
tageux. Tout allait donc bien ; aussi notre ami Julien, 
30 en partant pour Màcon, faisait des rêves d'or. 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 4$ 



XIII 

Dans la même journée on arriva au chef-lieu du dé- 
partement de Sî^ône-et-Loire. La Siiône passe le long 
de la ville, et cette belle rivière est sillonnée de nom- 
breux bateaux qui apportent à Mâcon les denrées et 
produits des départements voisins. Mâcon fait aussi s 
un grand commerce de vins. 

Le lendemain M. Gertal, en parcourant le marché, 
vit qu'il y avait peu de volaille sur la place. 

— Enfants, dit-il à Julien et à André, tout le monde 
est si occupé de la vendange en ce moment, que peu de lo 
fermières ont eu le temps de venir en ville apporter 
leurs poulardes. Aussi la volaille est très chère; je 
me suis çnquis des prix : ne cédez pas la vôtre à moins 
de cinquante centimes de bénéfice par pièce; elle sera 
encore à meilleur marché^ que par toute la place.^ 15 

André et Julien se le tinrent pour dit.^ 

Après bien des paroles et bien du mal,* les vingt et 
une poulardes se vendirent enfin. Le petit Julien fit 
autant de tours qu'il fallut pour les porter chez les 
acheteurs. A la dernière, il était si las qu'il n'en pou- 20 
vait plus;*^ mais il était content de penser que par sa 
peine et ses soins il allait avoir, lui aussi, contribué à 
gagner quelque argent. Et cette pensée le rendait 
tout fier et lui donnait du courage. Néanmoins il avait 
bien de la peine à suivre la dame qui avait acheté la 25 
poularde. Arrivée chez elle, cette dame le paya, et 
Julien s'en retourna vite pour rejoindre André. 

Il avait déjà fait les trois quarts du chemin, quand il 



4» LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

voyait que vendangeurs et vendangeuses allant et 
venant, la hotte pleine de raisin. Tout ce monde avait 
l'air réjoui, car la récolte était abondante, et les raisins 
de belle qualité. 
5 Ailleurs, on apercevait des vignerons qui, à l'ancienne 
manière,' piétinaient le raisin qu'on venait de cueillir. 
Ils foulaient gaiement du pied les grappes mOires. 

— Voyez- 
vous ces 

10 hommes? dit 

M. Gertal, 
• ils sont en 

train de faire 

le- foulage* 
15 des raisins 

— Mon- 
sieur Gertal, 
dit Julien, 
est-ce que 

10 partout on 

écrase ainsi ^a fahruahon iu mn 

le raisin avec 

les pieds pour faire le vin? 

— Non, mon ami ; il y a beaucoup d'endroits où on 
î5 se sert d'un fouloîr, ce qui vaut mieux. 

Pendant qu'on causait, on voyait toujours devant soi 
des collines et encore des collines, toutes chargées de 
vignes. 

— Comment se nomment donc ces collines-là? de- 
30 manda Julien en montrant du doigt les nombreuses 

côtes qui ondulaient au soleil levant, 

— Ce sont les monts du Charolais ; ils se continuent 




LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 49 

tout chargés de raisins à travers la Bourgogne. Un 
peu plus haut, ils prennent le nom de la côte d'Or. 
Devines-tu pourquoi? 
Julien réfléchit. y ^ 

— Je crois bien que oui/ fit-îl en parcourant des s 
yeux la campagne ensoleillée ; regardez, monsieur Ger- 
tal, ces côtes couvertes de vignes : elles ont sous ce beau 
soleil la couleur de Tor, à cause de leurs feuillages jau- 
nis par l'automne. 

— C'est vrai, petit Julien; mais ne penses-tu pas lo 
aussi que toutes ces hottes pleines de raisin sont une 
fortune, et que les belles vignes couleur d'or sont pour 

la France une richesse, une mine d'or ? Les vignes de 
notre pays rapportent à leurs propriétaires plus d'un 
demi-milliard de francs chaque année. 15 

— Que d'argent cela fait ! Je comprends maintenant 
ce qu'on m'a encore dit : que la Bourgogne est une des 
plus riches provinces de France. 

— C'est très juste, petit Julien, et il faut ainsi tâcher 
de ne pas oublier tout ce que tu as appris à l'école. 20 

— Oh ! je ne l'oublie pas, monsieur Gertal, allez ! Et 
puis, dans le livre que m'a donné hier la dame de 
Mâcon il y a beaucoup d'histoires sur les grands hom- 
mes de la France; je les lirai toutes. Voyez, monsieur 
Gertal, comme il est beau, mon livre, avec ses images ! 25 

Le patron feuilleta le livre avec intérêt, tandis que 
Pierrot montait tranquillement la côte au pas. 

— Il est très beau, en effet, ce livre, dit M. Gertal ; 
c'est un magnifique cadeau qu'on t'a fait là. Eh bien, 
Julien, fais-nous part de tes richesses. Je vois ici en 30 
titre : « Les grands hommes de la Bourgogne,» avec les 
portraits de Vauban, de Buffon, de Bossuet; lis-nous 



50 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

cela, mon garçon. Quand Pierrot marche au pas, c'est 
bien facile de lire sans se fatiguer; voyons, com- 
mence. 

Julien, tout fier d'être érigé en lecteur, prit son livre 
5 et commença d'une voix claire le chapitre suivant. 
Toutes les provinces de France ont fourni des hom- 
mes remarquables par leur talent ou par leur grande 
âme, qui ont rendu des services à leur patrie et à 
rhumanité; mais peu de provinces ont produit autant 

lo d'hommes illustres que la Bourgogne, et ces grands 

hommes ont été pour la plupart de grands patriotes. 

I. Parlons d'abord d'une des gloires de, l'Église de 

France, saint Bernard. Il naquit près de Dijon, d'une 

famille noble, au onzième siècle. 

15 C'est lui qui prêcha la seconde croisade pour délivrer 
Jérusalem: lui-même raconte dans ses lettres qu'il en- 
traînait tout le peuple derrière lui et changeait en 
déserts les villes et les châteaux. En Allemagne, où 
l'on n'entendait point sa langue et où l'on ne pouvait 

20 comprendre ce qu'il disait, les populations étaient ce- 
pendant émues et persuadées par son accent et par ses 
gestes. Comme on voulait massacrer les juifs pour se 
préparer à l'expédition, saint Bernard empêcha cet 
odieux massacre. Il mourut en 1153. 

25 IL Cinq siècles après, la Bourgogne devait^ encore 
produire un grand prélat, qu'on a comparé plus d'une 
fois à saint Bernard pour son éloquence et ses travaux. 
Bossuet; né à Dijon, se fit d'abord remarquer de tous 
ses camarades de classe par son assiduité et son ardeur 

30 au travail. Dès l'âge de seize ans, Bossuet était cé- 
lèbre dans tout Paris par son éloquence. Il devint 
évêque de Condom, puis de Meaux, et précepteur du 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 51 

fils du roî. Sa vie fut remplie par des travaux de 
toute sorte. 

III. En 1746, quarante-deux ans après la mort de 
Bossuet, naquit à Beaune dans le département de la 
Côte-d'Or un homme qui devait être une des gloires de 5 
la science dans notre pays, c'est Gaspard Monge. En 
1792 la France était attaquée par tous les peuples de 
l'Europe à la fois; Monge fut chargé d'organiser la 
défense de la patrie. Il se mit à cette œuvre avec toute 
l'ardeur de son génie. Il passait ses journées à visiter 10 
les fonderies de canons; pendant les nuits, il écrivait 
des traités pour apprendre aux ouvriers à bien fabri- 
quer l'acier et à fondre les armes. Il était aidé par un 
autre homme illustre, né aussi en Bourgogne, Camot, 
qui travaillait avec Monge à défendre la France, et qui 15 
indiquait à nos armées les mouvements à faire pour 
s'assurer la victoire. Ces deux hommes réussirent 
dans leur œuvre. Quand la France eut en effet re- 
poussé l'ennemi, Monge redevint professeur de géo- 
métrie : c'est lui qui organisa notre grande École poly- 20 
technique, où se forment nos ingénieurs pour l'armée 
et pour les travaux publics, ainsi que nos meilleurs 
officiers. 

■ IV. La Bourgogne a donné le jour à un autre grand 
savant: c'est Buffon qui est né au château de Mont- 25 
bard. Il conçut la grande pensée d'écrire l'histoire de 
la nature entière : il médita et étudia pendant dix ans, 
puis commença à publier une série de volumes qui 
illustrèrent son nom. Ses ouvrages furent traduits 
dans toutes les langues. Avant de mourir, il vit sa 30 
statue élevée à Paris, au Jardin des Plantes, avec cette 
inscription : « Son génie a la majesté de la nature ! » 



52 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

V. A Chalon-sur-Saône naquit, en 1765, Joseph 
Niepce. C'est à lui et à Daguerre qu'est due l'inven- 
tion de la photographie qui fut d'abord appelée da- 
guerréotype. 
5 Niepce est mort en 1833. 



^ XIV 

Après une longue journée de marche, la nuit était 

venue, et déjà depuis quelque temps on avait allumé 

les lanternes de la voiture ; malgré cela il faisait si noir^ 

qu'à peine y voyait-on à quelques pas devant soi. 

10 Tout à coup le petit Julien tendit les bras en avant : 

— Oh ! voyez, monsieur Gertal ; regarde, André ; là- 
bas, on dirait un grand incendie; qu'est-ce qu'il y a 
donc? 

— En effet, dit André, c'est comme une immense 
15 fournaise. 

M. Gertal arrêta Pierrot : — Prêtez l'oreille, dit-il 
aux enfants ; nous sommes assez près pour entendre. 

Tous écoutèrent immobiles. Dans le grand silence 
de la nuit on entendait comme des sifflements, des 
20 plaintes haletantes, des grondements formidables. Ju- 
lien était de plus en plus inquiet : — Mon Dieu, mon- 
sieur Gertal qu'y a-t-il donc^ ici? Bien sûr il arrive 
là de grands malheurs. 

— Non, petit Julien. Seulement nous sommes en face 
25 du Creusot,* la plus grande usine de France et peut-être 
d'Europe. Il y a ici quantité de machines et de four- 
neaux, et plus de seize mille ouvriers qui travaillent 
nuit et jour pour donner à la France une partie du fer 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS $3 

qu'elle emploie. C'est de ces machines et de ces 
énormes fourneaux chauffés à blanc^ continuellement 
que partent les lueurs et les grondements qui nous ar- 
rivent. Demain nous irons tous les trois visiter 
l'usine. 5 

Il y a trois grandes divisions distinctes dans l'établis- 
sement du Creusot : fonderie, ateliers de construction et 
mines ; mais chacune des parties de l'usine est reliée à 
l'autre par des chemins de fer ; c'est un va-et-vient per- 
pétuel. 10 

Le lendemain, après avoir fait leurs affaires nos 
trois amis allèrent visiter la fonderie. Partout la 
fonte en fusion coulait dans les rigoles ou tombait 
dans de grands vases, et des ouvriers la versaient en- 
suite dans les moules; en se refroidissant, elle prenait 15 
la forme qu'on voulait lui donner: ici, on fondait des 
marmites, des chenets, des plaques pour l'àtre des 
cheminées ; là, des pompes, ailleurs des balustrades et 
des grilles. 

Quand on eut bien admiré la fonderie, on passa dans 20 
les grandes forges. 

Là, Julien et André furent de nouveau bien étonnés. 

La plupart des ouvriers qui allaient et venaient 
avaient la figure garnie d'un masque en treillis métal- • 
lique. 25 

Saisissant de longues tenailles, ils retiraient des 
fours les masses de fer rouge; puis, les plaçant dans 
des chariots qu'ils poussaient devant eux, ils les ame- 
naient en face d'énormes enclumes pour être frappées 
par le marteau. 30 

Mais ce marteau ne ressemblait en rien aux mar- 
teaux ordinaires que manient les serruriers ou les for- 



54 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

gérons des villages; c'était un lourd bloc de fer qui, 
soulevé par la vapeur entre deux colonnes, montait 
jusqu'au plafond, puis retombait droit de tout son 
poids sur Tenclume. 
S — Regarde bien, Julien, dit M. Gertal: voici une 
des merveilles de Tindustrie. C'est ce qu'on appelle le 
marteau-pilon à vapeur, qui a été fabriqué et employé 
pour la première fois dans l'usine du Creusot oti nous 
sommes. Ce marteau pèse de 3,000 à 5,000 kilo- 

10 grammes : tu te figures la violence des coups qu'il peut 
donner. Et cependant cette même masse peut donner 
des coups aussi faibles qu'on le veut: elle peut casser 
la coque d'une noix sans toucher à la noix même. 
— Est-ce possible, monsieur Gertal ? 

15 — Mais oui, dit un ouvrier qui connaissait M. Gertal 
et qui regardait avec plaisir la gentille figure de Julien. 
Tenez, petit, j'ai fini mon travail, et je vais vous faire 
voir quelque chose de curieux. 

L'ouvrier prit dans un coin^ sa bouteille de vin, plaça 

20 dessus le bouchon sans l'enfoncer, mit la bouteille sur 
l'enclume, et dit deux mots à celui qui faisait manœu- 
vrer^ le marteau. La lourde masse se dressa, et Julien 
croyait que la bouteille allait être brisée en mille mor- 
ceaux ; mais le marteau s'abaissa tout doucement, vint 

25 toucher le bouchon, et l'enfonça délicatement au ras 
du goulot. 

Bien d'autres choses émerveillèrent encore nos jeunes 
amis. Là, le fer rouge passait entre des rouleaux et 
sortait aplati en lames semblables à de longues bandes 

30 de feu ; ailleurs, des ciseaux d'acier, mis en mouvement 
par la vapeur, tranchaient des barres de fer comme si 
c'eût été du carton; plus loin, des rabots d'acier, mus 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS $$ 

encore par la vapeur rabotaient le fer comme du bois et 
en arrachaient de vrais copeaux. 

— Voyons maintenant les mines de houille, dit M. 
Gertal. 

Quand André et Julien arrivèrent, c'était le moment s 
où des ouvriers, munis de leurs lampes, allaient descen- 
dre dans le souterrain. Julien les vit s'installer dans 
la cage, au-dessus du grand trou noir, que le jeune 
garçon regardait avec épouvante. Puis on donna le 
signal de la descente, une machine à vapeur siffla, et la lo 
cage s'enfonça dans le trou avec les mineurs qu'elle 
portait. 

— Oh! monsieur Gertal, s'écria le petit Julien, je 
vois que la Bourgogne travaille fameusement, elle 
aussi ! et je réfléchis en moi-même que, si la France est 15 
une grande nation, c'est que dans toutes ses provinces 
on se donne bien du mal. 



XV 

On partit du Creusot le lendemain matin. Bientôt 
même,^ on quitta le département de Saône-et-Loire. 
On avait vendu au Creusot les marchandises qui étaient 20 
dans la voiture, et Pierrot, allégé de sa charge, trottait 
plus rapidement. 

— Qu'est-ce donc que ces montagnes si boisées que 
nous voyons à présent ? demanda Julien ; est-ce encore 

la côte d'Or? 25 

— A quoi penses-tu donc, Julien ? répondît le patron. 
Tu sais bien que la côte d'Or est couverte de vignes. 



S6 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

Nous avons quitté la Bourgogne; nous voici dans le 
Nivernais; les monts boisés que tu vois sont les col- 
lines du Morvan. 

— C'est un pays qui doit produire beaucoup de bois, 
5 à ce qu'il me semble, dit André. 

— Oui, la richesse du département de la Nièvre, ce 
sont surtout ses forêts. Il y a beaucoup de cours 
d'eau, au moyen desquels on expédie les bois en les fai- 
sant flotter. 

10 Le chef-lieu de la Nièvre, c'est Nevers et il s'y 
trouve une importante fonderie de canons pour la ma- 
rine. Un peu plus loin, à Bourges, se trouve aussi une 
fonderie d'armes. Bourges, c'est l'ancienne capitale 
du Berry et le chef-lieu du Cher dont les laines sont 

15 renommées. Nous allons maintenant entrer dans le 
Bourbonnais qui a formé le département de l'Allier et 
dont le chef-lieu est Moulins. C'est dans ce départe- 
ment qu'est Vichy, le plus grand établissement d'eaux 
minérales du monde entier: il s'y est rendu,^ en cer- 

20 taines années, jusqu'à cent mille personnes. Tous ces 
gens venaient pour remettre leur santé, pour boire Teau 
chargée de divers sels qui jaillit toute chaude de terre, 
ou pour prendre des bains dans cette eau. C'est que, 
vois-tu,^ petit Julien, les eaux minérales sont encore au 

25 nombre des principales richesses de la France: nul 
pays ne possède autant de sources célèbres pour la 
guérison des maladies. 

Bientôt nos voyageurs quittèrent le Bourbonnais et 
entrèrent en Auvergne. On se rendait à Clermont- 

30 Ferrand. Il faisait une belle journée d'automne, le 
soleil brillait dans un ciel sans nuages. Comme la 
route montait beaucoup, nos amis étaient descendus et 



.1 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS $7 

ils gravissaient la côte à pied tous les trois afin de 
soulager un peu Pierrot. Julien se dégourdissait les 
jambes en sautant de ça, de là/ tout joyeux du beau 
temps qu'il faisait. Bientôt pourtant il se rapprocha 
de M, Gertal et d'André, et, du haut d'une grande s 
côte d'où la vue dominait l'horizon, il leur montra une 
chaîne de montagnes ensoleillée. 

— Qu'est-ce donc, je vous prie, demanda-t-il, que* 
ces monts qui sont là tout entassés les uns auprès des 
autres.? Voyez! il y en a qui ressemblent à de grands lo 
dômes ; d'autres sont fendus, d'autres s'ouvrent par en 
haut comme des gueules béantes. Voilà des mon- 
tagnes qui ne sont point du tout pareilles aux autres 
que nous avons vues. 

— Julien, ce sont les dômes et les puys d'Auvergne. 15 
Le plus élevé de ceux que tu aperçois là-bas, c'est le 
puy de Dôme. Regarde bien à ta gauche, à présent. 
Vois-tu cette plaine qui s'étend à perte de vue?^ C'est 

la fertile Limagne, la terre la plus féconde de France. 
Elle est arrosée par de nombreux cours d'eau et pro- 20 
duit en abondance le blé, le seigle, l'huile, les fruits; 
mais elle ne couvre pas tout le territoire de l'Auvergne ; 
elle n'occupe que vingt-quatre lieues carrées. En re- 
vanche la montagne ne produit que des pâturages et 
des bois ; l'hiver y est bien, long et rigoureux. 25 

Dans le Cantal, il y a une race de bœufs très renom- 
més, et l'on y fait de bons fromages. 

— Le ch^f-lieu du Cantal, c'est Aurillac, une jolie 
ville aux rues bien propres, arrosée par des ruisseaux 
d'eau courante. Le Cantal est un département pauvre ; 30 
ses habitants sont souvent obligés d'émigrer comme 
on fait en Savoie pour aller gagner leur vie ailleurs: 



j8 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

ils se font portefaix, charbonniers, et souvent chau- 
dronniers. Le métier de chaudronnier est un de ceux 
que les Auvergnats préfèrent, et Aurillac est un des 
grands centres de la chaudronnerie. 
5 Quand le petit Julien arriva à Clermont et qu'il 
eut parcouru les vieux quartiers de la ville pour 
faire les commissions du patron, il fut tout désap- 
pointé. 

— Oh ! André, dit-il au retour pendant le dîner, que 
10 c'est triste, ces quartiers-là ! les maisons sont si hautes, 

et les pierres noires comme de Tardoise! on dirait une 
prison; pourquoi donc, monsieur Gertal? 

— C'est qu'ici presque tout est construit en lave. 
Il y a beaucoup d'anciens volcans en Auvergne, et on y 

15 trouve des masses de lave considérables qu'on appelle 
des coulées parce qu'elles ont coulé des volcans ; on en 
rencontre^ parfois qui bordent le lit des rivières comme 
une longue rangée de tuyaux d'orgue ; il y a aussi dans 
la lave des trous, des colonnades, des grottes curieuses 

20 ayant toute sorte de formes. Depuis cinq siècles on 
exploite en Auvergne des carrières de lave, et on en a 
retiré de quoi bâtir toutes les maisons de la Limagne, 
et des pays voisins. 

— Tout de même, dit le petit Julien, c'est bien singu- 
25 lier de penser que les volcans nous ont donné la maison 

où nous voilà! 

— Ils ont aussi donné à la Limagne sa richesse. Gé- 
néralement les terrains volcaniques sont fertiles. C'est 
avec les blés abondants de la Limagne que Clermont 

30 fait les excellentes pâtes alimentaires,^ les vermicelles, 
les semoules dont j'ai acheté une grande quantité et 
que nous chargerons demain dans la voiture. Les 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 59 

fruits secs et confits que Clermont prépare si bien et 
à bon marché ont aussi mûri dans la Limagne. 

— Est-ce que vous en avez acheté, monsieur 
Gertal? 

— r Oui, dit le patron, et j'en trouverai une vente cer- 5 
taine, car ils sont renommés. En même temps il cher- 
cha dans sa poche et atteignit un petit sac : — Voici des 
échantillons; goûtez cette marchandise, enfants. 

Il y avait des abricots, des cerises, des prunes. Julien 
fut d'avis que la Limagne était un pays superbe, puis- 10 
qu'il donne des fruits si parfaits, et que les habitants 
étaient fort industrieux de savoir si bien les conserver. 

M. Gertal reprit alors : — Pour votre vente à vous,^ 
enfants, je vous achèterai des dentelles du pays: à 
Lyon, vous les vendrez à merveille. 15 

En Auvergne, les femmes font des dentelles à très 
bas prix et solides. Il y a soixante-dix mille ouvrières 
qui travaillent à cela dans l'Auvergne et dans le dé- 
partement voisin, la Haute-Loire, chef-lieu le Puy. 
Comme la vie est à bon marché^ dans tous ces pays, et 20 
que les populations sont sobres, économes et conscien- 
cieuses, elles fabriquent à bon compte' d'excellente 
marchandise, et le marchand qui la revend n'a point 
de reproches à craindre. 

Ce fut à la petite pointe du jour* qu'on quitta Cler- 25 
mont ; aussi on arriva de bonne heure à Thiers. Cette 
ville toute noire, aux rues escarpées, aux maisons en- 
tassées sur le penchant d'une montagne, est très in- 
dustrieuse et s'accroît tous les jours. C'est la plus im- 
portante de France pour la coutellerie. 30 

Pendant que Pierrot dînait, nos amis dînèrent eux- 
mêmes, puis on se diligenta pour faire les affaires ra- 



6o LE TOUR DE LA FRANCE TAR DEUX ENFANTS 

pidement, car le patron ne voulait pas coucher à 
Thiers. 

M. Gertal emmena les enfants avec lui, et ils ache- 
tèrent un paquet d'excellente coutellerie à bon marché, 
5 pour une valeur de 35 francs; la veille, on avait déjà 
employé à Clermont les 35 autres francs en achats de 
dentelles. 

Quand on fut en route, tandis que Pierrot gravissait 
pas à pas le chemin montant, Julien dit à M. Gertal : 

10 — Avez-votfs vu, monsieur, les jolies assiettes or- 
nées de dessins et de fleurs dans lesquelles on nous a 
servi le dessert à Thiers? Moi, j'ai regardé par der- 
rière, et j'ai vu qu'il y avait dessus : Limoges, Je pense 
que cela veut dire qu'on les a faites à Limoges. Li- 

15 moges n'est donc pas loin d'ici? 

— Ce n'est pas très près, répondit M. Gertal. Ce- 
pendant le Limousin touche à l'Auvergne. C'est un 
pays du même genre, un peu moins montagneux et 
beaucoup plus humide. 

20 — Je vois, reprit Julien, que dans ce pays-là on fa- 
brique beaucoup d'assiettes, puisqu'il y en a jusque par 
ici.^ 

— Oh ! petit Julien, il y en a par toute la France, des 
porcelaines et des faïences de Limoges. Non loin de 

25 cette dernière ville, à Saint- Yrieix, on a découvert une 
terre fine et blanche : c'est cette terre que les ouvriers 
pétrissent et façonnent sur des tours pour en faire de 
la porcelaine. Il y a à Limoges une des plus grandes 
manufactures de porcelaine de la France. Limoges 

30 est du reste une ville peuplée, commerçante et très in- 
dustrieuse, mais nous n'y passerons pas. 



LE TOUR DE LA 



L*AR DEUX ENFANTS 



XVI 



Bientôt nos trois voyageurs arrivèrent à un ha- 
meau situé dans la montagne au milieu des « bois 
noirs,» comme on les appelle, a une dizame de kilo- 
mètres de Thiers On descendit chez un fermier du 
hameau que le patron connaissait Puis M Gertal, 5 
qui ne perdait jamais 
une minute, courut la 
campagne pour acheter 
des fromages d'Au- 
vergne 10 

Pendant ce temps Ju- 
lien et André étaient 
restes chez la fermière 
et passaient la veillée en 
famille 15 

Dans un com voisin 
du foyer, un petit gar- ■ 
çon de l'âge de Julien, 
assis par terre, tressait des paniers d'osier. 

Julien s'approcha de lui, portant sous son bras le so 
précieux livre d'histoires et d'images que lui avait 
donné la dame de Mâcon ; puis il s'assît à côté de l'en- 
fant. 

Le Jeune vannier se rangea pour faire place à Julien, 
et sans rien dire le regarda avec de grands yeux timides 25 
et étonnés; puis il reprit son travail en silence. 

Ce silence ne faisait pas l'affaire de notre ami Julien, 
qui s'empressa de le rompre. 




6i LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

— Comment vous appelez- vous ? dit-il avec un sou- 
rire expansif. Moi, j'ai bientôt huit ans, et je m'ap- 
pelle Julien Volden. 

— Je m'appelle Jean-Joseph, dit timidement le petit 
5 vannier, et j'ai huit ans aussi. 

— Jean- Joseph, continua Julien, aimez- vous les his- 
toires ? 

— Je crois bien, répondit le jeune vannier; c'est tout 
ce qui m'amuse le plus au monde. 

10 — Eh bien, dit Julien, je vais vous lire une histoire 
de mon livre. Ce sont les histoires des hommes 
illustres de la France : il y en a eu dans toutes les pro- 
vinces, car la France est une grande nation ; mais nous 
lirons l'histoire des hommes célèbres de l'Auvergne, 

15 puisque vous êtes né en Auvergne, Jean-Joseph. 

— C'est cela, dit Jean- Joseph; voyons les grands 
hommes de l'Auvergne. 

Julien commença à voix basse» mais distincte- 
ment. 

20 — li-a France, notre patrie, était, il y a bien long- 
temps de cela, presque entièrement couverte de grandes 
forêts. Elle s'appelait alors la Gaule, et les hommes 
à demi sauvages qui l'habitaient étaient les Gaulois. 
Nos ancêtres, les Gaulois, étaient grands et robustes, 
25 avec une peau blanche comme le lait, des yeux bleus 
et de longs cheveux blonds ou roux qu'ils laissaient 
flotter sur leurs épaules. 

Ils estimaient avant toutes choses le courage et la 
liberté. Ils se riaient de la mort, ils se paraient pour 
30 le combat comme pour une fête. 

Leurs femmes, les Gauloises, ne leur cédaient en rien 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 63 

pour le courage. Elles suivaient leurs époux à la 
guerre; des chariots traînaient les enfants et les ba- 
gages; d'énormes chiens féroces escortaient les chars. 

Nos pères se défendaient vaillamment, si vaillam- 
ment que les armées de César, composées des meilleurs 5 
soldats du monde, furent sept ans avant de soumettre 
notre patrie. 

Mais enfin la Gaule, couverte du sang de ses enfants, 
épuisée par la misère, se rendit. 

Un jeune Gaulois, né dans TAuvergne, résolut alors 10 
de chasser les Romains du sol de la patrie. 

Il parla si éloquemment de son projet à ses com- 
pagnons que tous jurèrent de mourir plutôt que de 
subir le joug romain. En même temps, ils mirent à 
leur tête le jeune guerrier et lui donnèrent le titre de 15 
Vercingêtorix, qui veut dire chef. 

Bientôt Vercingêtorix envoya en secret dans toutes 
les parties de la Gaule des hommes chargés d'exciter 
les Gaulois à se soulever. 

Au jour désigné d'avance, la Gaule entière se sou- 20 
leva d'un seul coup, et ce fut un réveil si terrible que, 
sur plusieurs points, les légions romaines furent ex- 
terminées. 

César, qui se préparait alors à quitter la Gaule, fut 
forcé de revenir en toute hâte, pour combattre Vercin- 25 
gétorix et les Gaulois révoltés. Mais Vercingêtorix 
vainquit César à Gergovie. 

Six mois durant, Vercingêtorix tint tête à César, 
tantôt vainqueur, tantôt vaincu. 

Enfin César réussit à enfermer Vercingêtorix dans 30 
la ville d'Alésia, où celui-ci s'était retiré avec soixante 
mille hommes. 



64 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

Alésia, assiégée et cernée par les Romains, ne tarda 
pas à ressentir les horreurs de la famine. 

La ville, où les habitants mouraient de faim, songeait 
à la nécessité de se rendre lorsqu'une armée de secours 
5 venue de tous les autres points de la Gaule se présenta 
sous les murs d'Alésia. 

Une grande bataille eut lieu; les Gaulois furent 
d'abord vainqueurs, et César, pour exciter ses troupes, 
dut combattre en personne. On le reconnaissait à tra- 
10 vers la mêlée à la pourpre de son vêtement. Les Ro- 
mains reprirent l'avantage; ils enveloppèrent Tarmée 
gauloise. Ce fut un désastre épouvantable. 

Dans la nuit qui suivit cette funeste journée, Ver- 
cingétorix, voyant la cause de la patrie perdue, prit 
15 une résolution sublime. Pour sauver la vie de ses 
frères d'armes, il songea à donner la sienne. Il savait 
combien César le haïssait ; il savait que plus d'une fois, 
dès le commencement de la guerre, César avait cherché 
à se faire livrer Vercingétorix par ses compagnons 
20 d'armes, promettant à ce prix de pardonner aux révol- 
tés. Le noble cœur de Vercingétorix n'hésita point : il 
résolut de se livrer lui-même. 

Au matin, il rassembla le conseil de la ville et y 
annonça ce qu'il avait résolu. On envoya des parle- 
25 mentaires porter ses propositions à César. Alors, se 
parant pour son sacrifice héroïque comme pour une 
fête, Vercingétorix, revêtu de sa plus riche armure, 
monta sur son cheval de bataille. Il fit ouvrir les 
portes de la ville, puis s'élança au galop jusqu'à la 
30 tente de César. 

Arrivé en face de son ennemi, il arrête tout d'un coup 
son cheval, d'un bond saute à terre, jette aux pieds du 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 65 

vainqueur ses armes étincelantes d'or, et fièrement, 
sans un seul mot, il attend immobile qu'on le charge 
de chaînes. 

Vercingétorix avait un beau et noble visage ; sa taille 
superbe, son attitude altière, sa jeunesse produisirent s 
un moment d'émotion dans le camp de César. Mais 
celui-ci, insensible au dévouement du jeune chef, le 
fit enchaîner, le traîna derrière son char de triomphe 
en rentrant à Rome, et enfin le jeta dans un cachot. 

Six ans Vercingétorix languit à Rome dans ce cachot lo 
noir et infect. Puis César, comme s'il redoutait encore 
son rival vaincu, le fit étrangler. 

On garda un instant le silence. Chacun songeait en 
soi-même à ce que Julien venait de lire. Puis le jeune 
garçon, reprenant son livre, continua sa lecture. 15 

— C'est encore l'Auvergne qui a vu naître, l'an 1768, 
un homme de guerre également célèbre par son cou- 
rage et par son honnêteté: Desaix. 

Desaix à l'âge de vingt-six ans était déjà général. 
Il prit part aux grandes guerres de la Révolution fran- 20 
çaise contre l'Europe coalisée. 

Desaix était d'une extrême probité. Quand on 
frappait les ennemis d'une contribution de guerre, il ne 
prenait jamais rien pour lui, et cependant il était lui- 
même pauvre ; « mais, disait-il, ce qu'on peut excuser 25 
chez les autres n'est pas permis à ceux qui commandent 
des soldats.» Aussi était-il admiré de tous et estimé 
de ses ennemis. En Allemagne, où il fit longtemps 
la guerre, les paysans allemands l'appelaient le bon 
général. En Orient, dans la guerre d'Egypte où il y^ 



66 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

suivit Bonaparte, les musulmans qui habitent le pays 
l'avaient surnommé le sultan juste, c'est-à-dire le chef 
juste. 

En 1800, se livra dans le Piémont, près de Marengo, 
5 une grande bataille. Nos troupes, qui avaient traversé 
les Alpes par le mont Saint-Bernard pour surprendre 
les Autrichiens, se trouvèrent attaquées par eux. Après 
une résistance héroïque, nos soldats pliaient et com- 
mençaient à s'enfuir. Tout à coup, Desaix arriva en 
10 toute hâte à la tête de la cavalerie française ; il se jeta 
au milieu de la mêlée, donnanj: l'exemple à tous et gui- 
dant ses soldats à travers les bataillons autrichiens, 
qui furent bientôt bouleversés. Mais une balle enne- 
mie le blessa à mort et il tomba de son cheval ; au mo- 
is ment d'expirer, il vit les ennemis en fuite: il avait par 
son courage décidé la victoire. «Je meurs content, 
dit-il, puisque je meurs pour la patrie.» . 

Ses soldats lui élevèrent un monument sur le champ 
même de la bataille. Plus tard, sa statue fut érigée à 
20 Clermont-Ferrand. 

XVII 

Lorsque M. Gertal rentra, on se mit à table tous 
ensemble. 

Après le repas, la veillée ne se prolongea guère: 
chacun se coucha de bonne heure. André et Julien 
25 furent conduits dans un petit cabinet; Jean- Joseph 
monta au second sous les combles, oti il y avait une 
étroite mansarde, et M. Gertal eut, au premier étage, 
le meilleur lit. 

— Tenez-vous tout prêts dès ce soir, dit le patron 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 67 

aux enfants: nous partirons demain de bonne heure; 
la voiture est chargée, il n'y a que Pierrot à atteler et 
je vais boucler ma valise avant de me mettre au lit. 

— Oui, oui, soyez tranquille, monsieur Gertal, dirent 
les enfants. — Et, avant de se coucher, ils bouclèrent 5 
aussi toute prête la courroie de leur paquet. 

Depuis longtemps chacun dormait dans la ferme 
lorsque André se réveilla tout suffocant et mal à l'aise. 

Il était si gêné qu'il put à peine, au premier moment, 
se rendre compte de ce qu'il éprouvait. Il sauta hors 10 
de son lit sans trop savoir ce qu'il faisait et il ouvrit 
la fenêtre pour avoir de l'air. 

Le vent froid de la montagne s engouffra aussitôt 
en tourbillonnant dans la pièce et ouvrit la porte mal 
fermée. Alors une fumée épaisse entra dans le cabinet, 15 
puis un crépitement suivit, comme celui d'un brasier 
qui s'allume. André pris de terreur courut au lit où 
dormait Julien ; il le secoua avec épouvante. — Lève- 
toi, Julien, le feu est à la ferme.^ 

L'enfant s'éveilla brusquement, sachant à peine où 20 
il en étaît,^ mais André ne lui laissa pas le temps de 
se reconnaître. Il lui mit sur le bras leurs vêtements ; 
lui-même saisit d'une main, sur la chaise, le paquet 
de voyage bouclé la veille; de l'autre, il prit la main 
de Julien, et, l'entraînant avec lui, il coiirut à travers 25 
la fumée réveiller M. Gertal et jeter* l'alarme dans la 
ferme. 

— André, cria le patron, je te suis, éveille tout le 
monde; puis cours vite à Pierrot, attèle-le, fais-lui 
enlever la voiture hors de danger; moi, je vais aider 30 
le fermier à se tirer d'affaire.* 

André, toujours tenant Julien, s'élança au plus vite. 



68 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

Quand il arriva aux étables, la flamme tournoyait 
déjà au-dessus, car il y avait des fourrages dans le 
grenier, et des étincelles avaient embrasé la toiture 
en chaume. 
5 — Habille-toi, dit André à Julien, qui claquait des 
dents au vent de la nuit. 

Lui-même, à la hâte, passa^ une partie de ses vête- 
ments, et, prenant le reste, il jeta le tout dans la voi- 
ture, 
lo Bientôt arrivèrent les gens de la ferme. C'était un 
brouhaha et un effroi indescriptibles. 

Au milieu de ce désordre général, à travers la fumée 

aveuglante, André réussit pourtant à atteler Pierrot à 

la voiture. Il mit Julien dedans et, d'un vigoureux 

15 coup de fouet, il entraîna le tout dans le chemin éclairé 

par les lueurs rouges de Tincendie. 

Quand la voiture fut hors de danger, André attacha 
le* cheval à un arbre. 

L'incendie avait fait des progrès effrayants, et on 
20 ne pouvait songer à Téteindre, car il n'y avait point 
de pompes à feu dans le hameau. 

Cependant le petit Julien arriva à son tour. 

Sa première pensée fut de chercher Jean- Joseph à 
travers la foule; personne ne songeait à Jean- Joseph 
25 et ne savait où il était. 

— Bien sûr, dit le petit garçon avec effroi, Jean- 
Joseph est resté dans sa mansarde; ^e cours le cher- 
cher. 

Il partit en toute hâte, mais déjà il n'y avait plus 
30 moyen de monter jusque-là: l'escalier s'était effondré 
et les flammes tourbillonnaient à l'entrée. 

Julien revint dans la cour : la lucarne de la mansarde 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 69 

était hermétiquement close par son petit volet. A 
coup sûr Jean-Joseph dormait encore sans se douter 
du danger. 

Julien saisit une pierre ronde assez grosse, et avec 
habileté il la lança dans le volet de toutes ses forces. 5 
Ce volet, qui s'ouvrait en dedans et ne tenait que par 
un mauvais crochet, céda aussitôt: au milieu du cré- 
pitement de rincendie, on distingua le bruit de la 
pierre roulant dans la mansarde, tandis que la petite 
voix de Julien criait : — Jean-Joseph ! Jean- Joseph 1 10 

L'instant d'après, le visage épouvanté de Jean- 
Joseph se montra à la lucarne. Le pauvre enfant 
dressait au-dessus de sa tête ses deux petites mains 
jointes dans un geste désespéré tandis que sa voix 
appelait: — Au secours! au secours! 15 

André, qui s'était absenté un instant, revint alors, 
traînant une échelle. 

Il s'élança légèrement sur les barreaux, qui pliaient 
sous son poids. Arrivé au dernier, il se retourna, 
présentant le dos à la muraille et se soutenant contre, 20 
puis, levant ses deux bras jusqu'à la hauteur de la 
lucarne : 

— Aide-toi de mes bras, Jean-Joseph, dit-il d'une 
voix calme; descends sur mes épaules et n'aie pas 
peur. 25 

Jean- Joseph s'assit sur la lucarne, puis se laissa 
glisser le long du mur jusqu'à ce que ses pieds tou- 
chassent le dos d'André. 

Quand celui-ci sentit Jean- Joseph sur ses épaules, 
il le fit glisser dans ses bras, par devant lui; puis il 30 
le posa sur le second barreau de l'échelle : — Descends 
devant à présent, lui dit-il. 



70 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

Jean-Joseph descendit rapidement, André à sa suite. 

Ils arrivaient à peine au dernier tiers de Téchelle qu'un 

bruit se fit entendre. Une partie du toit s'effondrait ; 

des pierres détachées du mur roulèrent et vinrent 

5 heurter l'échelle, qui s'affaissa lourdement. 

Un cri s'échappa de toutes les bouches ; mais, avant 

même qu'on eût eu le temps de s'élancer, André était 

debout. Il n'avait que de légères contusions, et il 

relevait le petit Jean- Joseph, qui s'était évanoui dans 

10 l'émotion de la chute. 

Quand l'enfant revint à lui,^ il était encore dans les 
bras d'André. Celui-ci, épuisé lui-même, s'était assis 
à l'écart sur une botte de paille. 

Le premier mouvement du petit garçon fut d'en- 
15 tourer de ses deux bras le cou du brave André, et, le 
regardant de ses grands yeux effrayés qui semblaient 
revenir de la tombe, il lui dit doucement : — Que vous 
êtes bon! 
Lorsque cette nuit pénible fut achevée, le lendemain, 
20 au moment de partir, M. Gertal prit le fermier à part : 
— Mon brave ami, lui dit-il, je vous vois plus dé- 
sespéré qu'il ne faut. Il faut avoir du courage, avec 
le temps on répare tout. Tenez, les affaires ont été 
bonnes pour moi cette année, Dieu merci ; cela fait que 
25 je puis vous prêter quelque chose. Voici cinquante 
francs; vous me les rendrez quand vous pourrez: je 
sais que vous êtes un homme actif : seulement promet- 
tez-moi de ne pas vous laisser aller au découragement. 
Le fermier, ému jusqu'aux larmes, serra la main du 
30 Jurassien, et on se quitta le cœur gros.* 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 71 



XVIII 

On quitta l'Auvergne et on entra dans le Lyonnais. 
M. Gertal fit remarquer aux enfants qu'on était dans 
Tun des départements les plus industrieux de la 
France, celui du Rhône. Aux environs de Lyon, nos 
trois amis passèrent au milieu de villages animés; 5 
Julien demanda le nom de cet endroit. — C'est le mont 
d'Or, dit M. Gertal ; un joli nom, comme tu vois. Ne 
le confonds pas avec la montagne que nous avons vue 
en Auvergne, non loin de Clermont, et qui s'appelle le 
mont Dore. Sais-tu qu'est-ce qui fait la richesse de ces 10 
villages où nous sommes? Ce sont des chèvres que 
les cultivateurs élèvent. Dans aucun lieu de la France 
il n'y a autant de chèvres sur une si petite étendue de 
terrain. On en compte des milliers qui sont toutes 
enfermées dans des étables. On fait de leur lait un 15 
fromage estimé, si bien que chaque chèvre rapporte 
chaque année aux habitants 125 francs par tête. 

Il était déjà soir quand nos voyageurs arrivèrent 
près de Lyon. Devant eux se dressaient les hautes col- 
lines couronnées par les dix-sept forts de Lyon et par 20 
l'église de Fourvières, qui dominent la grande cité. 
Ces collines étaient encore éclairées par les derniers 
rayons du crépuscule tandis que la ville se couvrait 
de la brume du soir. Mais bientôt tous les becs de gaz 
s'allumèrent comme autant d'étoiles qui, perçant la 25 
brume de leur blanche lueur, illuminaient la ville tout 
entière et renvoyaient des reflets jusque sur les cam- 
pagnes environnantes. 



72 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

— Que c'est joli! disait Julien; je n'avais jamais vu 
pareille illumination. 

Bientôt nos amis arrivèrent sur les magnifiques 

quais du Rhône qui, avec ceux de la Saône, se déve- 

S loppent sur une longueur de 40 kilomètres. A leurs 

pieds coulait en grondant le fleuve, que remontaient 

et descendaient des bateaux à vapeur. 

On arriva peu après à la maison où Ton devait 
passer la nuit, et Julien s'endormit en voyant encore 
îo en rêve la grande ville, ses longs quais, ses ponts et 
son fleuve bruyant. 

— Oh! monsieur Gertal, quelle grande ville que ce 
Lyon! s'écria le petit Julien, qui n'en pouvait plus^ 
de fatigue un matin qu'il revenait de porter un paquet 

15 chez un client. J'ai cru que je marcherais tout le jour 
sans arriver, tant il y a de rues à suivre et de ponts à 
passer ! 

— Mais, dit le patron, tu sais bien que c'est la se- 
conde ville de France, petit Julien. 

20 — Tiens, c'est vrai, cela. Mais, monsieur Gertal, 
qu'est-ce qui fait donc que certaines villes deviennent 
de si grandes villes, tandis que les autres ne le de- 
viennent point? 

— Cela tient presque toujours à l'industrie des habî- 
25 tants et à la place que les villes occupent, petit Julien. 

Lyon est situé à la fois sur la Saône et sur le Rhône. 
Par la Saône il communique avec la Bourgogne et 
l'Alsace; par le Rhône, avec la Suisse d'un côté et 
avec la Méditerranée de l'autre. Par le canal de Bour- 
30 gogne et les autres canaux, il communique avec Paris 
et la plupart des grandes villes de France. Six lignes 
de chemins de fer aboutissent à Lyon, et ses deux 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 73 

grandes gares sont sans cesse pleines de marchandises. 
N'est-ce pas là une magnifique position pour le com- 
merce d'une ville, Julien? Mais ce n'est pas le tout: 
il faut encore que la ville où toutes ces routes abou- 
tissent soit industrieuse et que ses habitants sachent 5 
travailler. C'est là la gloire de Lyon, cité active et 
intelligente entre toutes, cité de travail qui a su main- 
tenir au premier rang dans le monde une de nos plus 
grandes industries nationales: la soierie. Il y a à 
Lyon, 120,000 ouvriers qui travaillent la soie, petit lo 
Julien, et dans les campagnes environnantes 120,000 
y travaillent aussi : en tout 240,000 environ. 

— 240,000 ! fit Julien étonné. 

— Oui, Julien. As-tu vu, en passant dans les fau- 
bourgs de la ville, ces hautes maisons d'aspect pauvre, 15 
d'où l'on entend sortir le bruit actif des métiers ? C'est 

là qu'habite la nombreuse population ouvrière. Cha- 
cun a là son petit logement ou son atelier, souvent per- 
ché au cinquième ou sixième étage, souvent aussi en- 
foncé sous le sol, et il y travaille toute la journée à 20 . 
lancer la navette entre les fils de soie. De ces obscurs 
logements sortent les étoffes brillantes, aux couleurs 
et aux dessins de toute sorte, qui se répandent ensuite 
dans le monde entier. Il se vend tous les ans à Lyon 
pour plus de 500 millions de francs de soieries. 25 

Bientôt nos amis songèrent à vendre leurs marchan- 
dises et c'était plaisir de voir avec quel soin ils arran- 
geaient chaque jour leur petit étalage sur une des 
places les plus fréquentées. 

Il y en avait là pour tous les goûts. Dans un coin, 30 
c'étaient les beaux fruits de l'Auvergne, les pâtes et 
vermicelles fins de Clermont: dans un autre, Tex- 



74 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

cellente coutellerie achetée à Thiers s'étalait relui- 
sante ; puis, au-dessus, les dentelles d'Auvergne se dé- 
ployaient en draperies ornementales, à côté des bas au 
métier^ achetés dans le Jura. Enfin, sous une vitrine 
5 à cet usage, brillaient dans tout leur éclat quelques 
montres de Besançon avec chaînes et breloques, et des 
boucles d'oreilles fabriquées en Franche-Comté; puis 
des objets sculptés dans les montagnes du Jura, an- 
neaux de serviettes, tabatières, peignes et autres, com- 

10 plétaient l'assortiment. 

André debout à un coin, M. Gertal à l'autre, s'occu- 
paient à la vente. Julien, assis sur un tabouret, se 
reposait après chaque commission pour se préparer à 
en faire d'autres. 

15 Du coin de l'œil il suivait, avec un vif intérêt, le 
petit tas de coutellerie et le paquet de dentelles qui 
représentaient leurs économies. Souvent, parmi les 
passants affairés de la grande ville, quelques-uns 
s'arrêtaient devant l'étalage, frappés du bon marché 

20 et de la belle qualité des objets et aussi de l'air avenant 
des marchands. A mesure que le tas diminuait et que 
le paquet arrivait à sa fin, la figure de Julien s'épa- 
nouissait d'aise. 

Un soir enfin, André vendit à une dame son der- 

25 nier mètre de dentelle et à un collégien son dernier 
couteau. Les enfants comptèrent leur argent, qu'An- 
dré avait mis soigneusement à part, et, à leur grande 
joie, ils virent qu'ils avaient 85 francs. 

— 85 francs! disait le petit Julien en frappant de 

30 joie dans ses mains. Quoi ! nous avons plus du double 
d'argent que nous n'avions en quittant Phalsbourgl 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 75 



XIX 

Quand on eut quitté Lyon et ses dernières mai- 
sons tandis que la voiture courait à travers les cam- 
pagnes fertiles et les beaux vignobles, Julien prit son 
livre, et, profitant de la première côte que Pierrot 
monta au pas, fit la lecture à haute voix. 5 

A Lyon est né un homme qu'on a proposé depuis 
longtemps comme modèle à tous les travailleurs, 
Jacquard était fils d'un pauvre ouvrier tisseur et 
d'une ouvrière en soie. Dès Tenfance, il connut par 
lui-même les souffrances que les ouvriers de cette lo 
époque avaient à endurer pour tisser la soie. La loi 
d'alors permettait d'employer les enfants aux travaux 
les plus fatigants: ils y devenaient aveugles, bossus, 
bancals, et mouraient de bonne heure. 

Le jeune Jacquard, mis à ce dur métier, tomba lui- 15 
même malade. Ses parents, pour lui sauver la vie, 
durent lui donner une autre occupation; ils le pla- 
cèrent chez un relieur, et ce fut un grand bonheur pour 
l'enfant, car, une fois dans l'atelier de reliure, il ne se 
borna pas à cartonner les livres qu'on lui apportait : à 20 
ses moments de loisir, il lisait ces livres, et il acquit 
ainsi l'instruction élémentaire qu'on n'avait pu lui 
donner. 

Une fois instruit, le studieux ouvrier sentit s'éveiller 
en lui le goût de la mécanique, et il conçut l'idée d'une 25 
machine qui accomplirait à elle seule le pénible tra- 
vail qu'il avait lui-même accompli jadis. Mais de 



j6 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

tristes événements vinrent interrompre ses recherches : 
c'était le moment des guerres de la Révolution, où les 
citoyens combattaient les uns contre les autres en 
même temps que contre les ennemis de la France. Il 
5 se fit soldat et alla combattre, lui aussi, pour la patrie. 
Pendant qu'il était sur le champ de bataille, son fils 
unique mourut à Lyon. Sa femme était dans la mi- 
sère, tressant, pour vivre, des chapeaux de paille. C'est 
alors qu'il revint de l'armée, et ce fut au milieu de 

10 cette tristesse et de cette misère générale qu'il finit 
par construire la machine à laquelle il a donné son 
nom. 

Mais que de temps il fallut pour que cette mer- 
veilleuse machine fût estimée à son vrai prix! Les 

15 ouvriers mêmes dont elle devait soulager le travail la 
voyaient de mauvais œil.^ Un jour, on la brisa sur la 
place publique, et le grand homme qui l'avait inventée 
eut lui-même à souffrir les mauvais traitements d'ou- 
vriers ignorants. 

20 Enfin, au bout de douze ans d'efforts, son métier 
fut généralement adopté et fit la richesse de Lyon. 

Les ouvriers, qui craignaient que la machine nou- 
velle ne leur nuisît et ne leur enlevât du travail, virent, 
au contraire, leur nombre augmenter chaque jour: il 

25 y a maintenant à Lyon plus de cent mille ouvriers en 
soieries. Et partout on a adopté le métier de Jacquard, 
en Allemagne, en Angleterre, en Italie, en Amérique 
et jusqu'en Chine. 

La ville de Lyon, reconnaissante envers cet homme 

30 qui a fait sa prospérité, lui a élevé une statue sur une 
de ses places. 

II. Parmi les hommes célèbres que Lyon a produits. 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS ^^ 

on peut citer encore Bernard de Jussieu, né dans les 
dernières années du dix-septième siècle. Il s'adonna 
à rétude de la botanique. C'est Bernard de Jussieu 
qui trouva le moyen de bien classer les milliers de 
plantes que produit la nature, de les distinguer les unes 5 
des autres et de savoir les reconnaître. 

Quarid on se promène à Paris, au Jardin des Plantes, 
on voit un grand arbre, un magnifique cèdre, qui rap- 
pelle Bernard de Jussieu. C'est, en effet, ce dernier 
qui l'a rapporté dans son chapeau et planté en cet en- 10 
droit, alors que le grand arbre n'était encore qu'une 
petite plante. 

Après avoir traversé un joli pays, verdoyant et bien 
cultivjê, nos voyageurs virent de loin monter dans le 
ciel un grand nuage de fumée. En approchant, Julien 15 
distingua bientôt de hautes cheminées qui s'élevaient 
dans les airs à une soixantaine de mètres. — Oh! dit 
Julien, on dirait que nous revenons au Creusot, mais 
c'est bien plus grand encore. Combien voilà de chemi- 
nées ! 20 

— C'est Saint- Etienne, dit M. Gertal. Et Saint- 
Étienne a en effet plus d'un rapport avec le Creusot, 
car, là aussi, on travaille le fer, l'acier; on y fait la 
plus grande partie des outils de toute sorte qui servent 
aux différents métiers. 25 

Parmi les grandes villes de la France, Saint-Étienne 
est la plus récente. Il y a cent ans, c'était plutôt un 
bourg qu'une ville, car elle n'avait que six mille habi- 
tants ; aujourd'hui elle en a cent trente-quatre mille. 

Ce qui fait la prospérité de cette ville, c'est qu'elle 30 
est tout entourée de mines de houille. Ces mines lui 



78 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 



« 



donnent du charbon tant qu'elle en veut pour faire 
marcher^ ses machines. 

A ce moment, on entrait dans Saint-Étienne et on 
y voyait de grandes rues bordées de belles maisons, 
S mais tout cela était noirci par la fumée des usines ; la 
terre elle-même était noire de charbon de terre, et, 
quand le vent venait à souffler, il soulevait dés tour- 
billons de poussière noire. 

La voiture se dirigea vers une hôtellerie que con- 
lo naissait M. Gertal et qui était située non loin de la 
grande Manufacture nationale d'armes. 

Quand on arriva,'il était déjà tard et le travail venait 
de cesser à la Manufacture. Alors, à un signal donné, 
on vit tous les ouvriers sortir à la fois: c'était une 
15 grande foule, et Julien les regardait passer avec sur- 
prise, en se demandant comment on pouvait occuper 
tant de travailleurs. 

— Et tous les fusils dont la France a besoin pour 

ses soldats! lui dit André; ne crois-tu pas qu'il y ait 

20 là de quoi donner de la besogne? Sans compter les 

sabres, les épées, les baïonnettes : la plus grande partie 

de tout cela se fait à Saint-Étienne. 

Cependant l'industrie du fer n'occupe encore que la 
moitié de ses nombreux ouvriers. Ce ne sont point 
25 des objets de quincaillerie que je vais acheter ici; ce 
sont des soieries, des rubans, des velours. Il y a, 
aujourd'hui, à Saint-Étienne plus de 40,000 ouvriers 
occupés à tisser la soie. Ici encore on trouve ces mé- 
tiers inventés par Jacquard qui fabriquent jusqu'à^ 
30 trente-six pièces de rubans à la fois. 

En disant ces mots, M. Gertal sortit avec les deux 
enfants pour aller faire des achats. Il se rendit chez 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 79 

plusieurs fabricants de rubans et de soieries, où Ton 
entendait encore, malgré l'heure tardive, le bruit mo- 
notone des métiers. 

M. Gertal devait rester un jour seulement à Saint- 
Étienne. Le surlendemain, au moment du départ, il 5 
dit à Julien : 

— Mon ami, le temps approche où nous allons nous 
quitter. Te rappelles-tu la promesse que je t'ai faite 
à Besançon? Je ne l'ai pas oubliée, moi. Voici le 
petit cadeau que tu désirais. 10 

En même temps, M. Gertal atteignit un parapluie 
soigneusement enfermé dans un fourreau en toile cirée. 
— Je te l'ai acheté ici même, dit-il. 

— Oh! merci, monsieur Gertal, s'écria Julien en 
ouvrant le parapluie. Mais, ajouta-t-il, il est en soie, 15 
vraiment ! Oh ! qu'il est grand et beau ! voyez, mon- 
sieur Gertal, comme André et moi nous serons bien 
garantis là-dessous! Et avec cela il est léger comme 
un jonc. Que vous êtes bon, monsieur Gertal ! 

Puis, passant le parapluie à André, qui le remit dans 20 
son étui, l'enfant courut aussitôt embrasser le patron. 

On quitta ensuite la grande ville industrielle pour 
se diriger vers le sud-est, et on passa du Lyonnais 
dans le Daupbiné. 



XX 



C'ÉTAIT à Valence, chef-lieu du département de la 25 
Drôme, dans le Dauphiné, que nos trois amis devaient 
se quitter. 

M. Gertal y acheta diverses marchandises, y compris 



8o LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

des objets de cuir, gants, et peaux fines, qu'on travaille 
à Valence, à Annonay et dans toute cette contrée de 
la France. Ensuite M. Gertal se prépara à repartir. 

Après six semaines de fatigue et de voyage, il avait 
5 hâte de retourner vers le Jura, où sa femme et son fils 
Tattendaient. Les enfants, d'autre part, ayaient encore 
soixante lieues à faire avant d'arriver à Marseille. 

Ce fut sur la jolie promenade d'où l'on découvre 
d'un côté les rochers à pic qui dominent le Rhône, de 
lo l'autre côté les Alpes du Dauphiné, que nos amis se 
dirent adieu. 

— André, dit M. Gertal, quand tu m'as demandé 
quelque chose comme salaire à Besançon, je n'ai rien 
voulu te promettre, car je ne te connaissais pas; 

15 mais depuis ce jour tu t'es montré si laborieux, si cou- 
rageux, et tu m'as donné si bonne aide en toute chose, 
que je veux t'en montrer ma reconnaissance. J'ai fait 
l'autre jour à Julien le cadeau que je lui avais pro- 
mis; voici maintenant quelque chose pour toi, André. 

20 Et il tendit au jeune garçon un porte-monnaie tout 
neuf, où il y avait trois petites pièces de cinq francs 
en or. 

Et le Jurassien, sans laisser à André le temps de le 
remercier, l'attira dans ses bras ainsi que le petit 

25 Julien: 

— Que le ciel vous bénisse, enfants, dit-il, avec émo- 
tion. Et l'on se sépara. 

Une heure après, les deux enfants, leur paquet sur 
l'épaule, suivaient la grande route de Valence à Mar- 
30 seille, qui longe le cours du Rhône. 

Quand le soir fut venu, ils demandèrent à coucher 
dans une sorte de petite auberge, moitié ferme et moitié 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 8l 

hôtellerie, comme il s'en rencontre dans les villages. 
Ils firent le prix à Tavanoe, et s'assirent ensuite auprès 
de la cheminée pendant que la soupe cuisait. 

Le lendemain, pour continuer leur voyage, les en- 
fants purent profiter de l'occasion d'un char à bancs. 5 
La route se fit d'abord le plus gaîment du monde. Le 
ciel était d'un bleu éblouissant; toutefois, depuis la 
veille, un grand vent froid du nord-ouest s'était levé 
et soufflait à tout rompre.^ C'était ce vent de la val- 
lée du Rhône que les gens du pays appellent mistral, 10 
d'un mot qui veut dire le maître, car c'est le plus puis- 
sant des vents, et il a une telle force qu'il a pu faire 
dérailler des trains de chemins de fer en marche. 

La voiture avançait bon train: le vent la poussait 
par derrière et ajoutait sa force à celle du cheval. 15 
Mais, à un détour de la route, qui descendait en pente 
rapide, le vent souffla si fort que la voiture se trouva 
précipitée en avant avec une violence sans pareille. 

Le cheval n'eut pas la force de se maintenir, et il 
s'abattit brusquement. La secousse' fut telle que les 20 
voyageurs se trouvèrent lancés tous les quatre hors 
de la voiture. 

Chacun se releva plus ou moins contusionné, mais 
sans blessure grave. Seul, le petit Julien avait le pied 
droit et le poignet tellement meurtris et engourdis qu'il 25 
ne pouvait appuyer dessus. Quand il voulut se relever 
et marcher, la douleur l'obligea de s'arrêter aussitôt. 
En même temps il se sentait la tête toute lourde et 
le front brûlant; il se retenait à grand'peine de 
pleurer. 30 

André était bien inquiet, craignant que Tenfant n'eût 
quelque chose de brisé dans la jambe et dans le bras. 



82 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

Le conducteur, fort inquiet lui-même, s'approcha 
de Julien ; il lui fit remuer lés doigts de la main et ceux 
du pied blessé, et voyant que le petit garçon pouvait 
remuer les doigts: — Il n'y a probablement rien de 
S brisé, dit-il; c'est sans doute une simple entorse au 
pied et à la main. 

Puis, s'adressant à André : — Jeune homme, prenez 
votre mouchoir et celui de Tenfant; mouillez-les avec 
Teau du fossé: appliquez ces mouchoirs mouillés, l'un 
lo au pied, l'autre au poignet de votre frère. L'eau froide 
est le meilleur remède au commencement d'une entorse 
ou de toute espèce de blessure; elle empêche l'enflure 
et l'irritation. 

Pendant qu'André s'empressait de soigner son pe- 
15 tit frère et lui appliquait les compresses à'eau froide, 
le conducteur releva le cheval, qui n'avait pas 
de mal; mais les brancards de la voiture étaient 
brisés. Il était impossible de remonter dans le char 
à bancs, et il fallut aller chercher de l'aide pour le 
20 traîner jusque chez le charron du plus prochain vil- 
lage. 

Julien ne pouvait marcher, et il se plaignait de plus 
en plus d'un violent mal de tête. 

André le prit dans ses bras et, le cœur tout triste, il 
25 fit ainsi une demi-lieue de chemin en portant le petit 
garçon qui se désolait. 

En arrivant au bourg voisin de l'accident, les deux 
enfants furent installés chez une excellente femme du 
lieu. 
30 Le petit Julien souffrait de plus en plus. Il portait 
sans cesse la main à son front: la tête, disait-il, lui 
faisait bien plus de mal que tout le reste. 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 83 

On le coucha pour le reposer, mais il ne put dormir. 
La fièvre Tavait pris, une de ces fièvres brûlantes qui 
sont le principal danger des chutes. 

André alarmé courut chercher le médecin, et lui 
expliqua leur accident de voiture. S 

— L'entorse ne sera pas grave, dit le docteur après 
examen ; mais cet enfant a une forte fièvre et un délire 
qui m'inquiète. Ne vous couchez pas, mon ami; de 
demi-heure en demi-heure^ vous ferez prendre à votre 
frère une potion calmante que je vais vous écrire; lo 
veillez-le avec soin. S'il peut s'endormir d'un bon 
sommeil, il sera hors de danger. Je reviendrai demain 
matin. 

André resta toute la nuit au chevet de Julien, 
veillant l'enfant comme eût fait la plus tendre des 15 
mères. 

Julien était toujours dans une agitation extrême. 
La nuit touchait à sa fin, et l'inquiétude d'André 
allait croissant. 

Enfin Julien épuisé de fatigue resta immobile ; puis, 20 
peu à peu, il garda le silence, ses yeux se fermèrent; 
il s'endormit, sa petite main dans celle de son frère, 
qui, brisé de fatigue et d'émotion, finit par s'endormir 
lui-même à son tour, la tête appuyée sur le bois du lit" 
où Julien reposait, la main immobile dans celle de 25 
l'enfant. 



XXI 



Heureusement les prévisions du médecin se réali- 
sèrent. Quand Julien s'éveilla, il était beaucoup 



84 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

mieux : le délire avait disparu et la fièvre était presque 
tombée. 

Deux jours de repos achevèrent de le remettre. 

Le médecin permit alors aux deux jeunes Lorrains 
5 de partir pour Marseille, mais il prit André à part et 
lui recommanda de ne pas laisser le petit garçon se 
fatiguer. 

— L'entorse du pied, dit-il, ne permettra pas à votre 
frère de marcher facilement avant un mois. D'ici là», 
lo il faut distraire cet enfant et ne pas le laisser s'at- 
trister tout seul, de crainte que la fièvre nerveuse dont 
il vient d'avoir un accès ne reparaisse. 

André remercia le médecin de ses bons avis; il ne 

savait comment lui montrer sa reconnaisance, car le 

15 docteur, loin de vouloir être payé, avait fait cadeau à 

son petit malade d'un pantoufle de voyage pour le pied 

blessé. 

La gaîté de Julien revenait peu à peu : il voulut aider 

lui-même, de son lit, à faire le paquet de voyage, et il 

20 n'oublia pas de mettre dans sa poche son livre sur les 

grands hommes, afin, disait-il, de bien s'amuser à lire 

dans le chemin de fer. 

Lorsque les préparatifs furent achevés, André régla 
partout les dépenses qu'il avait faites: puis il prit le 
25 petit Julien dans ses bras. Julien portait de sa main 
valide le paquet de voyage attaché au fameux para- 
pluie. Quoique bien embarrassés ainsi, les deux en- 
fants se rendirent néanmoins à la gare, qui n'était 
éloignée que d'un quart d'heure. 
30 Une demi-heure après, les deux enfants étaient assis 
l'un près de l'autre dans un wagon de 3® classe. Au 
bout d'un instant la locomotive siffla et le train partit 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 85 

à toute vitesse.^ Derrière eux, les belles cimes des 
Alpes du Dauphiné montraient leurs têtes blanches de 
neige que le soleil faisait reluire. 

— André, dit Julien, puisque nous passons en ce 
moment dans le Dauphiné, je veux connaître les grands s 
hommes de cette province. 

Et les enfants se mirent à lire la vie de Bayard 
qui a été surnommé « le chevalier sans peur et sans re- 
proche.» 

Il descendait d'une famille de preux et il combattit lo 
en Italie, en Navarre et en Picardie. Il mourut des 
suites d'une blessure qu'il reçut tandis qu'il protégeait 
la retraite de Tarmée française à Romagnano en Ita- 
lie. 

Au bout de trois heures, le train s'arrêta à la gare 15 
d'Avignon. Du chemin de fer on voyait la ville, et 
André montra en passant à Julien un grand monu- 
ment situé sur le penchant d'un rocher, et qui, avec 
ses vieux créneaux, ressemble à une forteresse. C'était 
l'ancien château où les papes résidaient lorsqu'ils ha- 20 
bitaient le comtat Venaissin,^ enclavé dans la Pro- 
vence. 

Pendant ce temps le train s'était remis en marche. 
On traversa sur un beau pont la Durance, ce torrent 
terrible par ses inondations, qui descend en courant 25 
des montagnes, et dont les eaux, amenées par un long 
aqueduc, alimentent la Ville de Marseille. 

Au delà de l'antique cité d'Arles, la Provence, jus- 
que-là couverte de cultures et où on apercevait le feuil- 
lage gris des oliviers, devint stérile, sans herbe et sans 30 
arbres. Les enfants étaient entrés dans les plaines de 
la Crau, puis de la Camargue, desséchées par le souffle 



86 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

du mistral, couvertes de cailloux, et qui ressemblent à 
un désert de l'Afrique transporté dans notre France. 
Là paissent en liberté de nombreux troupeaux de 
bœufs noirs et de chevaux demi-sauvages, semblables 
5 aux chevaux arabes. 

Puis on entra sous un grand, tunnel, celui de la 

Nerthe, qui a plus d'une lieue de long. Peu de temps 

après, on arrivait dans la vaste gare de Marseille, et 

les deux enfants sortirent de wagon au milieu du va-et- 

10 vient des voyageurs. 

André s'informa avec soin du chemin à suivre pour 
se rendre à l'adresse de son oncle. Puis, courageuse- 
ment, il reprit Julien entre ses bras et, à travers la 
foule qui allait et venait dans la grande ville, il s'ache- 
15 mina tout ému. 

Enfin on atteignit la rue tant désirée ; avec un grand 
battement de cœur on frappa à la porte et on demanda 
Frantz Volden. 

Un marin d'une quarantaine d'années vint ouvrir et 
20 répondit : — Frantz Volden n'est plus ici, voilà tantôt 
cinq mois qu'il est parti.^ 

— Mon Dieu ! s'écria André avec anxiété ; et il de- 
vint tout pâle comme s'il allait tomber. Mais bientôt, 
surmontant son trouble, il reprit : * 

25 — Où est-il allé? savez-vous, monsieur? 

— Parbleu, jeune homme, dit celui qui avait ouvert 
la porte, entrez vous reposer : Frantz Volden est mon 
ami ; nous causerons mieux de lui dans la maison que 
sur la porte. 

30 Et le brave homme, montrant le chemin aux enfants, 
marcha devant eux dans un corridor étroit et som- 
bre. 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS ^ 8/ 

On arriva dans une chambre où la femme du marin 
préparait le souper. 

— Voici ce qui en est/ reprit le marin. Ce pauvre 
Yolden avait un frère en Alsace-Lorraine. Depuis la 
dernière guerre, Frantz songeait souvent au pays. Il ' s 
se disait tous les jours > « Mon aîné doit être bien mal- 
heureux là-bas, car il a subi les misères de la guerre 

et des sièges; mais moi, j'ai quelques économies et je 
lui dirai: — Michel, viens-t'en en France avec moi, 
nous achèterons un petit bout de terre, et nous ferons lo 
valoir^ cela à nous deux.^ » Mais auparavant Frantz 
avait des affaires à régler à Bordeaux, et il est parti 
par Cette pour s'y rendre, travaillant le long de son 
chemin à son métier de charpentier de marine, afin de 
se défrayer du voyage. 15 

— Hélas! dit André tristement, nous venons, nous, 
d'Alsace-Lorraine pour le trouver. Nous sommes les 
fils de ce frère qu'il voulait revoir, et qui est mort; 
mais, en mourant, notre père nous avait fait promettre 
d'aller rejoindre notre oncle, et nous sommes venus. 20 
Nous avions d'abord écrit trois lettres, mais on ne nous 

a pas répondu. 

— Je le crois bien, dit le marin en ouvrant son ar- 
moire et en montrant les trois lettres précieusement 
enveloppées: elles sont arrivées après le départ de 25 
Frantz. J'attendais d'avoir son adresse pour les lui 
envoyer; mais depuis cinq mois il ne m'a pas donné 
signe de vie.* 

André réfléchissait tristement. — Comment allons- 
nous faire ? dit-il enfin. Nous ne savons pas l'adresse 30 
de notre oncle à Bordeaux ; et d'ailleurs nous ne pour- 
rions aller jusque-là: mon jeune frère ne peut plus 



88 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

marcher, il est au bout de ses forces. D'autre part, 
nous n'avons plus assez d'argent pour prendre le che- 
min de fer jusqu'à Bordeaux. 

— Allons, allons, ne vous désolez pas à l'avance, dit 
S le marin. Les pauvres gens sont au monde pour 

s'entr'aider. Nous ne sommes pas riches non plus; 
mais à cause de cela on sait compatir au malheur d'au- 
trui. 

— Eh ! oui, dit la femme du marin, nous nous aide- 
lo rons tous, et le bon Dieu fera le reste. Voyons, met- 
tons-nous à table. Mon mari est un homme de bon 
conseil: en mangeant, il va débrouiller votre affaire, 
n'est-ce pas, Jérôme? 

En même temps l'excellente femme avait attiré la 

15 table dans le milieu de la chambre. Elle plaça André 

à sa droite et Julien à sa gauche, et elle servit à chacun 

ime bonne assiette de soupe au poisson^ qui est le mets 

favori de la Provence. 

Pendant le dîner, André raconta leur voyage de 
20 point en point, puis il chercha ses certificats pour les 
montrer à Jérôme. 

Jérôme avait écouté le récit d'André avec une grande 
attention ; ensuite il réfléchit assez longtemps sans rien 
dire. Sa femme l'observait avec confiance. 
25 Jérôme, en effet, sur la fin du dîner, sortit de ses ré- 
flexions silencieuses: — Je crois, dit-il, qu'il y aurait 
un moyen de vous tirer d'embarras, mes enfants. 
Avez-vous peur de la mer? 

— Oh! monsieur, dirent à la fois les deux enfants, 
30 depuis si longtemps nous désirons la voir ! Nous n'a- 
vons pas pu encore aller sur le port depuis que nous 
sommes à Marseille, car nous sommes venus droit chez 



• LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 89 

VOUS ; mais je vous réponds que nous n'aurons pas peur 
de la mer. 

— A la bonne heure, reprit le marin. Eh bien, mon 
bateau vous mènera à Cette, un joli port du départe- 
ment de l'Hérault: je mets à la voile^ après-demain. 5 
Une fois à Cette, j'interrogerai les uns et les autres 
sur Volden; nous autres mariniers, nous nous con- 
naissons tous, et déjà, à mon dernier voyage, j'avais 
chargé un camarade qui partait vers Bordeaux par le 
canal du Midi^ de prendre des informations sur Ta- 10 
dresse de Volden. Nous aurons donc, je l'espère, des 
nouvelles de votre oncle à Cette. Aussitôt on le pré- 
viendra de votre arrivée, et je vous confierai à un ma- 
rinier qui vous conduira par le canal jusqu'à Bordeaux. 

Pendant qu'André et Julien remerciaient Jérôme, sa 15 
femme se mit à préparer pour les enfants l'ancienne 
chambre où couchait leur oncle. Cette chambre n'avait 
pas été louée depuis le départ de Frantz Volden. Les 
enfants, dès le soir même, y furent installés. C'était 
un petit cabinet qui dominait les toits de la ville. 20 

Quand André ouvrit la fenêtre, il poussa un cri de 
surprise : 

— Oh ! Julien, dit-il, que c'est beau ! 

Et, prenant Julien dans ses bras, il le porta jusqu'à 
la fenêtre. — La mer, la mer! s'écria Julien. 25 

De la fenêtre, en effet, on découvrait à perte de vue^ 
la mer, d'un bleu plus foncé encore que le ciel; on 
apercevait aussi le port de Marseille et les navires in- 
nombrables dont les mâts se pressaient les uns contre 
les autres, agitant aux tourbillons du mistral leurs pa- 30 
villons de toutes les couleurs. Les derniers rayons du 
soleil couchant emplissaient l'horizon d'une lumière 



90 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

d'or. Les deux enfants, serrés l'un contre l'autre, re- 
gardaient tour à tour l'immensité du ciel et celle de la 
mer, puis le port plein de navires et la grande ville qui 
s'étendait au-dessous d'eux. 

Quand la nuit fut venue, ils se couchèrent et bientôt 
s'endormirent profondément. 



XXII 

DÈS le lendemain, André commença à se rendre utile 
au patron, voulant le dédommager de la nourriture et 
du coucher qu'il leur donnait. Le jeune garçon des- 

10 cendit donc de bonne heure, vêtu de ses habits de tra- 
vail, suivit le marin au port, où l'on devait achever le 
chargement du bateau, et le lendemain ce bateau mo- 
deste et pauvre mit de bonne heure à la voile. 
— Le vent est favorable, disait Jérôme, il faut en 

15 profiter. 

On sortit du port, et on passa devant les forts qui le 
protègent, devant les murailles qui s'avancent en mer 
pour le défendre contre la violence des vagues. Enfin 
on vit s'ouvrir l'horizon sans limite de la pleine mer,^ 

20 qui semblait dans le lointain se confondre avec le ciel. 
Julien ne pouvait se lasser de regarder cette grande 
nappe bleue sur laquelle le bateau bondissait si légère- 
ment; le vent enflait les voiles et on marchait vite. 
André observait la manœuvre avec attention pour ap- 

25 prendre ce qu'il y avait à faire. La mer était bonne,^ 
et les deux jeunes Lorrains n'éprouvèrent pas le mal 
de mer.® 

Le patron et les deux hommes d'équipage, lorsqu'ils 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 9I 

se trouvaient à portée de Julien, lui adressaient la pa- 
role et lui montraient les divers points de la côte. 

Du bateau, on put apercevoir longtemps Marseille, 
dont les innombrables maisons se pressaient au bord 
de la mer, le sémaphore, le clocher de Notre-Dame de 5 
la Garde surmonté d'une statue colossale qui brillait 
de loin au soleil, enfin la ceinture de hautes collines qui 
s'élevaient de chaque côté de la ville, baignant leur 
pied jusque dans la mer. 

— Comme elle est belle, cette côte de Provence ! dit 10 
Julien. Elle est toute découpée en caps arrondis. 
Comment donc s'appellent ces montagnes qui ondulent, 
là-bas, à droite? 

— Ce sont les montagnes qui entourent Toulon, ré- 
pondit le père Jérôme. Voilà encore un port superbe! 15 
Seulement ce ne sont guère des navires de commerce 
qui s'y abritent, comme à Marseille : ce sont des vais- 
seaux de guerre, car Toulon est notre grand port de 
guerre sur la Méditerranée. 

Le bateau allait vite, et parfois la poussière humide^ 20 
des vagues arrivait jusque sur la figure de Julien. 
Celui-ci voyait toujours se succéder devant lui les 
côtes et les golfes de Provence, bordés de montagnes. 

— Quelle superbe contrée, disait le patron Jérôme, 
que cette Provence toute couverte d'oliviers, de pins et 25 
d'herbes odorantes! C'est mon pays, ajouta-il, fière- 
ment, et vois-tu, petit, à mon avis,^ c'est le plus beau du 
monde. 

— Patron, dit l'un des marins, le lieu où l'on est nj ' 
est toujours le premier du monde. Ainsi, moi qui vous 30 
parle, je ne connais rien qui me rie au cœur comme le 
joli comté de Nice : car je suis né là sur la côte, dans 



92 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

une petite maison entourée d'orangers et de citronniers 
qui toute Tannée sont couverts de fleurs et de 
fruits. Tout vient^ si bien dans notre chaud pays ! Il 
y a autant de fleurs en hiver qu'au printemps ; pendant 
5 que la neige couvre les contrées du nord, les étrangers 
malades viennent chercher chez nous le soleil et la 
santé. 

— Et la Corse,^ donc, s'écria l'autre marin. Quel 
pays, quelle fertilité ! Elle a en raccourci^ tous les cli- 

10 mats. Sur la côte, du côté d'Ajaccio,* c'est la douceur 
du midi; notre campagne est pleine aussi d'orangers, 
de lauriers et de myrtes, comme votre pays de Nice, 
camarade. Nos oliviers sont dix fois hauts comme 
ceux de votre Provence, patron. Et les palmiers 

15 peuvent croître chez nous comme en Algérie. Cela 
n'empêche pas qu'on trouve sur nos hautes montagnes 
neuf mois d'hiver, de neige et de glace, et de grands 
pins qui se moquent de l'avalanche. 

— Oui, dit le patron; mais vous n'avez guère de 
20 bras^ chez vous; la Corse est peu peuplée, vos terres 

sont souvent incultes. 

— Patron, c'est vrai. Nous tenons plus volontiers 
un fusil que la charrue. Mais patience, nos enfants 
s'instruisent, et ils comprendront bientôt le parti qu'ils 

25 peuvent tirer des richesses du sol. En attendant, la 
France nous doit le plus habile capitaine du monde. 
Napoléon P'. 

— Eh bien, moi, dit le petit Julien, qui était content 
aussi de donner son avis, je vous assure que la Lor- 

30 raine vaut toutes les autres provinces. Il n'y a point 
d'orangers chez nous, ni d'oliviers; mais on sait joli- 
ment travailler en Lorraine, les femmes comme les 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 93 

hommes, et Ton a su s'y battre aussi ; car nous avons eu 
Jeanne Darc et de grands généraux. 

— Alors, pour nous mettre d'accord, dit André en 
souriant à Tenfant, disons donc que la France entière, 

la patrie, est pour nous tout ce qu'il y a de plus cher $ 
au monde. 

— Bravo! vive la France, dit d'une même voix le 
petit équipage. 

Pendant que le patron de la Ville d'Aix s'éloignait 
pour donner des ordres, Julien atteignit son fidèle lo 
compagnon de voyage, son livre sur les grands hom- 
mes de la France. 

— Voyons donc, se dit-il, pendant que tout le monde 
est occupé, moi je m'en vais faire connaissance avec 
quelques-uns des noms célèbres de la Provence. 15 

Et il se mit à lire ^ec attention. 

I. A Marseille, naquit en 1622 un grand homme qui 
fut à la fois sculpteur, peintre et architecte, Pierre 
Puget. 

Le jeune Puget travailla d'abord chez un construc- 20 
teur de navires et, à l'âge de seize ans, il se fit remar- 
quer par un superbe navire qu'il avait orné de dessins 
et de sculptures en bois. 

Mais, à ce moment de sa vie, le rêve du jeune Puget 
n'était pas de sculpter: c'était d'apprendre la peinture 25 
et, pour l'étudier, d'aller en Italie, où étaient alors les 
plus grands maîtres de cet art. Dans ce but, il tra- 
vailla avec courage comme ouvrier pendant un an, 
afin de gagner la somme nécessaire à son voyage. 
Puis, à dix-sept ans, il partit à pied, s'arrêtant en route 30 
quand l'argent lui manquait, et recommençant à tra- 
vailler jusqu'à ce qu'il eût gagné de quoi aller plus 
loin. 



94 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

Une fois arrivé en Italie, il étudia la peinture auprès 
de différents mitres. Il montrait déjà dans cet art un 
véritable génie, lorsqu'il tomba gravement malade. 
Le médecin lui dit qu'il ne se guérirait pas s'il con- 
5 tinuait à peindre, à cause de Todeur malsaine des pein- 
tures, et qu'il lui fallait changer, d'occupation pour 
sauver sa santé. Le jeune peintre se trouva ainsi 
obligé de recommencer des études nouvelles: il ne se 
découragea pas, et il reprit son premier métier de sculp- 
lo teur. Sa gloire ne perdit rien au change,^ car c'est dans 
la sculpture qu'il a acquis, non sans des peines et des 
travaux incessants, une impérissable renommée. 

Pierre Puget avait gravé dans sa maison ces paroles 
qui semblent résumer sa vie: 

15 «Nul bien sans peine.» 

Le vent continuant d'être bon, on ne tarda pas à 
perdre de vue la Provence. On aperçut les côtes basses 
du Languedoc, toutes bordées d'étangs et de marais sa- 
lants,^ où l'eau de mer, s 'évaporant sous la chaleur du 
20 soleil, laisse déposer le sel qu'elle contient. 

— En face de quel département sommes-nous? de- 
manda Julien qui cherchait à s'instruire. 

— C'est le Gard, dit le patron. 

— Chef-lieu Nîmes, répondit Julien. 

125 — Oui, répondit Jérôme; Nîmes est une grande et 
belle ville, où sont de magnifiques monuments d'au- 
trefois. Il y a un vaste, cirque de pierres appelé les 
arènes, où on donnait dans les anciens temps des jeux 
et des spectacles. 

30 Peu d'heures après on était en vue du département 
de l'Hérault. Le patron fit observer à Julien qu'avec 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 



95 



une longTie-vue' on pourrait apercevoir les maisons de 
la ville de Montpellier, ainsi que le beau jardin du 
Peyrou qui la domine. 

Nous voici près de Cette, ajouta-t-il. Nous arrive- 
rons de bonne heure. S 

Le soir, en effet, n'était pas encore venu quand on 
aperçut Cette et la montagne assez haute qui la domine. 
Lorsqu'on eut replié les voiles et attaché le bateau, 
le patron s'informa de Frantz Volden auprès d'un ma- 
rinier qui arrivait lo 
de Bordeaux par 
le canal du Midi. . 
On lui apprit que 
Volden était bien 
malheureux: il 15 
était venu à Bor- 
deaux pour retirer 
ses économies de 
chez un armateur 
AKENES DK HtuEs à qui il les avait 2g 

confiées, mais cet armateur avait fait de mauvaises 
affaires •? tout ce que Volden possédait se trouvait 
englouti, Volden en avait conçu un tel chagrin qu'il 
avait fini par tomber gravement malade. A cette 
heure, il était à l'hôpital de Bordeaux, atteint d'une zj 
fièvre typhoïde, dans un état de délire et de fai- 
blesse tels qu'il ne fallait pas songer à lui annoncer im- 
médiatement la mort de son frère Michel en Alsace- 
Lorraine et l'arrivée de ses neveux. 

Jérôme, en apprenant ces tristes nouvelles, se trouva 30 
bien embarrassé pour donner conseil à André et à 
Julien. 




96 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

— Mes enfants, leur dit-il, réfléchissez vous-mêmes. 
Si vous allez à Bordeaux par le canal et qu'André tra- 
vaille à bord, cela ne vous coûtera rien, c'est vrai, mais 
ce sera un voyage d'un mois, et très pénible, en hiver 

5 surtout. Peut-être feriez-vous mieux de prendre le 
chemin de fer: je puis vous prêter une trentaine de 
francs pour compléter ce qui vous manque, et dès de- 
main vous serez rendus à Bordeaux sans fatigue. 

— Je vous suis bien reconnaissant, patron Jérôme, 
10 répondit André d'une voix tremblante, car il était ac- 
cablé par le nouveau malheur qui les frappait; mais, 
en supposant que nous prenions aujourd'hui le chemin 
de fer pour arriver à Bordeaux demain, que devien- 
drions-nous dans cette grande ville, si je ne trouvais 

15 pas tout de suite de l'ouyrage? Songez-y donc : Julien 
ne peut marcher, notre oncle est à l'hôpital, et n'a peut- 
être pas d'économies pour sa convalescence. 

— C'est vrai, dit Jérôme, frappé du bon sens d'An- 
dré. 

20 — Quelle situation, alors, patron Jérôme ! non seule- 
ment il nous serait impossible de vous rembourser les 
trente francs que vous m'offrez si généreusement, mais 
il nous faudrait essayer d'emprunter encore à d'autres. 
Non, cela n'est pas possible. Nous prendrons le ba- 

25 teau, Julien et moi, et nous écrirons dans quelques 
jours à notre oncle pour lui annoncer notre arrivée. 

Un mois, d'ailleurs, est vite passé avec du courage. 
Dans un mois Julien aura retrouvé ses jambes, notre 
oncle sera sans doute convalescent; nous arriverons à 

30 Bordeaux avec nos économies au complet^ et avec ce 
que j'aurai gagné en plus pendant le mois. Nous pour- 
rons peut-être alors être utiles à mon oncle, au lieu de 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 97 

lui être à charge. Pour cela, nous n^avons besoin que 
d'un mois de courage. 

— Je vous approuve, André, lui dit Jérôme; c'est 
bien, à la bonne heure ! J'ai eu du plaisir à vous en- 
tendre parler ainsi. 



XXIII 

Le patron Jérôme, dès le lendemain, usa de son in- 
fluence auprès d'un marinier qu'il connaissait pour 
l'engager à emmener avec lui les deux enfants. Après 
bien des pourparlers, il obtint qu'André toucherait 
vingt francs de salaire en arrivant à Bordeaux. lo 

— C'est peu, dit-il à André, mais le Perpignan est 
un bateau bien installé.^ Vous y serez mieux couché 
et mieux nourri que sur bien d'autres. Le patron est 
un parfait honnête homme. Rappelez-vous seulement 
qu'il est vif comme la poudre^ et soyez patient. 15 

André et Julien, après avoir remercié Jérôme, re- 
prirent encore une fois leur petit paquet de voyage. 
Mais Julien voulut absolument essayer ses forces: en 
s'appuyant beaucoup sur le bras d'André et à peine sur 
son pied malade, il arriva à faire quelques pas, ce qui 20 
le transporta de joie. 

— Oh ! s'écria-t-il en battant des mains de plaisir, je 
marcherai avant un mois, tu verras, André. 

André était lui-même tout heureux, mais il ne voulut 
pas que l'enfant se fatiguât. De plus, il avait hâte 25 
d'arriver pour ne pas faire attendre le nouveau patron. 
Il prit donc Julien sur son bras et suivit le plus vite 
qu'il put une partie des quais de Cette, jusqu'à ce qu'il 



9» LE TOUR DE LA FilANCE PAR DEUX ENFANTS 

aperçût le Perpignan. Mais il eut beau se hâter/ il 
arriva en retard. 

Le patron était à bord,' fort impatient, car il n'at- 
tendait qu'André pour donner le signal du départ ; ce 
S qui lui fit accueillir les enfants avec la plus grande 
brusquerie: il se repentait déjà, disait-il, de s'être 
chargé d'eux, et il le leur répéta devant tous les marins. 

André s'excusa aussi poliment qu'il put et Jul'en 
tout interdit se blott t en s lence sur un co n du pont 
) entr-e deux 




— Tiens, dit-il, voici justement qu'il s'agit du canal 
du Midi, où nous sommes à cette heure. 

Et il commença à lire. 

Il apprit que le canal du Midi, qui unit l'Océan et la 

30 Méditerranée, avait été fait par Riquet, un ingénieur 

qui naquit au commencement du dix-septième siècle et 

qui est considéré comme un des plus grands du monde. 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 99 

Il lut aussi la vie de La Pérouse, un navigateur fameux 
qui, pendant le règne de Louis XVI fit le tour du 
monde et dont les deux vaisseaux furent brisés sur les 
rochers d'une île de TOcéanie pendant une tempête 
furieuse. S 

Tout le long du chemin, le Perpignan s'arrêtait dans 
les villes importantes. A Béziers, ville de 42,000 âmes, 
les mariniers embarquèrent dans le bateau des eaux- 
de-vie qu'on y fabrique. Plus loin on chargea des 
miels récoltés à Narbonne, et renommés pour leur goût 10 
aromatique. A Carcassonne on débarqua de la laine 
pour les draps, car dans l'antique cité de Carcassonne, 
perchée sur une colline et entourée d'une ceinture de 
vieilles tours, il y a de nombreux tisserands qui fabri- 
quent des lainages. 15 

Au moment où on venait de quitter Carcassonne, le 
ciel, qui avait été nuageux jusqu'alors, s'éclaircit un 
matin, et Julien en s'éveillant aperçut vers le sud 
une grande chaîne de montagnes couvertes de neiges. 
Des pics blancs et de longs glaciers étincelaient au 20 
soleil. 

— Oh ! dit Julien, on croirait voir les Alpes. 

— C'est la chaîne des Pyrénées, dit le patron. Tiens, 
Julien, vois-tu là-bas ce pic pointu et tout blanc qui dé- 
passe les autres de toute sa hauteur ? C'est le Canigou, 25 
la plus haute montagne du Roussillon. Par là-bas, à 
droite, ce sont les montagnes de l'Ariège ou du comté 
de Foix, riches en mines de fer; puis viennent les 
Hautes-Pyrénées, où jaillissent un grand nombre de 
sources d'eaux chaudes que les malades fréquentent en 30 
été. C'est dans le département des Hautes-Pyrénées 
que se trouvent aussi les plus beaux sites de ces mon- 



lOO LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

tagnes, entre autres le cirque de Gavamie avec sa ma- 
gnifique cascade et son pont de neige qui ne fond 
jamais. 

Quand on approcha de Toulouse, le temps, tout en 

5 s'éclaircissant, s'était fort refroidi, et le vent soufflait 

avec force, comme d'ordinaire dans la plaine du Lan- 

? guedoc. (A Toulouse il fallut se donner bien de la 

peine, car l'ancienne capitale du Languedoc, peuplée de 

150,000 âmes, est une grande ville commerçante: le 

10 Perpignan lui apportait quantité de marchandises, 

principalement de beaux blés d'Afrique. 

Le Perpignan au-dessus de Toulouse, quitta le canal 
du Midi et entra dans la Garonne, ce beau fleuve qui 
descend des Pyrénées pour aller se jeter dans l'Océan 
15 au delà de Bordeaux. 

La jambe de Julien était presque guérie et sa gaîté 
lui revenait. A la pensée qu'on arriverait bientôt à 
Bordeaux, il se sentait joyeux. 

— Pourvu que notre oncle Frantz soit guéri aussi, 
20 pensait-il. 

Bientôt, au loin, on vit sur le fleuve toute une forêt 
de mâts. 

— André, disait Julien en frappant dans ses mains,^ 
vois donc ; nous arrivons, quel bonheur ! 

25 On apercevait en effet Bordeaux avec ses belles mai- 
sons et son magnifique pont de 487 mètres jeté sur le 
fleuve. 

Chacun, sur le Perpignan, était plus attentif que 
jamais à la manœuvre, afin qu'il n'arrivât pas d'acci- 

30 dent. Bientôt le Perpignan prit sa place au bord du 
quai animé, où des marins et des hommes de peine* 
allaient et venaient chargés de marchandises. 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS lOI 

Une planche fut jetée pour aller du bateau au quai, 
et Ton mit pied à terre.^ 

Le patron, qui avait Toeil vif, avait remarqué un 
homme assis à Técart sur un tas de planches et qui, 
pâle et fatigué comme un convalescent, semblait con- 5 
sidérer avec attention l'arrivée du bateau. Le patron 
frappa sur Tépaule d'André: — Regarde, dit-il, je 
parie que voilà ton oncle, auquel tu as écrit l'autre 
jour. 

André regarda et le cœur lui battit d'émotion, car 10 
cet inconnu ressemblait tellement à son cher père qu'il 
n'y avait pas moyen de se tromper. — Julien, dit-il, 
viens vite. 

Et les enfants, se tenant par la main, coururent vers 
l'étranger. 15 

En voyant ces deux enfants descendus du Perpignan 
et qui couraient vers lui, l'oncle Frantz à son tour 
pensa vite à ses jeunes neveux. Il leur ouvrit les 
bras : — Mes pauvres enfants, leur dit-il en les em- 
brassant l'un et l'autre, comment m'avez vous deviné 20 
au milieu de cette foule? 

— Oh! dit Julien avec sa petite voix qui tremblait 
d'émotion, vous lui ressemblez tant! J'ai cru que 
c'était lui! 

L'oncle de nouveau embrassa ses neveux, et tout 25 
bas: — Je ne lui ressemblerai pas seulement par le 
visage, dit-il; enfants, j'aurai son cœur pour vous 
aimer. 

— Mon Dieu, murmurèrent intérieurement les deux 
orphelins, vous nous avez donc exaucés, vous nous 30 
avez rendu une famille! 

/ 



I02 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 



XXIV 

L'oncle Frantz était sorti de Thôpital depuis huit 
jours. Il avait loué sur un quai de Bordeaux une 
petite chambre. Dans cette chambre il y avait un se- 
cond lit tout prêt pour l'arrivée des deux orphe- 

5 lins. ! 

Quoique Frantz eût été gravement malade, il repre- 
nait ses forces assez vite. C'était un robuste Lorrain, 
de grande taille et de constitution vigoureuse. Dans 
huit jours,^ dit-il aux enfstnts, je serai de force* à 

lo travailler. 

— Attendez-en quinze,^ mon oncle, dit André ; cela 
' vaudra mieux. 

Après les chagrins que Frantz Volden venait 

d'éprouver, il se sentit tout heureux d'avoir auprès 

15 de lui ces deux enfants. La sagesse et le courage 

d'André l'émerveillaient et le réconfortaient, la vivacité 

et la tendresse de Julien le mettaient en joie.* 

— Enfants, dit un matin l'oncle Frantz, voici mon 
avis sur notre situation. Nous avons beau être sur 

20 le sol de la France, cela ne suffit pas aux Alsaciens- 
Lorrains pour être regardés comme Français; il leul 
faut encore remplir les formalités exigées par la loi 
dans le traité de paix avec l'Allemagne. Donc nous 
avons tous les trois à régler nos affaires en Alsace- 

25 Lorraine. La loi nous accorde encore pour cela neuf 
mois. Une fois en règle de ce côté,** une fois notre 
titre de Français reconnu, nous songerons au reste. 

— Oui, oui, mon oncle, s'écrièrent André et Julien 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 103 

d'une même voix, c'est ce que voulait notre père, c'est 
aussi ce que nous pensons. 

— Seulement, mes enfants, TAlsace-Lorraine est 
loin et nos économies bien minces, car les six mille 
francs que j'avais placés sont perdus sans retour:^ 5 
c'était le fruit de vingt années de travail et de priva- 
tions, et tout est à recommencer maintenant. Tâchons 
donc de «faire notre voyage sans rien dépenser, mais 
au contraire en gagnant quelque chose, comme vous 
l'avez fait vous-mêmes depuis quatre mois. Vous 10 
savez que par métier je suis charpentier de navire. 
Eh bien, il y a au port de Bordeaux un vieil ami à 
moi, le pilote Guillaume, dont le vaisseau va partir 
bientôt pour Calais. Il m'a promis de prier le capi- 
taine du navire de m'employer à son bord. 15 

— Moi-même, dit André, j'y pourrai gagner quelque 
chose. 

— Et moi ? demanda Julien. 

— Nous débattrons par marché^ ton passage, et nous 
nous embarquerons tous les trois. C'est un de ces 20 
navires de cabotage' nombreux à Bordeaux, qui ont 
l'habitude d'aller, en suivant les côtes, de Bordeaux 
jusqu'à Calais. Nous serons là-bas dans quelques se- 
maines et avec un peu d'argent de gagné. Nous re- 
prendrons de l'ouvrage sur les bateaux d'eau douce* 25 
qui naviguent sans cesse de Calais en Lorraine, et 
nous arriverons ainsi sans qu'il nous en ait rien 
coûté. 

— Nous allons donc voir encore la mer ! dit Julien. 

— Oui, l'Océan. 30 
L'oncle Frantz réussit à faire ce qu'il voulait. 

On s'embarqua et Julien se mit à lire. Le premier 



I04 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

grand homme dont il étudia la vie ce fut Montesquieu, 
un philosophe, législateur et jurisconsulte fameux 
qui naquit près de Bordeaux et dont le principal 
ouvrage « L'Esprit des Lois » a été traduit dans toutes 

5 les langues. En continuaijit sa lecture il en arriva à 
Daumesnil un des meilleurs généraux de Napoléon P*". 
Les soldats qui combattaient avec lui l'avaient nommé 
le brave. A Wagram, il eut la jambe emportée par 
un boulet. Devenu colonel, puis général, il fut nommé 

lo gouverneur de Vincennes, un des forts qui défendent 
les approches de Paris. Le peuple l'appelait Jambe 
de Bois. 

En 1814, les armées étrangères qui avaient envahi la 
France entourèrent Vincennes et envoyèrent demander 

15 a Daumesnil de rendre sa forteresse. — ^ « Rendez-moi 
d'abord ma jambe,» répondit-il. Et comme l'un des 
envoyés, irrité de cette saillie, lui répliquait : « Nous 
vous ferons sauter,» Daumesnil, lui montrant simple- 
ment un magasin où étaient amassées 1,800,000 livres 

20 de poudre : « S'il le faut, répondit-il, je commencerai 
et nous sauterons ensemble.» Les envoyés se retirè- 
rent, peu rassurés, et le fort ne put être pris. 

L'année suivante, les ennemis envahirent de nouveau 
la France et revinrent mettre le siège devant le fort 

25 de Vincennes. De nouveau, ils députèrent des en- 
voyés vers Daumesnil ; mais, comme la violence et les 
menaces n'avaient point réussi l'année précédente au- 
près du général, on essaya de le corrompre par de 
l'argent. Il était pauvre, on lui offrit un million pour 

30 qu'il rendît la place de Vincennes. Daumesnil ré- 
pondit avec mépris à l'envoyé qui lui avait remis une 
lettre secrète du général prussien: 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 105 

— Allez dire à votre général que je garde à la fois 
sa lettre et la place de Vincennes: la place, pour la 
conserver à mon pays, qui me Ta confiée; la lettre, 
pour la donner en dot à mes enfants: ils aimeront 
mieux cette preuve de mon honneur qu'un million s 
gagné par trahison. Vous pouvez ajouter que, malgré 
ma jambe de bois et mes vingt-trois blessures, je me 
sens encore plus de force qu'il n'en faut pour défendre 

la citadelle, ou pour faire sauter avec elle votre gé- 
néral et son armée. lo 

Ainsi Vincennes demeura imprenable grâce à ce 
général qui, comme on l'a dit, « ne voulut jamais ni se 
rendre ni se vendre.» 

— Bravo ! s'écria fièrement le petit Julien, voilà un 15 
homme comme je les aime, moi, puis il continua et lut 

la vie de Fénelon, l'illustre prélat qui fut précepteur 
du petit-fils de Louis XIV, et celle de Saint Vincent 
de Paul qui consacra sa vie entière à secourir les in- 
fortunés. 20 

Un jour que le petit Julien s'était attardé tout un 
après-midi dans la cabine à faire ses devoirs,^ il fut 
bien étonné en revenant sur le pont de ne plus aperce- 
voir la mer, mais un beau fleuve bordé de verdoyantes 
prairies et semé d'îles nombreuses. Le navire remon- 25 
tait le fleuve, d'autres navires le descendaient, allaient 
et venaient en tous sens. 

— Oh ! André, dit Julien, on croirait revenir à Bor- 
deaux. 

— Nous approchons de Nantes, dit André ; tu sais 30 
bien que Nantes est comme Bordeaux un port cons- 
truit sur un fleuve, sur la Loire. 



Io6 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

Le navire en effet, après plusieurs heures et plu- 
sieurs étapes, arriva devant les beaux quais de Nantes. 
Julien fut enchanté de se dégourdir les jambes^ en 
marchant sur la terre ferme.^ Il alla avec André faire 
5 des commissions dans cette grande ville, qui est la plus 
considérable de la Bretagne et une de nos principales 
places de commerce. 

Mais le séjour fut de courte durée. On chargea 
rapidement sur le navire des pains de sucre^ venant des 

10 importantes raffineries de la ville, des boîtes de sar- 
dines et de légumes fabriquées aussi à Nantes, et des 
vins blancs d'Angers et de Saumur. Puis on redes- 
cendit le fleuve. On revit à Tembouchure de la Loire 
les ports commerçants de Saint-Nazaire et de Paim- 

15 bœuf, où s'arrêtent les plus gros navires de l'Amé- 
rique et de l'Inde. Enfin on se retrouva en pleine 
mer. 

Bientôt le Poitou arriva devant la vaste rade de 
Brest, dont la difficile entrée est bordée de rochers et 

20 protégée par des forts. Une fois ce passage franchi, 
c'est la rade la plus sûre du monde. Brest, où se 
trouve notre école navale, est avec Toulon notre plus 
grand port militaire. On n'y entra pas cependant, car 
le patron n'y avait rien à faire, et un soir on aperçut 

25 dans le lointain, à travers une brume légère, la lueur 
rouge, blanche ou bleue, des phares placés sur les 
pointes les plus avancées de la presqu'île bretonne, qui 
dessinaient ainsi dans la nuit les contours de la côte. 
Tantôt c'étaient des feux fixes,* tantôt des feux à 

30 éclipses*^ qui semblaient s'éteindre et se rallumer tour 
à tour, et qui, tournant sur eux-mêmes, éclairaient suc- 
cessivement toutes les parties de l'horizon. 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 107 

— Que tous ces phares sont beaux à voir! disait 
Julien; c'est une vraie illumination. 

— Tout cela est fait pour nous éclairer dans notre 
route: les phares tiennent compagnie au navigateur 

et lui indiquent le bon chemin. Tu ne peux te faire s 
une idée, petit Julien, combien cette côte de Bretagne 
était dangereuse autrefois. Il y a là des rochers qui 
ont mis en pièces je ne sais combien de navires: leurs 
noms font penser à tous les désastres qu'ils ont causés ; 
dans la Baie des Trépassés, par exemple, que de nau- lo 
f rages il y a eu ! Lorsque, dans les tempêtes, la mer 
se brise sur tous ces rochers, elle fait un tel bruit qu'on 
l'entend sept lieues à la ronde.^ Il se produit aussi des 
tourbillons et des gouffres oti tout vaisseau qui entre 
se trouve englouti. Mais maintenant les plus dange- 15 
reux de ces rochers portent chacun leur phare, et alors, 
au lieu d'être un péril pour les marins, ils leur sont une 
aide et semblent s'avancer eux-mêmes dans la mer 
pour mieux les guider. 



XXV 

Un jour que Frantz était assis sur un tas de cor- 20 
dages à côté du vieux pilote, Julien s'approcha, son 
livre à la main. 

— Qu'est-ce que tu lis là, petit? demanda l'oncle 
Frantz. 

— Mon oncle, je lis ce qu'il y a dans mon livre sur 25 
la Bretagne et sur ses grands hommes; nous sommes 
justement encore en face des côtes de la Bretagne, et 

il me semble que c'est un beau pays. 



Io8 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

— Certes, dit l'oncle Frantz: mais voyons, lis tout 
haut. 

— Et lis bien, ajouta le père Guillaume, nous t'écou- 
tons. 

5 La Bretagne a donné à la France beaucoup 
d'hommes vaillants; parmi eux on remarque Du- 
guesclin. 

DuGUESCLiN naquit, en 13 14, près de Rennes, Tan- 
tique et belle capitale de la Bretagne. Duguesclin 

10 était laid de figure, il avait un caractère intraitable, 
mais il était plein de courage et d'audace. Dès l'âge 
de seize ans, il trouve moyen de prendre part, sans 
être connu, à un de ces combats simulés qu'on appelait 
tournois, et qui étaient une des grandes fêtes de l'é- 

15 poque. Il entre au milieu des combattants avec la 
visière de son casque baissée, pour n'être reconnu de 
personne, et terrasse l'un après l'autre seize chevaliers 
qui s'offrent à le combattre. Au moment où il terras- 
sait son dernier adversaire, celui-ci lui enlève son 

20 casque du bout de sa lance et on reconnaît le jeune 

Bertrand Duguesclin. Son père accourt à lui et 

l'embrasse; il est proclamé vainqueur au son des 

fanfares. 

Après s'être ainsi fait connaître, Duguesclin entra 

25 dans l'armée et commença à combattre les Anglais, 
qui occupaient alors une si grande partie de la 
France. 

Il remporta sur eux une série de victoires ; par mal- 
heur, un jour il se trouva vaincu et fut fait prisonnier. 

30 Le Prince Noir, fils du roi d'Angleterre, fit faire 
bonne garde autour de lui, et on le tint en prison à 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 109 

Bordeaux. Il languit ainsi plusieurs mois. Un jour le 
prince le fit amener devant lui : 
' — Bertrand, dit-il, comment allez-vous ? 

— Sire, j'irai mieux quand vous voudrez bien; j'en- 
tends depuis longtemps dans ma prison les rats et les 5 
souris qui m'ennuient fort; je n'entends plus le chant 
des oiseaux de mon pays, mais je l'entendrai encore 
quand il vous plaira. 

— Eh bien, dit le prince, il ne tient qu'à vous que ce 
soit bientôt. ' 10 

Et le prince essaya de lui faire jurer de ne plus com- 
battre pour sa patrie. Bertrand refusa. 

On finit par convenir que Bertrand Duguesclin re- 
couvrerait sa liberté en payant une énorme somme 
d'argent pour sa rançon. 15 

— Comment ferez-vous pour amasser tant d'argent? 
dit le prince. 

— Si besoin est, répliqua Bertrand, il n'y a femme 
ou fille en mon pays, sachant filer, qui ne voudrait 
gagner avec sa quenouille de quoi me sortir de pri- 20 
son. 

On permit alors à Duguesclin d'aller chercher lui- 
même tout cet argent, sous le serment qu'il reviendrait 
le rapporter. 

Duguesclin quitta Bordeaux monté sur un roussin 25 
de Gascogne, et il recueillit déjà, chemin faisant, une 
partie de la somme. 

Mais voilà qu'il rencontre de ses anciens compa- 
gnons d'armes, qui, eux aussi, avaient été mis en 
liberté sur parole^ et ne pouvaient trouver d'argent 30 
pour se racheter. 

— Combien vous faut-il ? demanda Bertrand. 



no LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

Les uns disent « cent livres ! » les autres « deux 
cents livres I » et Bertrand les leur donne. 

Quand il arriva en Bretagne, à son château où rési- 
dait sa femme, il avait donné tout ce qu'il avait. Il 
5 demanda alors à sa femme de lui remettre les revenus 
de leur domaine et même ses bagues, ses bijoux. 

— Hélas ! répondit-elle, il ne me reste rien, car il est 
venu une grande multitude de pauvres écuyers et che- 
valiers, qui me demandaient de payer leur rançon. Ils 

10 n'avaient d'espoir qu'en moi, et je leur ai donné tout 
ce que nous possédions. 

Duguesclin serra sa femme sur son cœur. ■ 

— Tu as fait tout comme moi,^ lui dit-il, et je te 
remercie d'avoir si bien compris ce que j'aurais fait 

15 moi-même à ta place. 

Alors Bertrand se remit en route pour aller retrouver 
le Prince Noir. 

— Où allez- vous loger ? lui demanda celui-ci. 

— En prison, monseigneur, répondit Bertrand. J'ai 
20 reçu plus d'or, il est vrai, qu'il n'était nécessaire pour 

me libérer; mais j'ai tout dépensé à racheter mes 
pauvres compagnons d'armes, de sorte qu'il ne me 
reste plus un denier. 

— Par ma foi ! avez- vous vraiment été assez simple 
25 que de délivrer les autres pour demeurer vous-même 

prisonnier ? 

— Oh, sire, comment ne leur aurais- je pas donné? 
Ils étaient mes frères d'armes, mes compagnons. 

Duguesclin ne resta pourtant point en prison: peu 
30 de temps après son retour, on vit arriver aux portes 
de la ville des mulets chargés d'or. C'était le roi de 
France qui envoyait la rançon de son fidèle général. 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 1 1 1 

Duguesclin put donc recommencer à combattre pour 
son pays. Il chassa successivement les Anglais de 
toutes les villes qu'ils occupaient en France, -sauf 
quatre. 

Duguesclin était déjà vieux et il combattait encore ; 5 
il assiégea la forteresse de Châteauneuf-de-Randon, 
située dans les montagnes des Cévenhes. Le gouver- 
neur de la ville promit de se rendre. Mais Duguesclin 
mourut sur ces entrefaites, la ville se rendit néan- 
moins au jour fixé, et on apporta les clefs des portes 10 
sur le tombeau de Duguesclin, comme un dernier hom- 
mage rendu à la mémoire du généreux guerrier. 

Le lendemain la mer était devenue mauvaise. 

— Assieds-toi tranquillement, mon Julien, dit André 
au petit garçon, cela vaudra mieux que de courir sur le 15 
pont pour embarrasser la manoeuvre et risquer d'être 
emporté par les lames, qui sont fortes. 

— Oui, André, répondit Tenfant, je vais m'asseoir 
dans un petit coin et m'amuser à lire tout seul pour ne 
déranger personne. Et Julien, tirant de sa poche son 20 
livre, qui ne le quittait jamais, l'ouvrit à la page où il 
en était resté la veille. Il lut ce qui suit : 

Il y a, à l'est de la Bretagne, deux fertiles pro- 
vinces qui semblent la continuer, et qui sont arrosées 
aussi par la Loire ou ses affluents: c'est le Maine et 25 
l'Anjou. 

Le Maine produit des chanvres et des lins, dont on 
fait dans le pays des toiles renommées. Les bœufs et 
les volailles du Mans sont d'excellente race; le pays 
est boisé, et le gibier y abonde. 30 



112 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

C'est dans le Maine, près de Laval, que naquit le 
célèbre chirurgien Ambroise Paré. Il jouait un jour 
avec de jeunes villageois de son âge, et tous ces enfants 
couraient et sautaient ensemble. Tout d'un coup, Tun 
5 d'eux tomba et ne put se relever. Il s'était fait une 
grave blessure à la tête, et le sang coulait en abon- 
dance. Tous ses camarades, sottement effrayés à la 
vue du sang et le croyant mort, se mettent à fuir en 
criant. Seul le petit Ambroise, à la fois plus coura- 

10 geux et plus compatissant, s'approche de son cama- 
rade, lui lave sa plaie, la bande avec son mouchoir; 
puis, comme l'enfant pouvait à peine se remuer, il le 
charge sur ses épaules et le transporte chez ses parents. 
Cette présence d'esprit et cette fermeté de caractère 

15 furent bientôt connues dans le pays. Un chirurgien de 
l'endroit en entendit parler, fit venir près de lui le petit 
Ambroise, et, voyant qu'il ne demandait qu'à s'ins- 
truire, le prit chez lui comme aide. 

A partir de ce moment, Ambroise Paré commença à 

20 étudier la chirurgie, qu'il renouvela plus tard par ses 
découvertes. Il devint médecin du roi. Toute sa vie 
est un long exemple de travail, de science, de dévoue- 
ment et de modestie. 

Quand la peste éclata à Paris, le roi quitta la ville, 

25 mais Ambroise Paré, quoiqu'il fût médecin du roi, re- 
fusa de l'accompagner et voulut rester à Paris pour 
soigner les malades. Il s'exposa à tous les dangers et 
parvint ainsi à sauver bien des malheureux en risquant 
lui-même sa vie. 

30 Les soldats l'appelaient leur bon père. Un jour, 
dans une campagne, il fut fait prisonnier par les Espa- 
gnols. On ne l'avait point reconnu, mêlé à la foule 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS II3 

des prisonniers; mais un de ses compagnons vient à 
tomber malade : il le soigne, il le sauve. On le recon- 
naît aussitôt et on lui rend la liberté. 

Ce grand homme avait une modestie égale à son 
génie. Un jour, on le félicitait d'une guérison mer- 5 
veilleuse qu'il venait d'accomplir. Il fit cette simple 
réponse, qui est devenue célèbre : 

— Je l'ai pansé, Dieu l'a guéri. 

David d'Angers a gravé ces mots au bas de la statue 
d'Ambroise Paré qu'il a sculptée. 10 

L'Anjou est plus fertile encore que le Maine; les 
vents tièdes de l'Océan rendent le climat assez doux, 
mais humide. La campagne produit de bons vins, sur- 
tout ceux de Saumur. Angers, ville de 73,000 âmes, 
a une importante école d'arts et métiers, et ses environs 15 
renferment de nombreuses carrières d'ardoises. A 
Saumur se trouve une grande école de cavalerie, où 
l'on instruit les officiers et les soldats. 

Avant de traverser l'Anjou et la Bretagne pour se 
jeter dans la mer près de Nantes, la Loire arrose un 20 
pays couvert comme l'Anjou de verdoyantes prairies, 
de maisons de campagne et de châteaux : c'est la Tou- 
raine, qu'on a surnommée, à cause de sa fertilité, le 
Jardin de la France. 

Près de Tours, ville de 61,000 âmes, placée au bord 25 
de la Loire dans une situation admirable, naquit un 
des plus grands savants du monde. Descartes, dont la 
statue s'élève à Tours. 

Le jeune Descartes, à seize ans, avait déjà étudié 
*-outes les sciences, et il ne tarda pas â s'illustrer par 30 
une longue série de découvertes dans les sciences les 



114 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

plus diverses: mathématiques, physique, astronomie, 
philosophie. 

Il mourut à cinquante-trois ans et fut inhumé dans 
réglise Saint-Étienne à Paris où Ton voit encore son 
S tombeau. 

— Père Guillaume, dit Julien le lendemain matin en 
arrivant sur le pont à côté du pilote, vous m'avez dit 
l'autre jour que vous étiez Normand ; voulez-vous que 
nous parlions de votre pays ? Cela m'amusera beaucoup. 

lo — Voilà qui est bien parlé, petit Julien. Assieds-toi 
tranquillement en face de moi, et nous causerons de la 
Normandie, et le père Guillaume, levant le doigt dans 
la direction des côtes normandes : 

— Par là-bas, dit-il, au loin, comme un bras qui se 
15 plongerait dans TOcéan, il y a un cap que je ne puis 

voir sans un battement de cœur: c'est le cap de la 
Hague, petit Julien ; c'est par là que je suis né. Tout 
près est le magnifique port de Cherbourg dont la rade 
est défendue par une digue qui n'a pas sa pareille au 

20 monde. 

Elle a presque une lieue, et s'avance au milieu d'une 
des mers les plus agitées et les plus dangereuses qu'il 
y ait sur la côte de France ; mais elle est si bien cons- 
truite en gros blocs de granit que les plus grandes 

25 tempêtes ne l'endommagent pas, que les navires qui 
sont derrière jouissent d'un calme parfait au moment 
même où les vagues déferlent au large comme des 
montagnes qui s'entre-choquent. 

Et puis la Normandie a bien d'autres ports. Il y a 

30 d'abord le Havre, qui est après Marseille le port le plus 
commerçant de toute la France : plus de dix mille vais- 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS II5 

seaux y entrent chaque année et y apportent les pro- 
duits de toutes les parties du monde, surtout le coton 
récolté en Amérique par les nègres. Puis nous avons 
Dieppe, connu pour ses bâtiments de pêche et pour ses 
bains de mer, Fécamp, Honfleur en face du Havre, $ 
Granville qui occupe plus de quinze cents hommes à la 
pêche des huîtres, et dont les navires vont à Terre- 
Neuve pêcher la morue. Enfin Rouen est aussi un 
port très commerçant sur la Seine. 

Les navires remontent le fleuve comme à Nantes lo 
nous avons remonté la Loire et à Bordeaux la Ga- 
ronne. Rouen, qui a plus de 113,000 habitants, est une 
grande ville laborieuse, pleine d'usines, de machines et 
de travailleurs. Elle file à elle seule trente millions 
de kilogrammes de coton, chaque année, dans ses vastes 15 
filatures où la vapeur met en mouvement des milliers 
de bobines. 

— Père Guillaume, demanda Julien, y a-t-il de 
bonnes terres en Normandie? 

— Je le crois bien, petit. La Normandie est l'un des 20 
sols les plus fertiles de la France. Nous avons des 
prairies sans pareilles, où on élève de nombreux trou- 
peaux. C'est là que chaque année on vient acheter les 
bœufs gras qui sont ensuite promenés à Paris, et qui 
sont bien les plus beaux qu'on puisse voir. Les che- 25 
vaux normands, dont la ville de Caen fait grand com- 
merce, sont connus partout. Enfin, mon ami, nos fer- 
mières font du beurre et des fromages que tout le 
monde achète; nous envoyons par millions en Angle- 
terre les œufs de nos basses-cours, et nos belles poules 30 
sont une des races des plus estimées. La campagne est 
tout ombragée d'arbres fruitiers, de pommiers qui nous 



Il6 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

donnent un excellent cidre, de cerisiers dont les bonnes 
cerises approvisionnent l'Angleterre. La Normandie 
est une des provinces les plus riches et les plus fertiles 
de notre France. 
S — Père Guillaume, voulez- vous que je vous lise ce 
que dit mon livre sur les grands hommes de la Nor- 
mandie ? 

— Certainement, mon enfant, lis, je t'écoute. 

L'un des plus grands poètes de la France, CoR- 
10 NEiLLE, est né à Rouen au commencement du dix-sep- 
tième siècle. Ses pièces en vers, qui furent représen- 
tées à Paris, excitèrent un véritable enthousiasme. Les 
œuvres de Corneille sont, en effet, remplies de senti- 
ments élèves et de nobles maximes : il nous émeut par 
15 l'admiration des personnages qu'il représente. Aussi 
son nom fut parmi les plus illustres du dix-septième 
siècle. Napoléon disait de lui : « Si Corneille avait 
vécu de mon temps, je l'aurais fait prince.» Ce grand 
homme mourut à Paris en 1684. Ses principales tra- 
20 gédies sont: Le Cid, Horace, Cinna et Polyeucte. 

Julien continuait sa lecture ; mais le pilote Guillaume 

ne l'écoutait plus depuis déjà quelque temps; il était 

tout occupé du navire et de la mer. Le vent s'était levé 

plus fort, et on voyait au loin l'Océan qui commençait 

25 à blanchir d'écume. 

— Allons, laisse-moi, petit, dît Guillaume; tes his- 
toires sont intéressantes, mais nous les verrons une 
autre fois. Sur toutes ces côtes la mer est mauvaise, 
et je pourrais bien avoir ce soir forte besogne. 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS H/ 



XXVI 

Le petit JuHen s'était couché tard ; on était inquiet 
à bord du bâtiment, car la mer était de plus en plus 
mauvaise. 

Au milieu de la nuit, l'enfant dormait profondément 
comm'e on dort à son âge. Tout d'un coup il fut s 
réveillé en sursaut.^ Au-dessus de sa tête, sur le plan- 
cher du navire, il entendait les marins aller et venir 
avec agitation. En même temps, c'étaient de longs 
roulements comme ceux du tonnerre, des sifflements 
aigus, des grondements à assourdir. — Hélas ! se dit- lo 
il, c'est la tempête! 

Il chercha autour de lui son frère; mais André 
n'était plus là: sans doute il s'était réveillé avant 
Julien et était sorti de la cabine pour aider les mate- 
lots. 15 

Julien essaya de se lever, mais la mer secouait telle- 
ment le navire qu'il ne put se tenir debout et fut jeté 
contre la cloison. 

L'enfant épouvanté rassembla pourtant tout son cou- 
rage ; il s'habilla à la hâte, priant Dieu en lui-même ; 20 
il ouvrit la porte de la cabine et fit quelques pas en 
s'appuyant contre les murs. Le bruit se fit alors en- 
tendre plus effrayant encore: les coups de tonnerre 
se succédaient sans interruption, et la lueur des éclairs 
était si vive que Julien fut obligé de fermer les yeux. 25 
En même temps la mer mugissait avec violence, étouf- 
fant par instants le bruit du tonnerre. 

Tout à coup un grand craquement se fit entendre. 



Il8 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

Le bâtiment trembla de la quille jusqu'au mât, et 
Julien reçut une telle secousse qu'il roula de nouveau 
par terre. Le navire venait d'être jeté sur un écueil. 
Un long cri d'effroi retentit à bord, se mêlant aux 
5 sifflements du vent et des flots. Julien, pris d'une 
peur indicible, se mit à crier lui aussi de toutes ses 
forces: — André! André! 

Une main le souleva, la main de son frère, qui avait 
tout d'abord pensé â lui dan& ce suprême péril. André 

lo serra l'enfant dans ses bras : — N'aie pas peur, lui 
dit-il, je ne te quitterai pas. 

Et à voix basse il ajouta: — Julien, il faut prier 
Dieu, il faut avoir confiance en lui, il faut avoir du 
courage. 

15 Tout en parlant ainsi, André emportait l'enfant dans 
ses bras, tâchant par son énergie de relever le courage 
de son jeune frère. Gardant sa présence d'esprit au 
milieu du danger, il avait d'abord aidé de son mieux 
les matelots à la manœuvre. Mais maintenant on ne 

20 devait plus songer qu'à opérer le sauvetage,^ car le 
navire était perdu: malgré les efforts du pilote Guil- 
laume et ceux de l'équipage, il avait été précipité par 
le vent sur les dangereux rochers de la côte, et son 
flanc avait été si largement ouvert que de toutes parts 

25 en entendait l'eau entrer en bouillonnant dans la cale. 
Le bâtiment appesanti s'enfonçait peu à peu dans les 
flots, comme si une main invisible l'eût entraîné au 
fond de l'Océan. 

Lorsque André arriva sur le pont du navire, il tenait 

30 toujours Julien dans ses bras. Il s'arc-bouta contre 
un mât, car les lames écumantes sautaient sur le pont 
et lui fouettaient les jambes avec assez de force pour 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 1 19 

le renverser. Le capitaine, jugeant qu'il nV avait plus 
d'espoir et pas une minute à perdre, venait de com- 
mander de mettre la chaloupe à la mer. 

Bientôt quelques matelots s'écrièrent que l'embar- 
cation était trop petite pour contenir tout le monde, s 
d'autant plus que l'oncle Frantz et les deux enfants 
se trouvaient en sus de l'équipage habituel. 

— Qu'on mette aussi le canot à la mer, dit alors 
le capitaine. 

L'équipage lui obéit de suite et bientôt les deux lo 
embarcations flottèrent à côté du bâtiment perdu. Le 
capitaine. et ses hommes s'embarquèrent dans la cha- 
loupe, le pilote Guillaume, l'oncle Frantz, les deux 
enfants dans le canot et l'on se mit à ramer énergique- 
ment. Bientôt cependant la chaloupe fut perdue de vue. 15 

Le canot était si léger qu'il semblait que la première 
vague eût dû l'engloutir, mais il bondissait sur la 
cime du flot pour retomber l'instant d'après dans le 
sillon que le flot laisse derrière lui. Le pilote tenait 
le gouvernail ; l'oncle Frantz et André maniaient cha- 20 
cun une rame d'une main vigoureuse. 

Les dernières heures de la nuit furent des heures 
d'angoisse pour les naufragés. Enfin les premiers 
rayons du jour parurent et éclairèrent la mer. Tout 
à coup Julien, dont les yeux étaient tournés vers 25 
l'ouest, aperçut au loin une sorte de petite nuage noi- 
râtre qui flottait au-dessus de l'horizon. 

— Ne voyez-vous pas ce nuage ? dit-il â son oncle. 
Celui-ci regarda, puis, se levant tout à coup : — Oh ! 

dit-il, ce n'est point un nuagfe, c'est de la fumée. 30 
Sûrement un vapeur est par là. Nous pouvons es- 
pérer. 



I20 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

Bientôt en effet la fumée sembla approcher, épaissir ; 
puis, quelques minutes plus tard, on distinguait le 
haut des mâts et de la cheminée du vaisseau. 

On se leva et on agita tout ce qu'on possédait d'é- 
5 toffes à couleurs voyantes.^ Julien avait joint ses 
petites mains, les yeux tournés vers le ciel. 

Tout d'un coup le navire à vapeur changea de direc- 
tion et marcha juste sur le canot. Le signal avait 
été aperçu et on venait pour secourir les naufragés. 
10 Quelques instants après, ils étaient tous à bord* 
du grand bateau à vapeur la Ville de Caen, qui re- 
prenait sa route vers Dunkerque, les emportant avec 
lui. 

Dans l'ivresse de se voir sauvés, Julien et André s'é- 
15 taient jetés au cou de leur oncle et du brave Guil- 
laume. 

— Ami, dit Frantz au vieux pilote normand, dé- 
sormais c'est entre nous à la vie et à la mort.^ Nous 
te devons d'exister encore : dispose de nous au besoin. 

20 — Frantz, dit Guillaume, s'il en est ainsi, je veux 
te demander une chose; 

— Quoi que ce soit, dit Frantz, je le ferai. 

— Eh bien, Frantz, lorsque tu auras terminé tes 
affaires en Alsace-Lorraine, viens me trouver dans 

2$ le petit bien que je possède auprès de Chartres ; je sais 
que, si tu n'avais pas perdu toutes tes économies à 
Bordeaux, tu aurais acheté un bout de terre pour t'y 
établir; moi, me vpilà propriétaire et je n'entends pas 
grand'chose à l'agriculture; viens te reposer un mois 

30 auprès de moi. Tu m'aideras de tes conseils, nous ré- 
fléchirons ensemble à l'avenir, et, si le cœur te disait* 
de t'installer auprès de nous, nous serions bien heureux. 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 121 

— Hélas! mon brave Guillaume, répondit Frantz, 
j'irai te voir, je te le promets, mais je ne pourrai rester 
longtemps: nous avons notre vie à gagner, André et 
moi, nous avons à élever et à instruire Julien. 

— Que comptez-vous faire? • 5 

— Je n'en sais rien encore, dit Frantz en soupirant. 
Cette tempête a achevé de bouleverser mes projets. 
Nos vêtements à tous sont au fond de la mer, et, si 
je n'avais eu soin de mettre dans ma ceinture mes 
papiers avec une centaine de francs qui nous restaient, lo 
nous n'aurions plus rien que nos bras à cette heure. 

— Ah ! mon Dieu, c'est pourtant vrai, s'écria Julien, 
toutes nos affaires^ sont restées sur le navire et ont 
sombré avec. Et mes cahiers et mes livres que j'avais 

si bien pris soin d'emporter de Phalsbourg, tout est 15 
perdu! Quel dommage! je n'y avais pas songé en- 
core. 

Et l'enfant laissa tomber ses bras d'un air désolé. 
Mais à ce moment il sentit quelque chose de dur dans 
sa poche, et il ne put retenir un petit cri de plaisir: 20 

— Oh! fit-il, j'ai tout de même encore un livre, 
mon livre sur les grands hommes. Il était dans ma 
poche et il s'est trouvé sauvé sans que j'y pense. 

Le vieux pilote embrassa Julien, et serrant la main 
de Frantz: — Allons, dit-il, ne nous désolons pas, 25 
Frantz. Songe que dans ma vie j'ai passé des heures 
plus dures encore, et pourtant me voilà petit proprié- 
taire à présent. Ton tour de bonheur arrivera aussi, 
tu verras; il arrive toujours pour ceux qui comme 
toi ne craignent ni la peine ni le travail, parce qu'ils 30 
veulent honnêtement se tirer d'affaire. 

— Et puis, mon oncle, ajouta André, vous n'êtes 



128 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

Il n'y eut alors, parmi les Anglais, si vaillant 
homme^ qui pût s'empêcher de pleurer en voyant le dé- 
vouement des six bourgeois. Seul, le roi d'Angleterre, 
jetant sur eux un coup d'oeil de haine, commanda que 
5 l'on coupât aussitôt leurs têtes. Tous les barons et 
chevaliers anglais versaient des larmes et demandaient 
de faire grâce, mais Edouard, grinçant des dents, s'écria : 

— Qu'on fasse venir le coupe-tête. 

Au même moment la reine d'Angleterre arriva. Elle 
10 se jeta à deux genoux aux pieds du roi, de son époux : 

— Grâce, grâce! dit-elle;. et elle pleurait â tel point 
qu'elle ne pouvait se soutenir. Ah ! gentil sire, je ne 
vous ai jamais rien demandé; aujourd'hui je vous le 
demande, pour l'amour de moi, ayez pitié de ces six 

15 hommes! 

Le roi garda le silence durant quelques moments, 
regardant sa femme agenouillée devant lui: — Ah! 
madame, dit-il, j'aimerais mieux que vous fussiez ail- 
leurs qu'ici. 

20 Enfin il s'attendrit et il accorda la grâce des six 
héros de Calais. 

— Mon oncle, dit un jour André à l'oncle Frantz, il 
• y a une chose qui me préoccupe; lorsque nous avons 

quitté la Lorraine, le père et la mère Etienne nous 
2$ ont aidés comme si nous étions leurs enfants, et la 
bonne mère Etienne, sans rien me dire, a glissé dans 
ma bourse deux pièces de cinq francs que j'y ai trou- 
vées à Épinal. Cependant ils sont très gênés,^ car ils 
ont perdu toutes leurs économies pendant la guerre, 
30 et moi, malgré nos peines, j'ai néanmoins en ce moment 
deux fois plus d'argent qu'en quittant Phalsbourg. 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 123 

— Eh bien, s'écria Guillaume qui les attendait sur 
le seuil de la porte, arrivez donc: il y a du nouveau 
qui vous attend.^ 

Julien, en voyant la figure radieuse du brave pilote, 
devina vite que les nouvelles étaient bonnes; il s'é- 5 
lança à sa suite de toutes ses petites jambes,^ et on 
monta quatre à quatre^ Tescalier de la mansarde qu'on 
avait louée en arrivant. 

Quand la porte fut ouverte, Julien demeura bien 
surpris. Il aperçut au beau milieu de la mansarde 10 
quatre caisses de voyage portant chacune le nom de 
l'un de nos quatre voyageurs. Julien, naturellement, 
s'empressa d'ouvrir celle qui portait son nom, et il 
fit un saut d'admiration en voyant dans le tiroir de 
la caisse de bonnes chemises à sa taille,* des bas, des 15 
souliers neufs, un chapeau en toile cirée'^ et une paire 
de pantalons en bon drap. 

— Mais, père Guillaume, dit l'enfant en déployant 
toutes ces richesses, est-ce que c'est possible que ce 
soit pour moi, tout cela ! D'où vient cette belle caisse? 20 
Et André qui en a autant! et mon oncle aussi, et 
vous aussi ! ' Qu'est-ce que cela veut dire ? 

— Petit Julien, répondit le père Guillaume, ravi de 
la bonne surprise qui épanouissait tous les visages, 
c'est le cadeau d'adieu de notre capitaine. Il a fait 25 
dresser avec moi, comme la loi l'y obligeait, le procès- 
verbal® du naufrage du navire: le Poitou était assuré 
avec toute sa cargaison et le capitaine ne perdra rien : 

il a trouvé juste que nous ne perdions rien aussi, et 
il nous envoie ces vêtements en échange de ceux qui 30 
ont coulé avec le navire. En même temps, il a ajouté 
le paiement promis à chacun de nous pour la tra- 



124 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

versée. Volden, voici tes cinquante francs; André, 
en voici trente, et toi, Julien, voici un cahier et des 
livres tout neufs pour te récompenser d'avoir été cou- 
rageux en mer comme un petit homme. 
S Julien ne se possédait pas d'aise.^ Cette caisse à 
son adresse, c'était le premier meuble qu'il eût pos- 
sédé. 

— Mon oncle, disait-il en sautant de plaisir, voyez 
donc, nous avons maintenant un mobilier : c'est comme 

lo si nous possédions chacun une armoire! 

Tout d'un coup, ils s'interrompit pour pousser une 
nouvelle exclamation de surprise: 

— Ah! mon Dieu! dit-il, jusqu'à mon joli para- 
pluie que M. Gertal m'avait donné et j'avais tant de 

15 regret d'avoir perdu ! Eh bien, le capitaine en a mis 
un au fond de la caisse, et il est tout pareil, regarde, 
André. 

— Je m'imagine, dit l'oncle Frantz en tendant 
la main avec émotion à Guillaume, qu'il y a quel- 

20 qu'un qui a sans doute aidé la mémoire du capit&îne. 

— Mon vieil ami, dit Guillaume, j'étais chargé de 
faire l'inventaire complet; j'ai tâché de ne rien ou- 
blier. 



XXVII 

Le lendemain nos amis se séparèrent en se pro- 
25 mettant de se revoir bientôt. Guillaume allait retrou- 
ver sa femme. Frantz et ses neveux se dirigeaient 
vers Phalsbourg j>our y terminer leurs affaires. 

Lorsque le bateau quitta Dunkerque pour naviguer 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 125 

sur le canal, Julien, debout sur le pont, observait le 
pays avec attention. — Regarde bien, Julien, lui dit 
Toncle Frantz, le département du Nord où nous voici 
vaut la peine que tu Tadmires. C'est, après le départe- 
ment de la Seine, le plus peuplé de France, et Tagri- 5 
culture comme l'industrie y est prospère. 

En effet, tout le long des bords du canal, souvent 
noircis par la poussière du charbon de terre, on voyait 
se déployer de grandes plaines où travaillaient sans 
relâche les cultivateurs affairés. On était à la fin de 10 
janvier, et chacun préparait la terre à recevoir les se- 
mences du printemps. 

— Dans deux mois, ajouta Toncle Frantz, ce ne sera 
partout qu'un immense tapis vert : ici du chanvre et du 
lin, dont on fera les belles toiles du Nord ou les den- 15 
telles de Valenciennes et de Douai ; là, le colza, la na- 
vette et Toeillette pour les huiles, le houblon pour la 
bière, les betteraves pour les raffineries de sucre et 
pour la nourriture des bestiaux, enfin les céréales de 
toute sorte; car ici il n'y a jamais un mètre de terrain 20 
inoccupé. 

— Et toutes ces grandes cheminées, mon oncle, dit 
Julien, qu'est-ce donc? 

— Ce sont les cheminées d'usines de toute sorte, 
raffineries de sucre, distilleries d'eau-de-vie, fabriques 25 
d'amidon. Bientôt nous verrons les moulins à huile et 

à farine. Plus tard nous rencontrerons des puits de 
mines: les mines d'Anzin et de Valenciennes pro- 
duisent à elles seules le tiers de toute la houille retirée 
du sol français. 30 

Bientôt on arriva à Lille, la cinquième ville de 
France, qui est en même temps une place forte de pre- 



132 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

— Est-ce possible? s'écria-t-il. Alors, mon oncle, 
nous ne sommes plus pauvres, et nous pourrons, nous 
aussi, cultiver un petit bien comme vous le vouliez? 
Oh ! mon Dieu, mon Dieu, quel bonheur ! 



XXVIII 

S Le soir même, nos trois amis, «Cprès avoir rendu 
visite au vieux sabotier Etienne et à sa femme, repar- 
tirent pour la France. Ils avaient résolu d'aller re- 
trouver Guillaume, en passant par Paris pour y rece- 
voir les fonds de Toncle Frantz. 

10 Cette fois on avait prit trois places dans le chemin 
de fer. 

On arriva le lendemain à cinq heures du matin. 
Après avoir installé ses malles dans une chambre voi- 
sine de la gare, on revêtit ses habits neufs, on mangea 

15 un morceau de pain et de fromage d'un grand appétit 
et Ton se mit en route. 

Les magasins commençaient à s'ouvrir, les omnibus 
se mettaient en mouvement; Julien s'émerveillait de 
voir tant de monde aller et venir. 

20 Cependant il ne tarda pas à trouver que les rues de 
Paris étaient bien longues et que ses petites jambes 
n'avaient jamais été à pareille épreuve. 

— Sais-tu, lui dit André, comme on parcourait l'in- 
terminable rue de Rivoli, qui s'étend depuis la place de 

25 la Concorde jusqu'au delà de l'Hôtel de Ville, sais-tu 
quelle longueur feraient toutes les rues de Paris si elles 
étaient à la suite les unes des autres. 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS I33 

— Oh ! point du tout, dît Julien ; André, dis-le-moi 
vite si tu le sais. 

— Eh bien, elles feraient une rue longue de mille 
kilomètres, c'est-à-dire plus longue que le chemin de 
Paris à Marseille. 5 

Tout en causant on parvint enfin à la maison du 
banquier, non loin des Halles centrales.' L'oncle 
Frantz entra chez le banquier et y reçut l'assurance 
que le lende- 
J^ ~~I^ main matin il 10 

™ ~ toucherait les 

6 500 francs 
qui lui étaient 
^'^•^ "J ^jWflJMgSrjgl dus. Tran- 
SrV ^^SSStBi^l 1">1^^ SU'' '^ '5 

point, nos 
trois amis re- 
prirent leur 
promenade. 

On se trou- 20 
vait tout près 
des Halles centrales, l'oncle Frantz y conduisit les 
enfants. Il était neuf heures du matin, c'est-à-dire 
le moment de la plus grande animation. Julien n'en 
pouvait croire ses yeux ni ses oreilles. — Oh t oh ! 25 
s'écria-t-il, c'est bien sûr une des grandes foires de 
l'année 1 Que de monde! et que de choses il y a à 
vendre ! 

L'oncle se mit à rire de la naïveté de Julien. 

— Une foire ! s'écria-t-il ; mais, mon ami, il n'y en a 30 
jamais aux Halles ; le bruit et le mouvement que tu vois 
aujourd'hui sont le bruit et l'animation de chaque jour. 




134 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

— Quoi ! c'est tous les jours comme cela ! 

— Tous les jours. Il faut bien que ce grand Paris 
mange. Songe qu41 renferme trois millions d'habi- 
tants. 

5 — Oh ! dit le petit Julien, ils auront certes de quoi 
le faire. Jamais depuis que je suis au monde je n'ai 
vu en un seul jour tant de provisions. Regarde, 
André, ce sont des montagnes de choux, de salades : il 
y en a des tas hauts comme des maisons! Et des 
lo mottes de beurre^ empilées par centaines et par mille ! 

— Ce Paris est un Gargantua,^ comme on dit; où 
trouve-t-on toutes ces provisions ? 

— Julien, dit l'oncle Frantz, ces provisions arrivent 
à Paris de tous les points de la France: Paris a sept 

15 gares de chemin de fer ; il a aussi la navigation de la 
Seine à laquelle aboutissent les canaux français. Par 
toutes les voies les provisions lui arrivent. Tien§, re- 
garde par exemple cet étalage de légumes : il y a là des 
choses qui ont passé la mer pour arriver à Paris ; voici 

20 des artichauts, penses-tu qu'il puisse en pousser un seul 
en ce moment de l'année dans les campagnes voisines 
de Paris? 

— Non, il fait encore trop froid. 

— Eh bien, Alger^ où il fait chaud envoie les siens à 
25 Paris, qui les lui paie très cher. Ces fromages vien- 
nent du Jura, de l'Auvergne, du Mont-d'Or, que tu te 
rappelles bien; ces montagnes de beurre, ces paniers 
■d'œufs viennent de la Normandie et de la Bretagne. 

— Mon Dieu, dit Julien, que de monde est occupé en 
30 France à nourrir Paris ! 

On quitta les Halles et on se dirigea vers la Cité, 
qui est une île formée par la Seine au milieu de Paris. 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 



135 



Pour s'y rendre, on traversa la Seine sur l'un des vingt- 
huit ponts que Paris possède. Au milieu, Frantz fit 
arrêter les enfants. 

— Regardez, leur-dit-il, voilà la Cité, le berceau de 
Paris, C'est là qu'il y a deux mille ans s'élevait une s 
petite bourgade appelée Lutèce : on ne voyait alors en 
ce lieu qu'une centaine de pêcheurs, s'abritant à l'om- 
bre des grands arbres et de la verdure que fertilisait le 
limon du fleuve, La Seine leur servait de défense et 
de rempart, et deux ponts placés de chaque côté duio 
fleuve permettaient 
de le traverser. 

Peu à peu Paris 
s'est agrandi. Son 
histoire a été celle 15 
de la France. A 
mesure que la 
France sortait de la 
barbarie, Paris, sé- 
jour du gouverne- ao 
ment, s'élevait et 
prenait une impor- 
tance rapide. Nul 
événement heureux ou malheureux pour la patrie, 
dont Paris et ses habitants n'aient subi le contre-coup. 25 

Vous vous rappelez que pendant la dernière guerre, 
Paris souffrant de la faim et du froid a résisté quatre 
mois aux Allemands. Séparé de tout le pays par le 
cercle de fer des ennemis, il n'avait point d'autres nou- 
velles de la patrie que celles qui lui arrivaient sous 30 
l'aile des pigeons messagers. 

Tout en causant on avait traversé le pont et on ar- 




136 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

riva en face de Notre-Dame, Téglise métropolitaine de 
de Paris. Ce fut le tour d'André de dire ce qu'il savait. 

— Petit Julien, vois-tu cette belle église tout ornée 
de dentelles découpées dans la pierre, de statues taillées 

5 avec art; elle aussi a assisté aux premiers jours de la 
France. La première église de Paris fut bâtie ici il y 
a quinze cents ans, elle s'appelait Notre-Dame. Lors- 
qu'elle devint trop petite et commença à tomber en 
ruine, on entreprit la construction de celle-ci sur la 

10 place même où était l'ancienne Notre-Dame, et on mit 
un siècle à la construire. Les voûtes de Notre-Dame, 
depuis lors, n'ont cessé de retentir chaque fois que la 
France était en péril ou en fête. Elles ont été l'écho 
des soupirs de tout un peuple. Leurs cloches ont sonné 

15 non seulement pour la naissance et la mort d'un 
homme, mais pour les espérances et les deuils de la 
patrie entière. 

— Oh ! dit Julien, entrons donc nous aussi à Notre- 
Dame, voulez- vous mon oncle? 

20 Ils y entrèrent quelques instants. 

— Mon oncle, dit Julien en sortant de l'église, qu'est- 
ce que ce grand bâtiment qui est là tout près ? 

— C'est l'Hôtel-Dieu, le premier et le plus ancien 
hôpital de Paris, qui fut bâti il y a douze cents ans par 

25 Saint Landry, évêque de Paris. 

Tout en écoutant l'oncle Frantz, nos enfants sui- 
vaient les quais. Le long du chemin ils passèrent 
devant le joli clocher doré de la Sainte-Chapelle, le 
Palais de Justice, le quai aux Fleurs couvert d'étalages 
30 des fleurs les plus variées. 

Puis on arriva dans le quartier des Écoles,^ et Ton 
vit en passant une foule de jeunes gens qui allaient aux 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 137 

cours de la Sorbonne/ du Collège de France,^ de 
TÉcole de médecine, de TÉcole de droit. Julien s'émer- 
veillait aussi de voir tant de boutiques de livres, avec 
de belles cartes aux devantures. 

André s'arrêta longtemps devant un magasin où s 
Ton fabriquait des instruments de précision : cet art qui 
lui rappelait son métier l'intéressait. Derrière la 
vitrine, on apercevait les ouvriers au travail, polissant 
l'acier, limant, ajustant avec une adresse merveilleuse 
les appareils les plus compliqués. lo 

Plus loin on admira des instruments d'optique, lon- 
gues-vues, microscopes, thermomètres, baromètres, etc. 

— Mon oncle, disait Julien, c'est donc à Paris qu'on 
fait tous ces instruments qui servent à la science ? 

— Oui certes, Julien, et nous voici en ce moment 15 
dans le quartier savant de Paris. Là est l'Institut de 
France, où se réunissent les cinq Académies' com- 
posées des hommes les plus illustres ; là sont les écoles 
de premier ordre que la France ouvre à ses enfants: 
l'École normale supérieure, d'où sortent les professeurs 20 
qui enseigneront dans les lycées de l'État ; l'École poly- 
technique, où s'instruisent les officiers qui commande- 
ront les régiments français et les futurs ingénieurs qui 
feront pour la France des travaux difficiles, ponts, 
aqueducs, canaux, ports, machines à vapeur. C'est en- 25 
core dans ce quartier que se trouve l'École de médecine, 
où se préparent un grand nombre de nos médecins, et 
l'École de droit, d'où sortent beaucoup de nos avocats. 

— Paris a aussi d'admirables bibliothèques, comme 

la Bibliothèque nationale. C'est le roi Charles V, dit le 30 
Sage, qui fonda cette bibliothèque devenue si célèbre. 
Il avait rassemblé dans une tour, dite tour de la librai- 



138 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

rie, 600 volumes manuscrits, car Timprimerie n'était 
pas inventée. Sous Colbert la Bibliothèque nationale 
prit des développements immenses. C'est maintenant la 
plus grande «qui existe et qui ait existé. Chaque jour, 
5 par centaines, des hommes, des jeunes gens laborieux, 
des femmes viennent consulter, dans Tune des vastes 
salles de ce palais, les ouvrages dont ils ont besoin. 
En causant ainsi on marchait toujours et on com- 
mençait à être bien las ; on songea à se reposer un peu 
10 et à réparer ses forces. 

L'oncle Frantz entra avec ses neveux dans un petit 
restaurant, et pour une modique somme on fit un bon 
repas. 
— Maintenant, dit Frantz, nous allons monter en 
•.5 omnibus et nous rendre au Jardin des Plantes, où se 
trouvent réunis les plantes et les animaux curieux du 
monde entier. 

Les trois visiteurs montèrent sur le haut d'un omni- 
bus, et la lourde voiture partit au trot, les emportant 
20 tout le long des quais animés qui bordent la Seine. 
Julien et André ouvraient leurs yeux tout grands pour 
tout voir. 

Après une demi-heure, l'omnibus s'arrêta devant la 
grille d'un vaste parc, et nos trois amis entrèrent sous 
25 les arbres qui entre-croisent leurs branches au-dessus 
des allées. 

Là, bien des gens allaient et venaient, mais c'était 
surtout vers la droite qu'on voyait une grande foule et 
ce fut par là que l'oncle Frantz mena Julien. 
30 Ils arrivèrent devant des espèces de grandes cages 
grillées, derrière lesquelles on voyait s'agiter des bêtes 
féroces. Dans la plus grande, c'était un lion d'Afrique 



• LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 139 

àia crinière brune qui tournait avec impatience autour 
de sa cage et bâillait en face de la foule. A côté de lui, 
dans d'autres cages, d'autres lions, les uns dormant, les 
autres couchés sur le dos: Tun d'eux, le plus jeune, 
était en train de s'amuser avec une grosse boule de 5 
bois. A côté, c'était le tigre royal, plus loin c'étaient 
les panthères et le jaguar accroupi comme pour faire 
un bond, A quelque distance on entendait des rires, et 
la foule se pressait devant 4ine grande et haute cage en 
forme de rotonde. 10 

— Oh ! dit Julien, qu'est-ce qu'il y a là ? 

C'étaient les singes. Il y en avait une grand#quantité 
réunis, et tout cela courait, gesticulait, criait en se dis- 
putant. A l'intérieur se trouvaient des barreaux et une 
sorte d'arbre : le long des branches les singes montaient 15 
et descendaient, se lançant en l'air et s'accrochant aux 
branches tantôt avec leurs mains, tantôt avec leur queue. 

Julien serait resté volontiers toute une journée à re- 
garder les singes, mais il y avait encore bien des choses 
à voir. 20 

On alla admirer la belle taille et la mine intelligente 
de l'éléphant, qui, enfermé dans une sorte de rotonde, 
attrapait avec sa trompe les bouchées de pain qu'on lui 
donnait, et les introduisait ensuite dans sa bouche. 
Comme on lui présentait en ce moment un gros mor- 25 
ceau de pain qu'il ne pouvait saisir avec sa trompe à 
travers les barreaux, il fit comprendre d'un geste qu'il 
ne pouvait. le prendre ainsi, et, relevant la tête, il ouvrit 
une gueule énorme où eussent pu entrer à la fois une 
vingtaine de pains de même grosseur. On lança par- 30 
dessus la grille le morceau dans sa gueule, qu'il re- 
ferma aussitôt avec satisfaction. 



I40 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS . 

— C'est un bien intelligent animal, dit Toncle Frantz; 
il est, dit-on, plus intelligent encore que le cheval, dont 
il tient lieu dans les pays chauds. 

A côté de réléphant il y avait Ténorme hippopotame, 
5 qui vit dans les rivières de l'Afrique, le rhinocéros avec 
sa corne plantée au bout du museau et sa peau épaisse 
comme une cuirasse, sur laquelle les balles glissent sans 
pouvoir Tentamer. Nos trois visiteurs virent encore la 
girafe aux longues jambes, si longues qu'elle est forcée 

lo de s'agenouiller pour boire. Ils virent l'autruche, cet 
énorme oiseau qui galope plus vite qu'un cheval et 
franchit tle grandes distances dans le désert. Ils virent 
encore bien d'autres animaux, une vaste volière con- 
tenant des oiseaux de toute sorte dont le charmant plu- 

15 mage miroitait au soleil, et ailleurs, dans des cages spé- 
ciales, des vautours, des aigles ; puis, par tout le jardin, 
dans de petites cabanes, c'étaient des moutons de toute 
sorte, des chèvres, des espèces étrangères de biches et 
de bœufs, des loups, des renards, des animaux sauvages. 

20 Ils passèrent enfin devant les vastes serres qui 
étaient à demi entr'ouvertes, car le temps était beau et 
le soleil donnait en plein.^ Là s'étalaient les plantes 
des pays chauds avec leurs feuilles et leurs fleurs 
étranges, et ils s'attardèrent longtemps à les regarder. 

25 Le temps passe vite à Paris. Quand on eut fini de 
voir le Jardin des Plantes, la brume du soir commen- 
çait déjà à s'étendre, et de toutes parts les becs de gaz 
s'allumaient. 

On suivit les quais de la Seine et on admira en pas- 

30 sant le Louvre. André expliqua à Julien que les salles 
de ce palais sont remplies par les plus beaux tableaux 
des grands peintres de tous les pays. 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS I4I 

Nos promeneurs arrivèrent ainsi jusqu'au palais du 
Corps législatif, situé sur les bords de la Seine. — C'est 
là que maintenant se rassemblent chaque année les dé- 
putés élus par toute la France pour faire les lois. Ils 
partagent le pouvoir de faire des lois, ou pouvoir légis- s 
latif, avec les sénateurs, qui siègent dans un autre 
palais entouré de jardins magnifiques : le Luxembourg. 
Quant au président de la République, qui est chargé 
de faire exécuter les lois par l'intermédiare des divers 
ministres et qui possède ainsi le pouvoir exécutif, il lo 
habite un palais appelé l'Elysée. Là se rassemble le 
conseil des ministres, qui discute sur les affaires de 
l'État. Les ministres de la France sont le Ministre de 
l'Intérieur, le Ministre de l'Instruction Publique, le 
Ministre de la Justice et des Cultes, le Ministre des 15 
Finances, le Ministre de la Guerre, le Ministre des Af- 
faires Étrangères, le Ministre de l'Agriculture et du 
Commerce, le Ministre des Travaux Publics, le Minis- 
tre de la Marine et des Colonies, le Ministre des Postes 
et Télégraphes. 20 

Julien écoutait avec attention toutes les explications 
qu'on lui donnait, mais il était si fatigué qu'il demanda 
à aller se coucher et l'on se décida à rentrer. 



XXIX 

Le lendemain, lorsqu'on eut reçu l'argent de l'oncle 
Frantz, on se dirigea vers la gare de l'Ouest et on 25 
monta en wagon pour aller rejoindre le vieux pilote 
Guillaume dans l'Orléanais. On s'arrêta quelques 
heures à Versailles, pour visiter le château que Louis 



142 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

XIV y fît construire et qui lui servit de résidence.' 
André et Julien se promenèrent dans le parc aux allées 
symétriques et ils admirèrent les nombreux jets d'eau 
des bassins. 
S On remonta ensuite en chemin de fer, et Julien, pour 
ne pas perdre son temps en voiture et pour compléter 
tout ce qu'il savait déjà de la France, ouvrit son livre 




LE CHATEAU 



sur les grands hommes et lut les derniers chapitres 
avec attention. 

'o L'Ile-de-France et surtout Paris ont produit tant 
de grands hommes que l'espace manquerait pour ra- 
conter leur vie. Bornons-nous à quelques mots sur les 
principaux poètes et savants dans cette contrée : 
Racine, qui fut le rival de Corneille pour la poésie, 

iS naquit en 1639. 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 143 

Il fit paraître à Paris une série de chefs-d'œuvre qui 
contribuèrent à Téclat du siècle de Louis XIV : ce sont 
des tragédies, où Ton représente des événements 
propres à émouvoir. 

BoiLEAu, né à Paris en 1636, fut aussi Tun des prin- 5 
cipaux poètes du siècle de Louis XIV. Il tourna en 
ridicule/ dans ses vers, les vices et les défauts de son 
temps et écrivit aussi un traité sur la poésie appelé 
« L'Art poétique.» 

Parmi les savants nombreux que Paris a vus naître, 10 
un des plus illustres est Lavoisier, né en 1743. Il fit 
ses études dans les grands collèges de Paris et y obtint 
les plus beaux succès. Dès sa première jeunesse il 
montra un goût très vif pour les sciences ; il étudia l'as- 
tronomie, puis la botanique avec Jussieu,^ et enfin une 15 
science qu'il devait plus tard transformer et renou- 
veler : la chimie. 

Aussi, dès rage de vingt-cinq ans, grâce à ses 
savants travaux, il fut élu membre de l'Académie des 
sciences. 20 

On doit à Lavoisier de nombreuses découvertes: 
c'est lui qui a su trouver le premier de quels gaz 
l'air que nous respirons se compose, de quels élé- 
ments est formée l'eau que nous buvons; c'est lui 
qui a expliqué comment la respiration nous fait 25 
vivre. 

Malheureusement, une mort prématurée vint arrêter 
le grand Lavoisier au milieu de ses travaux. C'était 
l'époque sanglante de 1794, où la France attaquée de 
tous côtés, au dehors et au dedans, ne savait plus dis- 30 
tinguer ses amis et ses ennemis. Lavoisier, qui avait 
occupé un poste dans les finances, fut accusé avec bea 



144 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

coup d'autres. Lui-même, sûr de son inn'ocence, au 
lieu de s'enfuir, vint noblement se constituer prison- 
nier. Mais, enveloppé dans une condamnation qui 
frappait à la fois des coupables et des innocents, il 
5 mourut sur Téchafaud. 

La veille de sa mort, les savants qui avaient tra- 
vaillé avec lui et qui admiraient son génie étaient venus 
le voir dans son cachot: ils lui avaient apporté une 
couronne, symbole de la gloire qui lui était réservée 
10 dans Tavenir. 

Quelques heures après être partis de Paris, et après 
avoir traversé Chartres, célèbre par sa belle cathédrale 
gothique, nos voyageurs descendaient du chemin de 
fer. Ils laissèrent dans la petite gare leurs caisses de 

15 voyage; puis, munis seulement d'un paquet léger et 
d'un bâton, ils suivirent à pied la route qui menait à 
la ferme de la Grand'Lande, située dans la partie la 
plus montueuse de l'Orléanais. 

Ils marchaient depuis une bonne demi-heure et 

20 n'avaient encore rencontré personne à qui s'informer 
du chemin; ils craignirent de s'être égarés. Afin 
d'apercevoir mieux le pays, ils montèrent sur un talus, 
et Julien distingua, à deux cents pas de là, derrière une 
haie, deux petites filles accroupies par terre, un cou- 

25 teau à la main, en train de cueillir de la salade sauvage. 
Il les appela pour qu'elles leur indiquassent le chemin. 
Sa voix fut plusieurs fois répétée par un bel écho de 
la colline; malgré cela, les deux petites filles étaient 
si occupées à leur besogne qu'elles n'y firent point 

30 attention. 

— Mon oncle, dit alors Julien, je vais descendre la 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 145 

colline et courir près d'elles pour leur demander le 
chemin. 

L'enfant courut en avant et s'approchant des deux 
petites, qui avaient levé la tête en l'entendant venir : 

— Est-ce que la ferme de la Grand'Lande est loin 5 
d'ici? leur demanda-t-il. 

— Oh! non, répondit l'aînée, dans cinq minutes on 
est chez nous, 

— Chez vous, reprit Julien en regardant les deux 
enfants de tous ses yeux; mais alors vous êtes donc 10 
les petites filles de M. Guillaume? 

— Mais oui,^ répondirent-elles à la fois. 

— Et nous, s'écria le petit garçon tout joyeux, nous 
sommes ses amis et nous venons le voir. Peut-être 
bien vous a-t-il parlé de nous déjà: je m'appelle Julien 15 
Volden. 

La petite Marie se mit à sourire : — Notre père nous 
a souvent parlé de vous, Julien, dit-elle; il vous aime 
beaucoup. 

Et les deux enfants regardèrent Julien avec intérêt, 20 
comme si la connaissance était désormais complète 
entre eux. 

Julien, enchanté, reprit aussitôt: Vous devez être 
bien contentes à présent d'avoir une ferme et de vivre 
aux champs? Moi, j'aime les champs comme tout,'* 25 
savez- vous ? 

Le visage des petites filles s'était assombri. L'aînée 
poussa un gros soupir et ne répondit rien. La plus 
jeune, Marie, plus expansive que sçi soeur, s'écria triste- 
ment : 30 

— Oh! Julien, nous avons beaucoup de peine, au 
contraire. Il y a sur la ferme des charges trop dures,^ 



146 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

à ce que dit papa ; et puis, pendant la guerre, les bâti- 
ments ont été à moitié détruits ; rien n'est ensemencé. 
Alors papa dit: « Il vaut mieux que je m'en retourne 
sur mer ! » et maman pleure. 

5 L'enfant, qui avait exposé la situation tout d'une 
haleine, s'arrêta d'un air découragé. 

La petite figure de Julien s'attrista à son tour. En 
ce moment, l'oncle Frantz et André arrivèrent, et on 
se dirigea vers la ferme. 

10 Bientôt on vit au pied de la colline, derrière quelques 
noyers mutilés, les bâtiments de la ferme. 

— Mon Dieu! s'écria Julien en joignant les mains 
avec tristesse, pauvre maison ! elle est presque démolie : 
il y a des places où il ne reste plus que les quatre 

15 murs tout noirs avec des trous de boulets. Je vois 
qu'on s'est battu ici comme chez nous : il me semble que 
je reviens à Phalsbourg. 

Et, tout en marchant, Julien réfléchissait aux mal- 
heurs sans nombre que la guerre entraîne après elle 

20 partout où elle passe. 

Dans la grande salle délabrée de la ferme, dont 
les murs portaient encore la trace des balles, le 
pilote Guillaume se promenait la tête basse, les 
mains derrière le dos. Il était changé: il n'avait 

25 point cet air d'assurance et de décision qui lui était 
habituel à bord du navire: il semblait inquiet et 
abattu. 

A la voix de la petite Marie il se retourna et, aper- 
cevant ses amis, il courut se jeter au cou de son ancien 

30 camarade. 

— Frantz, lui dît-il à demi-voix, tu arrives à propos,* 
car je suis dans la peine et je compte sur ton amitié 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 147 

pour me donner du courage. Il va me falloir encore 
quitter ma femme et mes enfants, alors que j espérais 
passer ici auprès d'eux le temps qui me reste à vivre : 
je suis tout triste en y pensant. 

Et comme Frantz l'interrogeait: — Voici, dit-il, en 5 
deux mots ce dont il s'agit.^ Le parent qui nous a 
laissé cette propriété en héritage avait emprunté de 
1 argent sur sa terre; je ne puis rembourser cet argent, 
et je vais être obligé de vendre la terre ; mais les biens 
ont tant baissé de prix depuis la guerre et la ferme 10 
est en si triste état, que je ne la vendrai pas moitié de 
ce qu'elle vaut. Je serai donc après cela au même 
point qu'avant d'hériter, et je n'aurai d'autre ressource 
que de retourner sur l'Océan. 

L'oncle Frantz s'approcha du pilote et prenant sa 15 
rnain dans les siennes: 

— Guillaume, dit-il avec émotion, te rappelles-tu 
cette nuit d'angoisse que nous avons passée ensemble 
au milieu de la tempête? Nous te devons la vie. A 
présent que tu te trouves dans l'embarras, c'est à nous 20 
de te venir en aide. Je ne suis plus aussi pauvre que 

je l'étais quand tu nous as quittés, et c'est maintenant 
surtout que j'en suis heureux, puisque je puis t'être 
utile. 

En même temps il avait tiré de sa poche une liasse 25 
de papiers. 

— Tie;is, dit-il, regarde: les honnêtes gens ne 
manquent pas encore en France; le fils de l'armateur 
de Bordeaux m'a remboursé tout ce qui m'était dû par 
son père. Prends cela, et va payer ceux qui voudraient 30 
te forcer à vendre ton bien pour l'acheter le quart de 
ce qu'il vaut. 



14^ LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

Guillaume était si ému qu'il resta un moment sans 
répondre. 

Puis, gravement : — J'accepte, Frantz, dit-il, mais à 
une condition : c'est que nous ne nous séparerons plus. 
, 5 Ma terre, une fois délivrée de cette charge,^ a de la 
valeur; elle est fertile, nous nous associerons pour la 
cultiver, nous partagerons les profits; nous ne ferons 
plus qu'une seule famille. 

Et les deux amis s'embrassèrent étroitement, tandis 
lo que la femme du vieux pilote, de son côté, remerciait 
Frantz avec effusion. 



Six ans se sont écoulés depuis ce jour. Ceux qui 
ont vu la ferme de la Grand'Lande à cette époque ne 
la reconnaîtraient plus maintenant. 
15 Pas un mètre de terrain n'est inoccupé. 

Mais aussi comme tout le monde travaille à la 
Grand'Lande ! C'est une vraie ruche où les paresseux 
ne trouveraient pas de place. 

Venez avec moi, nous la parcourrons en quelques 
20 instants. 

Il est à peine jour sur les coteaux verts de la ferme, 
mais les coqs vigilants ont salué l'aurore : à leur voix 
le poulailler s'éveille; une trentaine de poules, ca- 
quetant et chantant, vont chercher dans la rosée les 
25 petits vers qu'a fait sortir, la fraîcheur de la nuit. 
Bientôt la ménagère matinale, la bonne dame Guil- 
laume, elle aussi, sera debout. Regardez : sa fille aînée 
la suit. Adèle est une belle et laborieuse fille qui a 
déjà quinze ans et demi, et qui, active comme sa mère. 



LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 149 

court partout où sa présence est utile, à la laiterie, aux 
étables, au potager. 

Le potager, c'est surtout le domaine de l'oncle 
Frantz. L'oncle Frantz est un jardinier de premier 
ordre. Il a aussi un verger superbe, avec des espa- 5 
liers^ admirables. 

Mais voici le pilote Guillaume. Il conduit à l'abreu- 
voir le joli troupeau de vaches, les juments et leurs 
poulains. 

Cette fillette de onze ans qui sort de la ferme, c'est 10 
la petit* Marie, la plus jeune de la famille. D'une 
main elle emporte avec précaution la soupe chaude des 
laboureurs, de l'autre elle tient ses livres de classe, car 
elle va de ce pas à l'école. 

Venons avec elle jusque là-bas, dans ces champs où 15 
les gais rayons du soleil sèment leur or sur les sillons. 
Reconnaissez- vous ce grand garçon barbu déjà? C'est 
André. Quand il y a chômage^ chez le serrurier du 
bourg, André travaille à la ferme. En ce moment, 
deux beaux bœufs rouges traînent la charrue : le jeune 20 
homme les excite doucement, et de sa voix mâle, un 
peu grave, il chante une vieille chanson du pays natal ; 
car André n'a oublié ni son père, ni son premier amour, 
la Patrie. A l'heure matinale où l'alouette, montant 
comme une flèche, chante au-dessus des sillons, l'âme 25 
du jeune homme s'élance, elle aussi, tantôt vers le passé 
plein de souvenirs, tantôt vers l'avenir qui s'ouvre avec 
ses devoirs et avec ses espérances. André a vingt ans 
juste : il sera bientôt sous les drapeaux, il sera bientôt 
soldat de la France. 30 

Près d'André, regardez cet adolescent encore un 
peu mince, avec de grands yeux expressifs et af- 



150 LE TOUR DE LA FRANCE PAR DEUX ENFANTS 

fectueux: c'est notre petit Julien. Comme il a 
grandi! C'est qu'il a quatorze ans et demi, savez- 
vous ? Ah ! le temps passe vite. Oui, mais Julien Ta 
bien employé: il a appris tout ce qu'un jeune homme 
5 peut apprendre dans la meilleure école et avec la meil- 
leure volonté possible. 

Mais quel est ce camarade de son âge qui travaille 
aux champs avec lui et qui ne le quitte guère? De- 
vinez . . . Vous le connaissez pourtant; c'est le jeune 

30 Jean- Joseph, l'orphelin d'Auvergne, qui a pu venir re- 
joindre nos amis à la ferme de la Grand'I^nde: il 
est devenu pour eux comme un nouveau frère. 

Vous souvenez- vous ? il y a six ans, à pareille 
époque, André et Julien s'étaient endormis sous un 

15 sapin de la montagne, à la veille de franchir les 
Vosges ; et, quand le soleil s'était levé ce matin-là, les 
deux enfants sans soutien, s'agenouillant sur la terre 
de France qu'ils venaient d'atteindre, s'étaient écriés 
ensemble : « France aimée, nous sommes tes enfants, 

20 et nous voulons devenir dignes de toi ! » Ils ont tenu 
parole. Les années ont passé, mais leur cœur n'a point 
changé; ils ont grandi en s'appuyant l'un sur l'autre^ 
et en s'encourageant sans cesse à faire le bien ; ils res- 
teront toujours fidèles à ces deux grandes choses qu'ils 

25 ont appris si jeunes à aimer: Devoir et Patrie. 



NOTES. 



NOTES 



Page !• — I. ils venaient de franchir, they had just passed 
(through), This very common idiom, venir de with an infinitive 
= " to hâve just — ," should be carefully learned, f rom je viens 
de — , "I hâve just — ," throughout the présent and imperfect 
tenses of the indicative ; it does not occur elsewhere. 

2. on is often best translated by using the foUowing verb in the 
passive voice. 

3. Tous les deux, both of them, 

4. Ils avaient Pair inquiet, they looked anxious. 

Page 2« — I. le, lit. "it" or "so," refers io courageux et intel- 
ligent; but, as well as the ne^ it is not translated. 

2. Lorsqu'ils se furent lin peu éloignés, îVhen they were a short 
distance f (" had withdrawn a little "). 

3. la main dans la main, hand in hand. Note use of definite 
article. 

Page 3* — I. qu'on nous fasse bon accueil, that we may be 
given a kind welcome. Cf. page i, note 2. 

2. qui êtes, note use of the second person plural instead of the 
singular form in English. 

3. fit, hère said, 

4. s'ouvrit toute grande, was opened wide. The reflective verb 
is frequently translated by the passive voice. 

5. Mon Dieul qu'y a-t-il, Heavensl what is the tnatter, what has 
happened, 

6. le, note use of definite article instead of possessive in English. 

7. vivacité de sentiment, impulsiveness, 

8. de tout son cœur, heartily, 

9. brave, good^ kind, 

153 



1 54 NOTES [P. 4-l« 

Pagre 4« — i. il s'est tué, he was killed. Note reflexive fonn 
in French. 

2. qu'allez-Yons devenir, what will become ofyou, 

3. faisant suivre d'actions ses -paxolea, fitttn^ her actions to her 
words, 

4. ses jambes demandaient grâce, he was Hred out; lit., "his 
legs begged for mercy/' 

5. il finit par s'endormir, hefinally went to sleep. 

Page 5« — I, 2. revenons avec lui quelques mois en arrière. 
Ut us go bock with htm afew tnonths. 

3. on se trouvait alors, it was then. 

4. y compris, induding; y^ " in it," refers to Lorraine, 

5. de son côté, too, 

6.» vint à tombtx y fell; venir à, " to happen to." Cf. with venir 
de, page i, note i. 

Page 6« — I. se peignit, was depictcd; lit., "painted." Note use 
of reflexive for passive. 

2. aimez-vous Pun l'autre, love one another, 

3. comme vous voilà, as y ou are. 

Page 7« — I. bon gré mal gré, wilîing or unwiîUng, 
2. et . . . et, both . . . and; the repeated use of et emphasizes 
pays and vœu de leur pire. 

Page 8« — I. en vraie mère de famille, as a true mother w 
hâve done, 

2. on fera son possible, / will do my best. Note indef inite i 

3. que c'est peu, how liitle it is. 

Page 9« — I. sans feu ni lieu, with out hearth or home, 

2. extrait de naissance, certificate of birth. 

3. livret d'ouvrier. According to French law, every mec' 
must hâve a book in which his différent places of employmen 
recorded. Such a book must be signed by the town mayor when 
the owner of it changes his place of résidence. 

Page 10. — I. cela est bel et bon, this is well and good enougk, 
2, les enfants, my; cf. page 3, note 6, or omit in translating. 



p. 11-17] NOTES 15s 

Pagre 11. — i. on vous descendra, he will letyou off, 

2. TOUS servira de guide, will act as your guide, will guide you, 

3. que introduces the subject. In translating make Vatni Fritz 
subject of est and do not translate que, 

4. la grande route, the highway, 

5. de tous ses poumons, with ail his mighi; lit., '^ lungs/' 

6. se mit au petit trot, started off on a slow trot, 

TsLge 12. — I. s'était fait une fracture à la jambe, Aad broken 
une of his legs. 

2. il n'en voulut rien faire voir, he did not show it; he would 
not allow any of his consternation (en) to be seen. 

3. jusqu'aux, even the, 

4. à se tirer d'affaire soi-même, toget out of difficulty alone. 

5. décrochez-moi, take down. moi is hère untranslatable ; it is 
the so-called " dative of interest," or " ethical dative." 

Pagre 13« — I. Vous avez si bonne volonté, You are so willing, 

2. tant bien que mal, as well as he could, 

3. accidents de terrain, irregularities in the surface of the 
country, 

4. quand on se trompe de chemin, when one loses oné*s way, 
, 5. revenir . . . sur ses pas, to retrace oné*s steps. 

Page 15« — I. nous serons bien là, we shall be well sheltered 
there, 

2, lui aussi. Note emphatic use of the pronoun. 

Pagre 16. — i. il eut beau lutter, he vainly struggled; avoir 
beauy " to do in vain," is a common idiom. 

2. dernier, "last," hère, suprême. 

3. reprirent allègrement leur bâton, merrily started out again; 
lit., " merrily took again their sticks." 

4. au petit jour, at daybreak. 

Pagre 17. — I. marquant le pas, keeping step, 

2. Celles, a little village not on maps. 

3. femme d'ordre et de soin, an orderly and careful woman, 

4. la soupe aux choux, note use of plural, also adjectival use of 
noun. 



156 NOTES [P. 18-28 

Pagre 18. — 1. toute cette jeunesse, ail those young people, 

2. se ressentaient de leur course de nuit, werefeeling the effects 
of tfieir night marc h. 

3. d'un seul somme, without waking up; lit., '^in one single 
nap." 

4. à deux heures d'ici, two hours* walkfrom hère, 
5* assez matin, early enough in the tnoming. 

6. la moitié de leur content, kalf as much as they wanted to. 

7. à grande eau, with plenty of water, 

8. firent, cf. page 3, note 3. 

Page 19. — I. chef-lieu du département. France is divided 
into 87 départements the main city of each of which is called chef" 
lieu, 

2. de la part de, sent by^ in the name of, 

3. c'est ainsi qu'on l'appelait, such was her name. 

Pagre 20. — elle finit par dire, cf. page 4, note 5. 

2. toujours, however, 

3. fait, cf. page 3, note i. 

4. il se jeta au cou de, hefell on the neck of. 

Page 21. — I. de son naturel, naturally, by nature, 
2. c'est que, but; lit., " the f act is that." 

Page 22« — i. que emphasizes the négative, but is not trans- 
lated. 

2. je vais bien faire attention, / shall be very careful, 

3. un bout de jardin, a bit of garden, 

4. de faire entrer Julien à l'école, to havefulian admitted to thé 
public school, 

5. elle trempa la soupe, she poured the soup over the bread, 

6. cuite à point, donc to perfection. 

Page 23. — i. faisant rougir, bringing to a red heat, 

2. à ses moments perdus, when he had time to spare. 

3. fit la revue, looked over^ examined, 

4. joua, worked, 

5. remit tout à neuf, put everything in thorough repair, 

6. vous voilà, y ou now are^ cf. page 6, note 3. 

7. cours d'adultes, classes for grown people. 



T. 24h30] notes 157 



Pag^ 24* — I. que de, Aow many, 

2. se font, are made. Cf. page 3, note 4. 



Pagr® 25* — I. le long d'un mur, along a walL 

2. tout à mon aise, as long as I pleased, 

3. ici même, in this very town. 

4. pour tapisseries, /<7r wall décoration. 

5. orgues de Barbarie, hand-organs, 

6. moi, used merely for emphasîs; indicate in translating by 
stress of voice on "/," preceding. 

7. qu'on se dispute ainsi, that is so much sought after, 

8. pour de bon, naturaly reaL 

Pagre 26« — i. bons points, good marks. 
2. en est une des gloires, is one of its glories, en refers to dé- 
fartemenU 

Page 27. — i. il prit goût à, he acquired a tasUfor, 

2. de nos jours, at the présent timey now. 

3. musée du Louvre. This Palace, formerly the résidence of 
French kings, was begun in 1204 under the reign of Philippe-Au- 
guste. Under Francis I, Henry II, Louis XIII and Louis XIV it 
was added to and beautified, but was not completed before the 
second half of the nineteenth century. It is now an art gallery, 
probably the largest in the world. 

Page 28. — i. en l'air, «/. 

2. à toutes jambes, asfast as he could, 

3. peut-être bien, perhaps. Bien is hère untranslatable. 

4. il s'est agi de, '* it was a question of /' it became necessary. 

5. comme le devoir, as duty itself. 

Page 29* — i. elle se mit à fondre en larmes, ske melted into 
teûrs. 

Page 80. — I. tout d'abord, atfirst. 

2. finit par croire. Cf. page 4, note 5. 

3. les courages se ranimèrent, the people plucked up courage. 

4. Reims, a city of Champagne in the Department of Marne, is 
famous for its Gothic cathedral. See map. 



158 NOTES [P. 31-^ 

Pagre 81* — i. Compiègne is situated about 40 miles North of 
Paris. See map. 

2. Rouen, the chef -lieu of the Department of Seine-inférieure 
and the former capital of Normandy, is celebrated for its Gothic 

'Court-House and churches. See map. 

3. sans que mes cheveux se levassent, without its making my 
hair stand on end. 

Pagre 32. — i. il y avait un mois . . . étaient à Épinal, 

André and Julian had already been a month in EpinaL Note use 
of the imperf ect tense instead of the pluperfect in £nglish. 

Page 33. — i. s'était mise en quête, had been looking around. 

Page 34. — i. nuit, hère lodging. 

Page 35* — i. peut-être seriez-vous bien aises, ^^m wouldper* 
haps be glad. Note inverted construction. 

2. quinze jours, afortnight; not "fifteen days." 

3. c'est un fameux bout de chemin, it is quite a (long distance) 
bit of road, 

4. proche de ses intérêts, stingy, close, 

5. montagnard jurassien, a mountaineer from the fura; an in« 
habitant of the Jura mountains in Eastem France. 

6. Voici ce qu'il y a, hère is how the matter stands, 
74 à faire mes affaires, to attend to my business. 

Page 8B« — i. c'est à prendre ou à laisser, take it or leave it, 

2. cela fait que nous pourrons, so that we shall be able, 

3. ainsi s'appelait, such was the name^ so was called. Cf. 
page 19, note 3. 

4. marchait bon train, was going at a fast gait. 

Page 37« — i. puits de sel, sait wells, 

2. est en pleines montagnes, is in the midst of mountains, 

3. que je suis en train de les compter, which I am counting. 
Cf. " In the act (midst) of counting." 

Page 38. — i. que voilà, thèse are. 

2. qui s'entendent de bonne amitié, who friendly agrée, 

3. pour mettre leurs troupeaux en commun, to put their herds 
together. 



p. 39-47] NOTES 1 59 

Pagre 39» — i. qu'il s'agissait. Cf. page 28, note 4. 
2. elle a Pair plein% de lait, it looks as if it were full of milk. 
Cf. page I, note 4. 

Page 40. — I. d'un bon accord, in afriendly way. Cf. page 
38, note 2. 

2. de la poudre à polir, polishing powder. 

Page 41» — I. faisait son devoir, tuas preparing his lesson^ 
{exercises). 

Page 42. — i. à perte de vue, as far as one could see, 

2. ferme, hère hard, 

3. un petit pain de deux sous, a two^ent rolU 

Page 43* — i. si peu que vous gagniez, however litUe y ou 
make (eam), 

2. une somme assez ronde, agood round sum, 

3. je crois bien, yes, indeed. 

Pagre 44* — i. on vient à bout, one overcomes; lit., ''comes to 
the end." 

2. d'un seul coup, at one Hme, 

Page 45» — i. à meilleur marché, ckeaper. 

2. par toute la place, freely, anywhere else. 

3. se le tinrent pour dit, took good notice of it; se is dative of 
Interest. 

4. bien du mal, miuh work. 

5. il n'en pouvait plus, ke was tired oui. Cf. page 4, note 4. 

Page 46. — i. monnaie, change, 

2. n'importe, no matter, 

3. il revint sur ses pas. Cf. page 13, note 5. 

4. il est à votre portée, it is not beyond you; lit., ^'within your 
reach." 

Page 47» — i. chemin faisant, on the way, while we are traveU 
ing, 

2. de grand cœur. Cf. page 3, note 8. 

3. de grand matin, very early in the moming. Cf. page 18, 
note 5. 



l6o NOTES [P. 48-67 

TAge 48* — I. à l'ancienne manière, i» the old way, manner, 
2. ils sont en train de faire le foulage, they are right in the 
crusking of grapes ; lit., " trampling down." 

Pagre 49* — I. je crois bien que oui, I/eel sure I do, 

' Page 60. — I. devait, was to. 

Page 52. — i. il faisait si noir, it was so dark. 
2. qu'y a-t-il donc? Cf. page 3, note 5. 

Page 53. — i. chauffés à blanc, broughito a white heoL 

Page 54. — i. dans un coin, /rom a corner, 
2. qui faisait manœuvrer, who worked. 

Page 55* — i. bientôt même, very soon also. 

Page 5B« — i. il s'y est rendu. Note impersonal form and, in 
translating, make jusqu*à cent mille personnes subject of the verb 
and use the latter in the plural. 

2. c'est que, vois-tu, because you must know. 

Page 57* — i. de ça, de là, hère and there, 
' 2. que, hère untranslatable. 

3. à perte de vue. See page 42, note i. 

Page 58* — i. on en rencontre, some are found. En refers to 
coulée in preceding sentence; also cf. page i, note 2. 

2. pâtes alimentaires, lit., "alimentary pasties," a gênerai ex- 
pression designating tapioca, sago, macaroni, noodles, etc. 

Page 59* — i. à vous. Cf. page 15, note 2. 

2. à bon marché, cheap. Cf. page 45, note i. 

3. à bon compte = à bon marché. 

4. à la petite pointe du jour, at the break of day. 

Page 60. — I. jusque par ici, even hère. 

Page 67. — i. le feu est à la ferme, the farm-house is on f ire, 

2. sachant à peine oh il en était, hardly knowing where he was 
or what he was doing, 

3. jeter, "throw"; hère, togive, 

4. à se tirer d 'affaire, to get out of trouble. Cf. page 12, note 4. 



<». 68-90] NOTES l6l 

Pagre 68. — i. passa, herey /fut on, donneJ. 

Pagre 70. — I. revint à lui, came to his sensés, revived, 
2. on se quitta le cœur gros, they parted with heavy hearts. 

Pagre 72. — i. qui n'en pouvait plus. Cf. page 4, note 4. 

Page 74, — i. bas au métier, woven stockings. 

Pagre 7B. — i. la voyaient d'un mauvais œil, hoked upon it 
with disfavor. 

Page 78* — i. pour faire marcher, to put in motion, drive, 

2. jusqu'à, as many as. 

Page 81. — I. soufflait à tout rompre, was blowing furiously ; 
lit., " hard enough to break everything." 

Page 83. — i. de demi-heure en demi-heure, every half kour, 
2. bois du lit, bedstead. 

Page 86. — i. à toute vitesse, atfull speed. 
' 2. le comtat Venaissin, now a part of the department of Vau- 
cluse, belonged to the Holy See from 1274 to 1791 while Avignon 
was the popes* résidence from 1309 to 1377. 

Page 8B« — i. voilà tantôt cinq mois qu'il est parti, it will 
soon be'five months since he left. 

Page 87. — I. voici ce qui en est. Cf. page 35, note 6. 

2. nous ferons valoir, we shall improve, cultivate, 

3. à nous deux,/£?r botk of us, 

4. il ne m'a pas donné signe de vie, I hâve not heardfrom him; 
lit, "he has not given me any sign of life.*' 

Page 88* — i. soupe au poisson. A kind of chowder popular 
in Southern France. 

Page 89. — i. je mets à la voile, I sait, 

2. canal du Midi. This canal was built in the latter part of the 
XVII. century (i 667-1 681). It connects the Atlantic Océan with 
the Mediterranean sea and is about 1 50 miles long. 

3. à perte de vue, (at loss of ) out ofsight. 

Page 90. — I. la pleine mer, the open sea, 
2* bonne, hère smooth. 



102 NOTES [P. 91-1Û3 

3. n'éprouyèrent pas le mal de mer, did not expérience any sea- 
sickness. 

Pagre 91. — I. la poussière humide, the spray» 
2. à mon avis, in my opinion. 

Pagre 92. — i. tout vient, every tkinggrows. 

2. Corse (Corsica). This island was annexed to France in 1768. 

3. elle en a raccourci, "it has epitomized ;" // kas samples of. 

4. Ajaccio, the chef -lieu of the department of Corsica, is situated 
on the western coast of the island. 

5. vous n'ayez g^ère de bras, you hâve hardly any laborers; lit., 
"arms." 

Pagre 94. — i. sa gloire ne perdit rien au change, his glory 
was not lessened by the change, 
2. marais salants, sait-mars he s, 

"PSLge 96. — I. longjue-yue, marine-glass^/ield-glass, 

2. ayait fait de mauvaises affaires, hadfailed in business. 

Page 9B. — i. au complet, intact, whole. 

Pagre 97* — i. bien installé, with good accommodations, 
2. il est yif comme la poudre, he is very quick-iempered ; lit., 
**quick as gunpowder." 

Pagre 98. — i. il eut beau se hâter, he hastened in vain, 
^ 2. à bord, on bcard the ship. 

Pagre 100. — en frappant dans ses maînS| clappinghis hands. 
2. hommes de peine, porters, 

TsLge 101. — I. l'on mit pied à terre, they landed. 

Page 102. — I. dans huit jours, within a week, 

2. je serai de force, / shall be strong enough, 

3. quinze, supply/(£?«rj. Cf. page 35, note 2. 

4. le mettaient en joie, made him happy, 

5. une fois en règle de ce côté, when that matter is settled. 

Page 103. — I. sans retour, hopelessly, 

2. nous débattrons par marché, we shall make a bargain for. 



p. 106-123] NOTES 163 

3. navires de cabotage, coastwise vessels, 

\. bateaux d'eau douce, river and canal beats. 

Pagre 105« — i. à faire ses devoirs; cf. page 41, note i. . 

Pagre 106* — i. de se dégourdir les jambes, to stretch his legs] 
lit., " to get the numbness out of his legs." 

2. la terre ferme, solid ground ; " terra firma." 

3. pains de sucre, loaves of sugar, 

4. feux fixes, steady lights. 

5. feux à éclipses, revolving Itghts, 

Pagre 107* — i. sept lieues à la ronde, within a radius ofseven 
leagues. 

Pagre 109. — i. avaient été mis en liberté sur parole, had 
been paroled. 

Page 110» — I. tout comme moi, exactlyas I shouldhave done. 
Page 117. — I. il fut réveillé en sursaut, he was awakened 

with a start 

Page 118* — I. à opérer le sauvetage, of iaving the people. 

Page 120. — I. couleurs voyantes, brighty gaudy colors, 

2. à bord, cf. page 98, note 2. 

3. c'est entre nous à la vie et à la mort, there is an undying 
friendship beiween us, 

4. si le cœur te disait, if you should like^ had a mind to. 

Page 121* — I. affaires, things^ possessions. 

Page 122. — i. qui font le service des canaux du Nord, which 

ply on the Northern canais, 

2. du premier coup, at once, immediately. 

Page 128» — i. qui vous attend, in store for you^ which awaits 
you, 

2. de toutes ses petites jambes. Cf. page 28, note 2. 

3. quatre à quatre, /t^i^r steps ata tiim. 

4. taille, size. 

5. toile cirée, oiMoth, 

^. le procès-verbal, the written report. 



Z64 NOTES [P. 124-143 

Page 124. — i. ne se possédait pas d^aise, was heside himself 
Vfithjoy, 

Page 127. — i. de tirer au sort, to draw lots. 

Page 128. — i. il n'y eut . . . si vaillant homme, tkere was 
no maHy however brave. 

2. ils sont très gênés, they are in very narrow circumstances. 

Page 181. — I. il faillit se trouver mal, he almost fainud 
away; faillit^ " just missed." 

Page 188. — i. halles centrales. Central MarkeU 

Page 18é. — I. mottes de beurre, rolls of butter weighing each 
thirty pounds or more, 

2. Gargantua, the principal character in one of Rabelais's books 
bas become synonymous with heavy eater. 

3. Alger, the capital of the French colony Algeria is situated on 
the south coast of the Mediterranean. 

Page 186. — i. le quartier des Ecoles is that part of Paris 
where are found the " University," "Polytechnic School," "School 
of Mediclne," **Law School/' etc. It is often called *' Latin 
Quarter." 

Page 187. — i. la Sorbonne, at présent the seat of the Uni- 
versity of Paris but at first a theolog^cal schôol, was founded by 
Robert de Sorbon in 1250. 

2. Collège de France. Thîs institution was founded by Fran- 
cis I about 1 530. Practically ail literatures, languages and sciences 
are taught hère by the most famous professors of France. AU 
courses and lectures are free. 

3. les cinq Académies, i.e. the "French Academy'' (1635), the 
"Academy of Inscriptions and Belles-Lettres" (1701), the "Acad- 
emy of Moral and Political Science'* (i 795), the " Academy of Fine 
Arts" (1819) and the "Academy of Science" (1666). 

Page léO. — I. le soleil donnait en plein, the sun was shining 
directly on them (the green-houses). 

Page 148. — i. il tourna en ridicule, he ridiculed, 
2. Jussieu, a famous French botanist, was born in 1699 and died 
in 1777. See pages 76-77. 



p. 146-lBO] NOTES 165 

Page 145. — i. mais oai^yes, indeed, 

2. comme tont (cf. colloquial English, '*like everything"), very 
mue h indeed, 

3. des charges trop dures, toc heavy encumbrances (mortgage). 

Page 146. — i. à propos, at the right timt^ opportunely, 
F&ge 147. — I. YOici ... ce dont il s'agit, fAù is . . . what 

the trouble is about. 

Page 148. — i. nae fois déliyrée de cette charge, once free 
front that encumbrance. 

Page 149. — i. espalier. A fruit tree trained on a wall. 
2. Quand il y a chômage, Wken there is no work to do. 

Page 150» — I. en s'appuyant l'un sur l'autre, helping one 
another. 



VOCABULARY 



A 



ày at, by, to, from, in, of. 
abaisser (s'), to be lowered. 
abandonner, to abandon, give 

up, forsake. 
abattre (s'), to fall. 
abattu -e, cast down, dejected. 
abondance,/^ abundance. 
abondant -e, abundant. 
abonder, to be abundant, abound 

with. 
abord (d')» at first. 
aboutir, to corne to, end. 
abreuvoir, m,i horsepond, water- 

ing-place. 
abri, m,, shelter. 
abricot, m,, apricot. 
abriter (s^y to take shelter. 
absenter (s'), to go away, be 

absent. 
absolument, positively, abso- 

lutely, completely. 
académie,/., Academy. 
accabler, to overwhelm, crush. 
accent, m., accent, expression. 
accepter, to accept. 
accès, m., attack. 
accident, m., accident. 
accompagner, to accompany. 
accomplir, to accomplish, do, 

make. 
accord, m,, agreement; se met- 
tre d* — , to agrée. 
accorder, to grant. 
accourir, to run, run forth. 
accoutumer, to accustom. 



accrocher (s')» to hang on. 

accroître (s'), to grow. 

accroupi -e, cowering, crouch- 
ing, stooping. 

accueil, m., réception, welcome. 

accueillir, to receive, welcome. 

accuser, to accuse. 

achat, m,f purchase. 

acheminer (s'), to set out, start. 

acheter, to buy. 

acheter (s^, to buy for oneself. 

acheteu-r -se, buyer. 

achever, to achieve, finish, com- 
plète. 

acier, m., steel. 

acquérir, to acquire. 

acquitter, to clear, pay off. 

acti-f -ve, active. 
' action, /*., act, action. 

activité,/., activity. 

adieu, /»., farewell 

admirable, admirable. 

admiration,/., admiration. 

admirer, to admire. 

adolescent, m., lad. 

adonner (s'), to dévote oneself. 

adopter, to adopt. 

adoucir, to soften. 

adresse, /., address, skill, dex- 
terity. 

adresser (s*), to address. 

adulte, »!./., adult. 

adversaire, m./., adversary, op- 
ponent. 

affaire, /, af f air ; — s, business ; 
si les — s marchent bien, if 
business is good; faire ses 

167 



i68 



VOCABULARY 



— S, to attend to one's busi- 
ness; faire V — , to suit, 

please; se tirer d' — , to get 

out of trouble, 
affairé -e, busy. 
affaisser (s'), to tumble down, 

sink. 
affection,/., affection, love, 
affectueu-x -se, affectionate. 
affluent, m., tributary stream. 
affreu-x nae, awful. 
afin, so that; — que, de, so 

that, in order to. 
Afrique, /., Af rica. 
âge, m.f âge. 
âgé -e, old, aged. 
agenouiller (s')y to kneel down. 
agile, nimble. 
agir (s')i to be the question, 

the matter. 
agitation,/., agitation, 
agiter, to move, disturb, agi- 

tate, wave, 
agiter (s*), to move, move 

around. 
agonisant -e» dying person. 
agrandir, to increase, enlarge. 
agrandir (s'), to grow, increase. 
agriculture,/., agriculture. 
aide, m., assistant, helper. 
aide,/., aid, help; venir en — , 

to help. 
aider, to help, aid. 
aider (s'), to help oneself, help 

one another. 
aigle, m,, eagle. 
aigu-ê, shrill, sharp. 
aiguille, /., hand (of clocks), 

needle. 
aile,/., wing. 
ailleurs, elsewhere; d' — , be- 

sides, moreover. 
aimable, amiable, 
aimer, to love, like. 
aimer (s'), to love one another. 
aîné -e, eldest, elder. [as. 

ainsi, so, thus ; — que, as well 
air, m.f air, appearance. 



aise, /., gladness ; mal à V — ^ 

uncomfortable. 
aise, glad. 
aisé -e, easy. 
ajouter, to add. 
ajuster, to adjust. 
alarme^/., alarm. 
alarmer, to alarm. 
Algérie,/, Algeria. 
alimenter, to supply. 
allée,/, walk (of gardens). 
alléger, to lighten, relieve, un- 

load. 
allègrement, joyously, merrily. 
Allemagne,/, Germany. 
allemand -e, German. 
aller, to go, advance. 
aller (s'en), to go away. 
allez 1 indeed ! A/so see aller, 
allons, well, see also aller, 
allumer, to kindle, light. 
allumer (s'), to be lighted, 

kindle. 
alors, then; — que, when. 
alouette,/, skylark. 
Alpes,/ //«r., Alps. 
Alsace,/, Alsace. 
Alsacien -ne, Alsatian. 
alti-er -ère, haughty. 
altitude,/, altitude, 
amasser, to gather, collect, pile 

up. 
âme,/, soûl, 
amener, to bring. 
Amérique,/, America, 
ami -e, friend. 

amicalement, kindly, amicably. 
amidon, m., starch. 
amitié,/, friendship. 
amour, m.y love. 
amuser, to amuse, 
amuser (sO» to amuse oneself. 
an, w., year; tOUS les — s, every 

year; par — , annually, every 

year. 
ancêtres, m. pîur.y ancestors. 
ancien -ne, former, old. 
André, m.^ Andrew. 



VOCABULARY 



169 



Anglais -e, English. 
Angleterre,/., England. 
angoisse,/., anxiety, anguish. 
animal, m.^ animal, 
animation,/., animation, 
animé -e, animated, busy (of 

towns). 
anneau, m., ring, 
année,/., year; cette ^-ci, this 

year. 
annoncer, to unnounce. 
antique, old, antique. 
anxiété,/., anxiety. 
apercevoir, to perceive, see, dis- 

cover. 
apercevoir (s')» to notice, see. 
aplatir, to flatten. 
aplomb (d'), perpendicularly. 
appareil, m., apparatus. 
apparence,/., appearance. 
appartenir, to belong. 
appeler, to call. 
appeler (s*), to be called. 
appesantir, to make heavy. 
appesantir (s*), to grow iieavy. 
appétit, m., appetite. 
appliquer, to apply. 
appliquer (s*), to apply oneself. 
apporter, to bring. 
apprendre, to learn, hear, teach, 

tell. [ship. 

apprentissage, m., appreutice- 
apprêter, to prépare. 
approche, /., approach ; les — s, 

surroundings, way to. 
approcher, to approach, come 

near. [near. 

approcher (s'), to approach, go 
approuver, to approve. 
approvisionner, to supply. 
appuyer, to lean. 
appuyer (s*), to lean upon, rest. 
après, after, afterwards. 
après-demain, the day after to- 

morrow. 
après-midi, m.f., afternoon. 
aqueduc, m., aqueduct. 
arabe, Arabie, Arabian. 



arbre, m., tree. 

arc-bouter (s'), to prop, support 

oneself. 
architecte, m., architect. 
ardeur,/., ardor, energy. 
ardoise,/., slate. 
arène,/., arena. 
argent, m., silver, money. 
armateur, m,, ship-owner and 

fitter. 
arme,/., ann, weapon. 
armée,/., army. 
armoire,/., closet. 
armure,/, armor. 
aromatique, spicy, aromaticaL 
arracher, to pull out, extract, 
arranger, to arrange. 
arrêt, m,^ décision, sentence, 
arrêter, to stop, arrest. 
arrêter (s*), to stop, 
arrière (en), back. 
arrivée,/, arrivai, 
arriver, to arrive, come, happen, 

occur, reach. 
arrondi -e, round, rounded. 
arroser, to water. 
art, m.y art. 

artichaut, m.^ artichoke. 
artificiel -le, artificial. 
aspect, m.y aspect, look, 
assembler, to put together. 
asseoir, to seat. 
asseoir (s'), to sit down. 
assez, enough, pretty. [tion. 
assiduité,/, assiduity, applica* 
assiéger, to besiege. 
assiette,/, plate, 
assis -e, seated. 
assister, to be présent at. 
association,/, association, part- 

nership. 
associé -e, partner, 
associer (s*), to form a partner- 

ship, Company, 
assombrir (s*), to grow dark. 
assortiment, m., assortment. 
assourdir, to deafen. [ise. 

assurance, /, assurance, prom- 



170 



VOCABULARY 



assurer, to assure, insure. 

assurer (s*), to make sure. 

astronomie, /., astronomy. 

atelier, m.^ shop, studio. 

âtre, m.j hearth. 

attacher, to fasten, attach, tie,- 
bind, moor. 

attaquer, to attack. 

attarder (s'), to pass (of time), 
be belated. 

atteindre^ to reach, bring out. 

atteint -e, struck, attacked. 

atteler, to harness, hitch up. 

attendant (en), meanwhile, in 
the meantime. 

attendre, to expect, wait for, 
wait, await ; faire — , to keep 
waiting. [lent. 

attendrir (s*), to be moved, re- 

attenti-f -ve, attentive. 

attention,/., attention. 

attestation,/., attestation. 

attester, to attest, certify. 

attirer, to draw. 

attitude,/., attitude. 

attraper, to catch. 

attrister, to sadden. 

attrister (s'), to be sad, sorrow. 

au, to the, at the, in the, on the. 

auberge,/, inn. 

aucun -e, not an y, none, no. 

audace,/, audacity. 

au-delà, beyond. 

au-dessous, below. 

au-dessus, above, over. [ment. 

augmenter, to increase, aug- 

aujourd'hui, to-day, at the prés- 
ent time. 

auparavant, before. 

auprès, near, with, of. 

aurore,/, dawn. 

aussi, also, therefore, either; 
— ... que, as ... as. 

aussitôt, at once, immediately. 

autant, as many, as much: — 
. . . que, as many ... as ; d* — 
plus, so much more so. 

automne, 01., fall, autumn. 



autorité,/., authority. 

autour, around. 

autre, other. 

autrefois, of old, former times, 
formerly. 

autrement, otherwise, in an 
other manner. 

autrichien -ne, Austrian. 

autruche,/, ostrich. 

autrui, m.., others, other people. 

aux, to the. 

avalanche,/, avalanche. 

avance, /, advancej par — , 
d' — , in advance, beforehand; 
à l* — , in advance, before- 
hand. 

avancé -e, forward, advanced. 

avancer, to advance, go on, 
progress. 

avancer (s*), to advance, go, 
come forward. 

avant, before j — même, even 
before ; en — , forward, ahead. 

avantage, m,^ advantage; re- 
prendre V — , to get again the 
better of the fight. 

avantageu-x -se, advantageous, 
profitable. 

avec, with, besides. 

avenant -e, pleasant. 

avenir, w., future. 

avertir, to warn, inform. 

aveuglant -e, blinding. 

aveugle, blind. 

avis, m.f ad vice, counsel, opin- 
ion ; être d' — , to think. 

aviser, to see. 

avocat, m. y lawyer. 

avoir, to hâve. 

ayanty see avoir. 



B 

bagage, m., baggage. 
bague,/, ring, 
baigner, to bathe. 
baie,/, bay. 



VOCABULARY 



171 



bailler, to yawn. [bath. 

bain, m., bath ; — de mer, sea 

baïonnette,/., bayonet. 

baiser, to kiss. 

baisser, to lower, go down, fall. 

balancement, m,f rocking. 

balle,/., bullet. 

balustrade,/., balustrade. 

banc, m.y bench; chair à — s, 
wagonette. 

bancal -e, bandy-legged. 

bande,/, band, strip. 

bander, to bind up. 

banque, /., bank, banking- 
house. 

banquier, m., banker. 

barbare, barbarous. 

barbarie,/., barbarity, savage- 
ness. 

barbe,/, beard. 

barbu -e, bearded. 

baromètre, m., barometer. 

baron, m., baron. 

barre,/., bar; partie de — , a 
game of prisoner's base. 

barreau, m., round (of ladders), 
bar. 

barrique,/, barrel. 

bas, m., stocking, bottom. 

bas, down, low; tout en — , at 
the bottom ; tout — , in a low 

. voice. 

bas -se, low. 

basse-cour,/, poultry yard. 

bassin, m,, basin. 

bastion, m., bastion. 

bataille, /., battle; champ de 
— , battlefield. 

bataillon, m., battalion. 

bateau, m., boat ; — à vapeur, 
steamboat. 

bâtiment, m., vessel, ship, build- 
ing; — de pêche, fishing ves- 
sel. 

bâtir, to build. 

bâton, m.y stick, walking stick. 

battement, m.^ beating (of the 
heart). 



battre, to beat, hammer down; 

— des mains, to clap one's 

hands. 
battre (se), to fight. 
béant -e, gaping, wide open. 
beau, bel -le, beautiful, fine, 

nice; avoir — , to be of no 

avail. 
beaucoup, many, much. 
bec, m,y jet (of gas) ; — de gaz, 

gas lamp, gas jet. 
bénéfice, /»., profit, 
bénir, to bless. 
berceau, m., cradle. 
bercer, to rock, 
besogne,/, work. 
besoin, /»., need; au — , in case 

of need. 
bestiaux, plur, of bétail, 
bétail, m,^ cattle. 
bête,/., animal, beast. 
betterave,/, sugar beet. 
beurre, w., butter, 
bibliothèque,/, library. 
biche,/, female deer, hind. 
bien, m., benefit, good, estate, 

land. 
bien, well, very, many; ou — , 

or else; si — que, so that; 

eh — , very well. 
bientôt, soon. 
bière,/, béer, 
bijou, m,y jewel. 
billet, VI,, note; un mot de — , 

a short note, 
blanc -he, white. 
blanchir, to become white, 

whiten. 
blé, fn,y wheat. 
blessé -e, wounded person. 
blesser, to wound. 
blessure,/, wound. 
bleu -e, blue. 
bloc, m. y block. 
blond -e, light, blond, 
blottir (se), to cower, crouch, 

squat, 
blouse,/, jacket, coat, blouse. 



172 



VOCABULARY 



bobine,/., bobbin, spool. 
bœuf, m., ox. 
boire, to drink. 
bois, m,f wood. 
boise -ej wooded. 
boîte,/., can, box. 
boîtier, m., case (of watches). 
bon -ne, good, kind, full. 
bond, m.., bound, leap ; faire un 
■. — , to leap. 
bondir, to skip, bound. 
bonheur, m., happiness, good 

fortune, good luck; par — , 

happily. 
bonjour, m, y good morning, 

good dav. 
bord, m.y Dorder, shore; board, 

bank ; à — , on board of ship. 
Bordeaux, m., Bordeaux, 
border, to edge, border, Une. 
borner (se), to limit oneself. 
bossu -e, hunchbacked. 
botanique,/., botany. 
botte,/., bundle. 
boucne,/, mouth. 
bouchée,/., mouthful, pièce. 
bouchon, m.y cork. 
boucle,/., buckle; — s d'oreille, 

ear-rings. 
boucler, to buckle up. 
bouger, to move, budge. 
bouillant -e, boiling, hot. 
bouillonner, to bubble. 
boulanger, m., baker. 
boule,/., bail. 

boulet, m.y cannon bail. [set. 
bouleverser, to overthrow, up- 
bouquet, m., bouquet. 
bourg, m.j borough. 
bourgade, /., small town, bor- 
ough. 
bourgeois -e, citizen. 
Bourgogne,/., Burgundy. 
bourse,/., purse. 
bout, m.j end, pièce, tip; venir 

à — de tout, to succeed in 

everything. 
bouteille,/, bottle. 



boutique,/., shop, store. 

brancards, m, plur.y shaft. 

branche,/., branch. 

bras, m., arm, limb, branch (of 
rivers). 

brasier, m., great fire, fire. 

brave, good, brave. 

bravement, bravely. 

bravo! bravo I 

bravoure,/., bravery, gallantry. 

breloque,/, watch charm. 

Bretagne,/, Brittany. 

breton -ne, of Brittany. 

brigand, m,, brigand. 

brillant -e, brilliant. 

briller, to shine, glitter. 

briser, to break, break down. 

briser (se), to be broken, break 
oneself. 

broderie,/, embroidery. 

brodeu-r -se, embroiderer. 

brosser, to brush. 

brouhaha, m., uproar. 

brouillard, m.^ fog, mist. 

broyer, to grind, crush. 

bruit, m., Sound, noise. 

brûlant -e, hot, buming. 

brûler, to bum. 

brume,/., fog, haze. 

brun -e, brown. 

brune,/., twilight, dusk. 

brusquement, roughly, abrupt- 
ly, with a start, suddenly. 

brusquerie,/, bluntness, rough- 
ness. 

bruyant -e, noisy. 

bûcher, m., funeral pile. 

but, m., aim, purpose, object, 
end ; dans ce — , for that pur- 
pose. 



cabane,/, cottage, cabin, shed. 
cabine,/, cabin. 
cabinet, m., small room. 
cachot, m., cell, dungeon. 



VOCABULARY 



173 



cadavre, m,f corpse. 

cadeau, m,, gift, présent. 

cadencé -e, cadenced. 

cadran, »/., dial. 

cage, /., car (of mine pits), 

cage, 
cahier, m., note-book, exercise- 

book. 
caillou, m. y stone, pebble. 
caisse,/., box; — de voyage, 

travelling box. 
cale,/., hold (ot ships). 
calmant -e, soothing, anodyne, 

calming. 
calme, m. y calm, quiet. 
calme, calm. 

calmer, to quiet down, calm. 
camarade, m.y comrade. 
camp, m.y camp, 
campagne, /., country, cam- 

paign ; maison de — , country- 

house, country-seat. 
canal, m.y canal, 
canon, m, y cannon. 
canot, m,y cutter, yawl. 
cap, m, y cape, 
capitaine, m. y captain, officer, 

gênerai. 
capitale,/., capital, 
caqueter, to cackle. 
car, for, because. 
caractère, m,, temper, character. 
caresser, to caress. 
cargaison,/., cargo. 
carré -e, square. 
carrefour, m., cross-roads. 
carrière,/., quarry. 
carriole,/., wagon, 
carte,/., map. 
carton, m. y paste-board. 
cartonner, to bind a book in 

boards. 
cas, m. y case; en ce — , in that 

case. 
cascade,/., cascade, 
casque, m.y helmet. 
cassé -e, broken down, bent. 
casser, to break. 



cathédrale,/., cathedral. 

cause, /., cause; à — de, be- 
cause of . 

causer, to talk, cause. 

cavalerie,/., cavalry. 

ce, cet -te, ces, this, that, thèse, 
those. 

ceci, this. 

céder, to sell, yield, give in; ne 
— en rien, not to be infeiior. 

cèdre, m.y cedar. 

ceinture,/, belt. 

cela, that; c'est — , that is it, 
very well. 

célèbre, celëbrated. 

celui, celle, ceux, celles, this, 
that, thèse, those; — ci, this 
one; — là, that one. 

cent, hundred. 

centaine, /., hundred, about a 
hundreci. 

centime, m, y about the fifth of 
a cent. 

centre, tn.y center. [wbile. 

cependant, however, mean- 

cercle, m, y circle. 

céréales, /.//»r., cereals, grains 
of ail kind. 

cerise,/., cherry. 

cerisier, w., cherry tree. 

Cerner, to surround. 

certain -e, certain. 

certainement, certain! y. 

certes, certainly. 

certificat, m,y certifîcate, testi- 
monial. 

certifier, to certify. 

César, m,y Cxsar. 

cesse,/, ceasing; sans — , al- 
ways, without ceasing. 

cesser, to stop, cease. 

chacun -e, each one, every one. 

chagrin, m.y grief, sorrow. 

chaîne,/., chain; watchchain. 

chaise,/, chair. 

chaleur,/, heat, warmth. 

chaloupe, /., ship's boat» long 
boat. 



174 



VOCABULARY 



chambre,/., room. 

champ, m,j field; aux — s, in 
the country. 

changer, to change. 

chanson,/., song. 

chant, m,., singing, song. 

chanter, to sing, chirp, crow. 

chanvre, m.y hemp. 

chapeau, m., hat. 

chapelle,/, chapel. 

chapitre, m,^ chapter. 

chaque, each, every. 

char, tn,y wagon, cart, chariot, 
car; — de triomphe, trium- 
phal car; — à bancs, wag- 
onette. 

charbon, m., coal; — de terre, 
coal. 

charbonnier, m.y coalman. 

charge,/., load, burden; être à 
— à quelqu'un, to be a bur- 
den upon an y one. 

chargement, m., loading, load. 

charger, to load, charge, in- 
trust. 

charger (se), to take charge. 

chariot, m,, hand-cart, wagon, 
cart. 

Charles, m., Charles. 

charmant -e, charming, delight- 
ful. 

charpentier, m,, carpenter. 

charrette,/., wagon. 

charretier, m., wagoner. 

charron, m., wheelwright, wag- 
on maker. 

charrue,/, plow. 

chasser, to drive away, chase. 

chasseur, m., hunter. 

châtaigne,/, chestnut. 

château, m., castle. 

chaud -e, hot, warm. 

chaudière,/, boiler, kettle. 

chaudronnerie,/, coppersmith's 
trade. 

chaudronnier, m., coppersmith. 

chauffer, to heat. 

chaume, m., thatch. 



chaumière, /., thatch-covered 
cabin, cottage. 

chef, /»., chief. 

chef-d'œuvre, /»., master-piece. 

chef-lieu, m., the main city of a 
French department. 

chemin, m., way, road; — de 
traverse, cross-road; tout le 
long du — , on the way; — 
de fer, railroad, steam car; 

— faisant, on the way. 
cheminée, /., chimney, fire- 

place, smoke-stack. 
chemise,/, shirt, night-gown. 
chenet, m,f andiron. 
ch-er --ère, dear, expensive, 
chercher, to seek, get, look for, 

try ; aller — , to go for. 
cheval, m., horse. 
chevalier, m., knight. 
chevet, m.y bedside. 
cheveu, m, y hair. 
chèvre,/, female goat. 
chez, to, at the house, of, in; 

— lui, to his house ; — nous, 
in our house. 

chien, m,y dog. 

chimie,/, chemistry. 

Chine,/, China. 

chirurgie,/, surgery. 

chirurgien, m.y surgeon. 

choisir, to sélect, choose. 

chose, /., thing; quelque — , 
something; autre — , any- 
thing else; grand' — , very 
much, a great deal. 

chou, m.y cabbage. 

chute,/, fall. 

ci, hère. 

cid, m.y cid, chief commander. 

cidre, m.y cider. 

ciel, m.y sky, heaven. 

cieux, plur. of ciel. 

cime,/, summit, top. 

cimetière, m.y cemetery. 

cinq, five. 

cinquante, fifty. 

cinquième, f if th. 



VOCABULARY 



I7S 



circonstance,/., circumstance. 
ciré-ey waxed; toile — , oil- 

cloth. 
cirque, m., circle, circus, amphi- 

theater. 
ciseaux, m, plur., scissors. 
citadelle,/., citadel. 
cité,/, city. 

citer, to quote, cite, name. 
citoyen -ne, citizen. 
citronnier, m., lemon tree. 
clair, m,, light. 
clair -e, clear. 
claquer, to crack; fit — , 

cracked (of whips) ; chatter (of 

teetb). 
clarinette,/, clarinet 
clarté,/, light, glimmer. 
classe,/, class, school. 
classer, to claâsify, class. 
clef,/, key. 
client -e, customer. 
clientèle,/, custom, clientèle, 
climat, m,, climate. 
clin, m,, wink ; en un — d'œil, 

in the twinkling of an eye. 
cloche,/, bell. 
clocher, m., steeple. 
clochette,/, bell, little bell. 
cloison,/, partition. 
clos-e, closed, shut 
coalise-e, allied. 
cœur, m.f heart, mind; d'un si 

grand — , so heartily. 
coin, m.f corner, 
col, m,f neck (of mountains). 
collège, m., school, collège. 
collégien, m., schoolboy. 
colline,/, hill. 
colonel, m,, colonel. 
colonie,/, colony. 
colonnade,/, colonnade, 
colonne,/, pillar, column. 
colorié -e, colored. 
colossal -e, colossal. 
colza, m.f colza, 
combat, m,, combat, battle, 

fight. 



combattant, m., fighter. 
combattre, to fight, combat. 
combien, how much, how many, 

how. 
comble, m^ frame of a roof, 
commandement, m., command, 

commandment. 
commander, to command, order. 
comme, as, like, how, as well 

as. 
commencement, m,, beginning. 
cammencer, to begin, com- 
mence, 
comment, how, what. 
commerçant -e, commercial, 
commerce, m., commerce, trade; 

navire de — , merchantman. 
commission, /., errand; faire 

des — s, to go on errands. 
communal -e, communal, 
commune, /., community, vil- 
lage, 
communiquer, to communicate, 

be connected. 
compagnie,/, company. 
compagnon, m^ companîon, 

comrade, 
comparer, to compare. 
comparer (se), to be compared. 
compatir, to sympathize with. 
compatissant -e,compassionate. 
compl-et -ète, complète, 
complètement, completely. 
compléter, to complète, make 

up. 
compliqué -e, intricate, compli* 

cated. 
composer, to compose, 
composer (se), to be composed. 
comprendre, to understand, in- 

clude ; y compris, included. 
compresse,/, compress. 
compte, m,, account ; se rendre 

— , to realize, understand. 
compter, to count, rely, count 

up, expect. 
comté, m,f county. 
concevoir, to conceive. 



176 



VOCABULARY 



concitoyen -ne, f ellow-citizen. 

concorde,/., concord. 

condamnation, /., condamna- 
tion. 

condamner (se), to condemn 
oneself. 

condition,/., condition. 

conducteur, m.y driver. 

conduire, to lead, conduct, take, 
tend. 

conduite,/., conduct, behavior. 

confectionner, to make. 

confiance,/., confidence, trust. 

confier, to intrust, confide, give 
in charge. 

confit -e, preserved, candied. 

confondre, to compound, con- 
fuse, mix up. 

confondre (se), to be blended. 

connaissance, /., acquaintance ; 
faire — , to make the ac- 
quaintance. 

connaître, to know, be ac- 
quainted. [other. 

connaître (se), to know one an- 

consacrer, to dévote. 

consciencieu-x -se, conscien- 
tious. 

conscrit, m,, recruit, conscript. 

conseil, m., council, counsel, ad- 
vice. 

conseiller, to counsel. 

consentir, to consent. 

conserver, to préserve, keep. 

considérable, considérable, im- 
portant. 

considérer, to consider, watch. 

consternation,/., consternation. 

consterner, to dismay. 

constituer (se), to give oneself 
into custody. 

constitution,/., constitution. 

constructeur, m., builder. 

construction,/., construction. 

construire, to build, construct. 

consulter, to consult. 

contempler, to look at, gaze 
upon. 



contenir, to contain, hold. 
content -e, glad, satisfied, con- 

tented. 
contenter, to satisf y. 
contenter (se), to be satisfied 

with, content oneself with. 
continuellement, continually. 
continuer, to continue, go on. 
contour, m.^ outline, contour, 
contourner, to go around, turn 

around. 
contraire, contrary; au — , on 

the contrary. 
contre, against. 
contre-coup, »?., repercussion, 

conséquence, rebound. 
contredire (se), to contradict 

oneself. 
contrée,/., country, part of the 

country. 
contribuer, to contribute. 
contribution, /., tax, contribu- 
tion, 
contusion,/, bruise. 
contusionné -e, bruised. 
convalescence,/., convalescence, 
convalescent -e, convalescent. 
convenir, to agrée, 
convaincre, to convince. 
convoi, ;«., convoy. 
copeau, m. y chip. 
coq, m, y rooster, cock. 
coque,/, shell (of nuts). 
cordage, w., cordage, rope. 
corde,/., rope; la — au cou, a 

rope around their neck. 
cordial -e, cordial, 
corne,/, horn. 
corps, m., body; — législatif, 

the House of Deputies. 
corridor, w., hall, corridor. 
corrompre, to corrupt, bribe. 
Corse,/, Corsica. 
côte,/., hill, seacoast. 
côté, m.^ side; de son — , he, 

she aiso, on his side; d'un 

— , on one side ; à — de, by 

the side of. 



VOCABULARY 



177 



coteau, m,f hill. 

coton, m. y cotton. 

cou, m.f neck. 

couchant, setting. 

couché -e, lying down. 

coucher, m., bed. 

coucher, to sleep, lodge, stop 
over night, put to bed. 

coucher (se), to set, retire, go to 
bed. 

coudre, to sew; machine à — , 
sewing machine. 

coulée,/., flowing, flow. 

couler, to flow, run, go down. 

couleur,/., paint, pigment, color. 

coup, m,y knock, blow ; tout à — , 
d'un — , suddenly; d'un seul 
— , ail at once ; a — sûr, cer- 
tainly; — de tonnerre, clap 
of thunder. 

coupable, guilty. 

couper, to eut. 

coupe-tête, w., executioner. 

cour,/., court-yard. 

courage, w., courage, energy; 
rassembler tout son — , to sum- 
mon ail one's courage. 

courageusement, courageously, 
industriously. 

courageu-x -se, courageous, 
brave, industrious. 

courant, /»., current; mettre 
quelqu'un au — , to make some 
one conversant, acquainted. . 

courir, to run, hasten, go 
through. 

couronne,/., crown, wreath. 

couronner, to crown. 

courroie,/., leather strap. 

cours, m. y stream, course, lec- 
ture. 

course,/., course, march; faire 
des — s, to go on errands. 

court -e, short. 

cousin -e, cousin. 

couteau, m. y knife. 

coutellerie,/., cutlery. 

coûter, to cost. 



coutume,/., custom; que de — , 

than usual. 
couvert, m., shelter; se mettre 

à — , to get under shelter. 
couverture,/., blanket. 
couvrir, to cover. 
couvrir (se), to be covered. 
craindre, to fear. 
crainte,/., fear; de — que, for 

fear that. 
craquement, m. y cracking noise, 
créanci-er -ère, créditer, 
crèche,/., manger, 
créneau, m.y battlement. 
crépitement, m.y crack ling (of 

fire). 
crépuscule, m.y twilight. 
creuser, to dig. 
cri, m.y cry. 
crier, to cry ou t. 
crinière,/., mane. 
cristallerie,/., cut-glass works. 
crochet, m.y hook. 
croire, to believe, think. 
croisade,/., crusade. 
croître, to increase. 
croix,/., cross, 
croûte,/., crust. 
cruche,/., jug. 
cruellement, cruelly. 
cueillir, to gather, pick. 
cuir, m.y leather. 
cuirasse,/., cuirass, breastplate. 
cuire, to cook. 
cuisine,/., kitchen. 
culte, m.y worship. 
cultivateur, m.y farmer. 
cultiver, to cultivate. 
culture,/., cultivation. 
curieu-z -se, curious. 



daguerréotype, m., daguerrec 

type, 
dame,/., lady. 
danger, m.y danger. 



178 



VOCABULARY 



dangereu-x -se, dangerous. 

dans, in, within. 

de, of, from, with, to, in, for, 

on. 
débarquer, to unship, land. 
debout, standing, up; se tenir 

— , to stand up. 
débrouiller, to arrange, settle 
décharger, to unload. 
déception, /., disappointment, 

déception, 
décider, to persuade, décide. 
décider (se), to make one's mind 

up, décide. 
décision, /., détermination, dé- 
cision, 
déclarer, to déclare, 
découpé -e, eut out, indented. 
découragé -e, discouraged. 
découragement, m., discourage- 

ment. 
décourager (se), to be dis- 
couraged. 
découverte,/., discovery. 
découvrir, to discover, see, look 

over. 
décrocher, to take down. 
dedans, tn», inside ; en — , from 

inside. 
dedans, in, within. 
dédommager, to compensate, ^ 

make up. 
défaut, m. y fault, defect. 
défendre, to défend, 
défendre (se), to keep oneself 

from, défend oneself. 
défense,/., defence, protection, 
déferler, to break into foam. 
défilé, m., défile, long narrow 

pass. [penses, 

défrayer (se), to pay the ex- 
dégourdir (se), to remove the 

numbness from. 
dehors, outside. 
déjà, already. 
déjeuner, to breakfast. 
delà, beyond; au — , beyond, 

further on. 



délabré -e, dilapidated. 
délicat -e, délicate, 
délicatement, delicately. 
délire, /»., deiiriousness ; avoir 

le — , to be delirious. 
délivrer, to relieve, deliver, f ree. 
demain, to-morrow. 
demande,/., request. 
demander, to ask, beg, inquire 

for. 
demander (se), to wonder, ask 

oneself. 
demeure, /., dwelling house, 

house. 
demeurer, to remain, live. 
demi -e, naïf, 
démolir, to demolish. 
denier, m.^ the i3th of a farth- 

ing. 
denrée, /., merchandise, pro« 

visions, 
dent,/., tooth; claquer des — s, 

to chatter with one's teeth; 

grincer des — s, to grind 

one*s teeth. 
dentelle,/., lace, 
départ, m., departtire, leaving. 
département, m,y department (a 

division of France), 
dépasser, to overtop, surpass, 

exceed. 
dépense, /., expense, expendi- 

ture. 
dépenser, to spend. 
déployer, to display, unfold. 
déployer (se), to be displayed, 

extend, unroll. 
déposer, to remain, deposit, put. 
depuis, since, from, for. 
député, m.y deputy. 
députer, to send, députe, 
dérailler, to jump the track, de- 
rail. 
déranger, to disturb, trouble, 
derni-er -ère, last, latter. 
derrière, behind, after; par — , 

from behind. 
dès, from, since, as soon as, on. 



VOCABULARY 



179 



des, of the. 

désappointé -e, disappointed. 
désastre, m., disaster, 
descendre, to descend, corne 

down, go down, put up, stop, 

alight (from a carnage), 
descente,/., declivity, descent. 
description,/., description. 
désert, m,f désert. 
désert -e, deserted. 
désespéré -e, desperate. 
déshabiller, to undress. 
désigner, to appoint, dcsignate. 
désir, m., wish, désire. 
désirer, to désire, wish for; ne 

rien laisser à — , to be entire- 

ly satisfactory. 
désolé -e, disconsolate. 
désoler (se), to be disconsolate, 

grieve. 
désordre, m., confusion, dis- 

order. 
désormais, henceforth. 
dès que, as soon as. 
desséché -e, dried up. 
dessert, m., dessert, 
dessin, m., drawing, design, 

figure, pattem. 
dessinateur, m.j draftsman. 
dessiner, to draw, design, out- 

line. 
dessus, on, over, above. 
détacher, to loosen, detach. 
détail, m,, détail, particular. 
détour, /., évasion, subterfuge, 

curve. 
détruire, to destroy. 
deuil, m.f sorrow, grief, moum- 

ing. 
deux, two ; tous les — , both of 

you, of them. 
devant, before, in front of, 

straight ahead; par — , in 

front. 
devant, w., front, 
devanture,/., front, show win- 

dow. [ment. 

développement, m., develop- 



développer, to unwrap, open. 
développer (se), to extend. 
devenir, to become. 
dévider, to wind (into skeins). 
deviner, to guess, divine, dis- 

cover. 
devoir, must, ought, to owe, to 

be to. 
devoir, m., duty. 
dévouement, m., sacrifice, dé- 
votion, self-sacrifice. 
diamant, m., diamond. 
Dieu, m,t God; mon — , heavens, 

gracions; — merci, thank 

God. 
différent -e, différent, 
difficile, difficult, hard. 
difficulté, /., dif f ic ulty . 
digne, worthy. 
digue,/, sea wall, dike. 
diligenter (se), to make haste, 

hurry up. 
diminuer, to diminish. 
dîner, m., dinner. 
dîner, to dine. 
dire, to say, tell, call; c'est à 

— , that is to say ; vouloir — , 

to mean. 
dire (se), to say to oneself, be 

said, say. 
direction,/., direction. 
diriger, to lead, direct, 
diriger (se), to direct oneself, 

go- 
discuter, to discuss. 

disparaître, to disappear. 

dispos, active, well. 

disposer, to dispose. 

disputer (se), to quarrel. 

dissiper, to scatter. 

distance,/, distance. 

distillerie,/, distillery. 

distinct -e, distinct. 

distinctement, distinctly. 

distinguer, to distinguish. 

distraire, to amuse, divert. 

divers -e, différent, diverse. 

diviser, to divide. 



i8o 



VOCABULARY 



diviser (se), to be divided, di- 

vide oneself. 
division,/., division. 
dix, ten. 

dix-sept, seventeen. 
dixHseptième, seventeenth. 
dizaine,/., about ten. 
doigt, m,, finger. 
domaine, m,^ estate, domain, 

province, 
dôme, m,j dôme, 
domestique, m. /., servant, do- 

mestic. 
dominer, to overlook, rise 

above. 
dommage, m.^ damage; quel 

— ! what a pity I 
donc, then, now, therefore. 
donner, to give. 
donner (se), to give oneself. 
dont, of which, whose, of whom, 

with which. 
doré -e, gilded. 
dormir, to sleep. 
dos, m,y back. 
dot,/., dowrv. 

double, m.^ aouble. [ly. 

doucement, gently, softly, slow- 
douceur, /., sweetness, gentle- 

ness, mildness. 
douleur,/., pain. 
doute, /«., doubt ; sans — , with- 

out doubt. 
douter (se), to suspect. 
dou-x -ce, sweet, soft, gentle, 

mild. 
douze, twelve. 
drap, m,f cloth, broadcloth. 
drapeau, m., flag. 
draperie,/., hangings, drapery. 
dresser, to raise, draw (of pa- 

pers). 
dresser (se), to rise. 
droit, m,, right, law; école de 

— , law school. 
droit, straight, directly. 
droite, /, right ; à — , to the 

right. 



droiture, /., honesty, upright' 

ness. 
du, of the, from the. 
dû, due, due. 
dune,/., down (of sand). 
Dunkerque, m,^ Dunkirk. 
dur -e, hard. 
durant, during. 
durée,/., duration. 
durer, to last. 



£ 



eau, /., water, rain; jet d' — ^ 

fountain. 
eau-de-vie,/., brandy, 
éblouissant -e, dazzling. 
écart (à P), aside, apart. 
échafaud, m.^ scaffold. 
échafaudage, m.^ scaffolding. 
échange, m., exchange, 
échantillon, m.t sample. 
échapper (s'), to escape, corne 

out. 
échelle,/, ladder. 
écho, m.y écho. 
éclair, m., lightning. 
éclairage, m, y lighting, illumina- 
tion; gaz d' — , iliuminatin|^ 

gas. 
éclaircir (s'), to clear up. 
éclairer, to light, light up. 
éclat, m.f brightness, glitter, 

brilliancy, glory. 
éclater, to break out. 
école,/., school. 
économe, thrifty, economical, 

saving. 
économie, /., economy; — 8, 

savings. 
économiser, to save, spare. 
écosser, to shell (of peas or 

beans). 
écouler (s'), to pass. 
écouter, to listen, hear, listen ta 
écraser, to crush. 
écrier (s'), to exclaim, cry out. 



VOCABULARY 



l8l 



écrire, to write. 
écueil, m.f reef. 
écueUe,/., porringer, bowl. 
écumant -e, foaming. 
écume,/., foam. 
écurie,/., stable (for horses). 
écuyer, m., squire, esquire. 
effaroucher, to scare away. 
effet (en), in reality, in fact. 
effondrer (s'), to tumble down, 

fall in. 
effort, m., effort, 
effrayant -e, frightful. 
effrayer, to frighten. 
effroi, m,t fright. 
effusion,/., effusion. 
égal -e, equal. 
également, equally. 
égarer (s*), to lose one*s way. 
église,/., church. 
Egypte,/., Egypt. 
eh! ahl welll — bien, very 

well, well. 
élan, impulsiveness, enthusiasm. 
élancer (s')i to start, rush, run 

forth, lift oneself. 
élément, m,, élément. 
élémentaire, elementary, prima- 

ry. 
éléphant, m., éléphant, 
-^levé -e, high, lofty. 
élever, to raise, bring up, erect. 
élever (s*), to rise, arise, be 

erected. 
elle, she, her. 
elle-même, herself, itself. 
éloigné -e, distant. 
éloigner (s'), to go away, get 

far. 
éloquemment, eloquently. 
éloquence, /., éloquence, 
élu -e, elected. 
émaillé -e, enamelled. 
embarcation,/., boat, craft. 
embarquer, to put on ship- 

board, embark, sliip. 
embarquer (s'), to embark, ship, 

sail. 



embarras, m,, trouble, difficul- 

embarrasser, to embarrass, hin- 

der. 
embouchure, /., mouth (of ri- 
vers). 
embraser, to set on fire, kindle. 
embrasser, to kiss, embrace. 
embrasser (s'), to kiss, embrace 

one another. 
embûche, /., snare. 
émerveille -e, amazed. 
émerveiller, to astonish, amaze. 
émerveiller (s'), to be aston- 

ished, marvel. 
émeut, see émouvoir, 
émigrer, to emigrate. 
emmener, to take away, lead 

away, take. 
émotion,/., émotion. 
émouvoir, to move. 
empêcher, to prevent, preclude. 
empêcher (s»), to help, prevent, 

refrain. 
empiler, to pile up. 
emplir, to fill. 
employer, to employ, give em- 

ployment. use. 
emporter, to carry away, take 

away, carry. 
empourprer, to purple, light up, 

color in purple. 
empressement, m.y eagerness, 

kind attention. 
empresser (s')y to hasten. 
emprisonner, to imprison. 
emprunter, to borrow. 
ému -e, moved. 
en, of them, of it, for it. 
en, in, within, as, into. 
enchaîner, to bind in chains, 

chain up. 
enchanter, to delight. 
enclavé -e, enclosed. 
enclume,/, an vil. 
encore, still, yet, again. 
encourager (s'), to encourage 

one another. 



l82 



VOCABULARY 



endommager, to damage, 
endormir (s')» to go to sleep. 
endroit, m. y place, 
endurer, to endure, bear. 
énergie,/., energy. 
énergique, energetic. 
énergiquement, energetically. 
enfance,/., childhood. 
enfant, m., child. 
enfermer, to shut in, coop up. 
enfin, finally, at last. 
enflammer, to excite, 
enfler, to swell. 
enflure,/., swelling. 
enfoncer, to push in, drive in, 

bury. 
enfoncer (s'), to sink. 
enfuir (s'), to flee, run away. 
engagement, m., promise; — s, 

liabilities. 
engager, to induce, engage, 
englouti -e, lost, swallowed up. 
engloutir, to swallow'up, engulf. 
engouffrer (s^, to rush. 
engourdir, to benumb. 
enlever, to remove, take away, 

carry away. 
ennemi -e, enemy. 
ennuyer, to weary, annoy, 

bother. 
énorme, enormous. 
enquérir (s'), to inquire. 
enrouler, to roll up. 
enseignement, m.^ teaching. 
enseigner, to teach. 
ensemble, together. 
ensemencer, to sow. 
ensoleillé -e, sunny. 
ensuite, afterwards, then, be- 

sides. 
entamer, to begin to spend, eut. 
entasser, to crowd, pile up. 
entendre, to hear, understand. 
enthousiasme, m.t enthusiasm. 
enti-er -ère, whole, entire. 
entièrement, entirely, wholly. 
entorse,/., sprain. 
entourer, to surround. 



entr'aider (s')» to help one an- 

other. 
entrain, m., heartiuess, spirit. 
entraîner, to carry away, draw, 

lead away. 
entre, between, in, among. 
entre-choquer (s')» to dash 

against one another. 
entre-croiseï*, to cross, cross 

one another. 
entre-croiser (s'), to cross one» 

another. 
entrée,/., entrance, mouth (oi 

harbors). 
entrefaites, /.//i/r., sur ces — , 

in the meanwhile. 
entreprendre, to undertake. 
entrer, to enter, come in. 
entr'ouvrir, partly to open. 
envahir, to invade, take hold 

of. 
envelopper, to wrap, envelop, 

surround, wrap up, take in. 
envie,/., désire, wish. 
environ, about. 
environnant -e, surrounding. 
environner, to surround, en- 

velop. 
environs, m, plur., environs, vi- 

cinity ; aux — , in the vicinity. 
envoyé, w., envoy. 
envoyer, to send, drive, wrap, 

fold up. 
épais -se, thick, dense. 
épaissir, to grow thick, thickeiu 
épanouir, to brighten up. 
épanouir (s'), to light up. 
épaule,/., shoulder. 
épée,/., sword. 
époque,/., time, epoch. 
épouvantable, frightful. 
épouvante,/., fright. 
épouvanter, to frighten. 
épou-x -se, husband, wife. 
épreuve,/., ordeal, test. 
éprouver, to feel, expérience, 

meet with. 
épuiser, to exhaust. 



VOCABULARY 



183 



éqnipage, crew (of boats). 
ériger, to raise, promote. 
erreur,/., error, mistake. 
escalier, m,j stairway. 
escarpé -e, steep, cragged. 
escorter, to escort. 
espace, m.^ room, space. 
Espagnol -e, Spaniard, Spanish. 
espèce,/., kind, species, sort, 
espérance,/., hope. 
espérer, to hope. 
espoir, m.y hope. 
esprit, m., spirit, mind. 
essayer, to try. 
essoufflé, -e, breathless. 
est, m,y Éast. 
estime,/, esteem. 
estimer, to esteem, regard, es- 

timate, value. 
et, and. 

étable,/., stable, 
établir, to establish. 
établir (s'), to settle, establish 

oneself, to place oneself, sit 

down. [ment. 

établissement, m., establish- 
étage, m.f floor, story ; premier 

— , second floor. 
étalage, m,^ display, show win- 

dow, goods. 
étaler, to display, expose for 

sale, 
étaler (s'), to be spread out, be 

displayed. 
étang, /»., pond, pool, 
étape,/, stopping-place, stop. 
état, m.y condition, state, coun- 

try. 
état-major, m., staff. 
été, m,y summer. 
éteindre, to put out (of fire), 

extinguish. 
éteindre (s'), to be extinguished, 

go out. 
étendre, to spread, spread out, 

stretch out. 
étendre (s'), to extend, be spread 

out. 



étendu -e, stretched, lying. 
étendue,/, area, expanse. 
éternel -le, everlasting, etemal. 

Etienne, m., Stephen. 

étincelant -e, sparkling. 

étinceler, to glitter, sparkle. 

étincelle,/, spark. 

étoffe,/., cloth, stuff. 

étoile,/., star. 

étonnement, m.j astonishment. 

étonner, to astonish. 

étouffer, to stifle. 

étrange, strange, unusual. 

étrang-er -ère, stranger, f oreign. 

étrangler, to strangle. 

être, to be. [embrace. 

étreinte, /, pressing, clasping, 

étroit -e, narrow. 

étroitement, closely. 

étude, /, study ; taire ses — s, 

to study. 
étudier, to study. 
étui, m., éase. 
eu, see avoir. 
Europe,/, Europe, 
eux, them, they, themselves. 
eux-mêmes, themselves. 
évanouir (s'), to swoon, faint 

away. 
évaporer, to evaporate. 
évaporer (s*), to evaporate. 
éveiller, to awake, wake up. 
éveiller (s'), to awake. 
événement, m.y event. 
évêque, m, y bishop. 
éviter, to avoid. 
examen, m,y examination. 
examiner, to examine, 
exaucer, to hearken to, hear 

favorably. 
excellent -e, excellent, 
exciter, to excite, cause, urge. 
exclamation, /, exclamation, 
excuser, to excuse, 
excuser (s'), to excuse oneself, 

apologize. 
exécuter, to exécute, enforce, 

carry out. 



i86 



VOCABULARY 



frissonner, to shiver. 
frit -e, f ried. 
froid, m,f cold. 
froid -c, cold. 
fromage, m., cheese. 
fromagerie,/., cheese-dairy. 
front, m,y forehead, face. 
frontière, /., frontier, bound- 

ary. 
frotter (se), to rub. 
fructifier, to fructify. 
frugal -e, frugal, 
fruit, m,y fruit, resuit, 
fruitier, m,^ cheese maker. 
fruiti-er -ère, fruit, fruit-bear- 

ing ; arbre — , fruit tree. 
fuir, to flee. 
fuite, /., flight ; prendre la — , 

to flee ; en — , flying. 
fumée,/., smoke. 
fumer, to steam, smoke. 
funeste, fatal, 
furieu-x -se, f urious. 
fusil, m.f rifle, shotgun. 
fusion,/., melting; fonte en —, 

melted iron. 
futur -e, future. 



G 



gagner, to reach, gain, win, 
eam. 

gai -e, cheerful, gay. 

gaiment, cheerfully, gayly. 

gaité,/., gaiety, cheerfulness. 

galerie,/., gallery, creep-hole. 

galop, m.y gallop. 

galoper, to gallop, run. 

gant, tn,f glove. 

garance,/., madder-root. 

garantir, to protect, shelter. 

garde, /., guard, watch ; faire 
bonne — , to keep good watch. 

garde, fn,^ guard. 

garder, to keep, maintain, pré- 
serve. 

gare, /., railroad station. 



garnir, to provide, gamish. 

Gascogne,/., Gascony. 

gauche, /., left; à — , to the 
left. 

garçon, m., boy. 

Gaule,/., Gaul. 

Gaulois -e, Gaul. 

gaz, m.y gas; bec de — , gas 
burner, gas lamp ; — d'éclai- 
rage, illuminating gas. 

gazon, m. y grass, turf. 

geler, to f reeze. 

gêné -e, uncomfortable. 

général, m,^ gênerai. 

général -e, gênerai. 

généralement, generally, usual- 

généreusement, generously. 

Genève,/., Gène va. 

génie, m.j genius. 

genou, m.f knee; à — ^z, on one's 

knees. 
genre, m,, kind, sort, 
gens, m, /. plur.y people; 

jeunes — , young men. 
gentil -le, pretty, graceful, 

gentle. 
gentiment, gracefuUy. 
géométrie,/., geometry. 
Gertrude,/., Gertmde. 
geste, m.y gesture. 
gesticuler, to gesticidate. 
gibier, m.y game. 
gilet, m.y vest. 
girafe,/, giraffe. 
givre, m. y hoar-frost. 
glace,/., ice. 
glacial -e, cold, glacial, 
glacier, m.y glacier, 
glisser, to glide, slip, 
gloire,/., glory. 
golfe, m.y gulf, bay. 
gothique, gothic. 
gouffre, m.y Whirlpool, gulf. 
goulot, m.y neck (of bottles). 
goût, m.y taste, inclination, lik- 

ing. 
goûter, to taste. 



VOCABULARY 



187 



goutte,/., drop. 

gouvernail, m., rudder, helm. 

gouvernement, m., government. 

gouverneur, »«., governor. 

grâce, /., mercy, pardon, grace- 
f ulness ; — à, thanks to ; faire 
—s, to pardon, hâve mercy. 

grand -e, great, large, tall, elder, 
wide. 

grandir, to grow. 

granit, m., granité. 

grappe,/., bunch. 

gras -se, fat. 

gratification,/., gratuity, boun- 

g^ave, grave, serious. 
gravement, gravely, seriously. 
graver, to engrave, carve out. 
gravir, to climb up. 
grelot, m., small bell, sleigh- 

bell. 
grenier, m, y attic, garret. 
grille, /., grate, grating, wrought- 

iron gâte, 
grillé -e, grated. 
grincer, to grind, gnash ; — des 

dents, to grind one's teeth. 
gris -e, gray. 
grondement, m., rumbling, 

growling, roaring. 
gronder, to rumble, roar. 
gros -se, big, large, heavy. 
grosseur,/., size. 
grossir, to grow large, 
grotte,/., grotto. 
groupe, m,t cluster, group. 
Gruyère (fromage de), Swiss 

cheese. 
gué, m, y ford. 
guère, hardly. 
guérir, to recover, get well, heal, 

cure. 
guérison,/, cure, reçovery. 
guerre,/., war. 
guerrier, m. y warrior. 
gueule,/., muzzle, mouth. 
guide, m. y guide, 
guider, to guide. 



Guillaume, m., William, 
guise, /., manner, way ; en — 
de, by way of. 



' désignâtes aspirate k 

habile, able, clever. 

habileté, /., skilf ulness, ability. 

habiller, to dress. 

habiller (s'), to dress, dress one- 

self. 
habit, m.y clothing, garment; — s 

de travail, working clothes. 
habitant -e, inhabitant, 
habitation,/., habitation, abode. 
habiter, to inhabit, live. 
habitude,/., habit, custom. 
habitué -e, used, accustomed. 
habituel -le, usual, ordinary. 
'haie,/., hedge. 
'haine,/., hâte, hatred. 
'haïr, to hâte, 
haleine, /., breath ; tout d'une 

— , ail in one breath. 
'haletant -e, panting. 
'hameau, m., hamlet. 
'hangar, m.y shed. 
'hardiment, boldly. 
'hareng, m. y herring. 
'haricot, m.y bean. 
'hâte, /., haste; à la — , hasti- 

ly ; en toute — , very hastily ; 

avoir — , to be in haste. 
'hâter (se), to hasten, hurry. 
'haut, m.y top, summit. 
'haut -e, high, lofty -, tout —, 

aloud. 
hélas 1 alasl 
herbe,/., grass, herb. 
héritage, m.y inheritance. 
hériter, to inherit. 
hermétiquement, tight 
héroïne, /., heroine. 
héroïque, heroic. 
'héros, m.y hero. 
hésiter, to hesitate. 



i88 



VOCABULARY 



*hêtre, tn.f beech tree. 

heure, /., hour ; de bonne — , 

early, early in lif e ; à la bonne 

— , well and good. 
heureusement, fortunately, hap- 

pily. 
heureu-x -se, happy, fortunate. 
'heurter, to knock, rap, strike 

against, hit against. 
hier, yesterday. 
hippopotame, m., hippopota- 

mus. 
histoire,/., story, history. 
hiver, m, y winter. 
hommage, th., bornage. 
homme, m,, man. 
honnête, honest. 
honnêtement, honestly. 
honnêteté,/., honesty. 
honneur, m., honor. 
'honte,/., shame. 
hôpital, m.y hospital. 
Horace, m., Horace, Horatius. 
horizon, m., horizon. 
horlogerie, /., clock-making, 

watch-making. 
horreur,/., horror. 
'hors, out, out of. 
hospitalité,/., hospitality. 
hôte -sse, host. 
hôtel, m., hôtel, mansion; — 

de ville, City Hall; — ^Dieu,' 

hospital. 
hôtellerie, /., inn, hostelry. 
hotte,/., basket (to carry things 

on one^s back). 
'houblon, m., hops. 
'houille,/., coal. 
huile, /., vegetable oil, oil. 
'huit, eight. 
huître,/., oyster, 
humanité, /., humanity, man- 

kind. 
humble, humble, 
humide, moist, damp, humid. 
humidité, /., dampness, humid- 

ity. 



ici, hère ; — même, in this very 

place; d' — là, from now to 

that time. 
idée,/., idea. 
ignorant -e, ignorant, 
il, he, it. 
île,/, island. 

illumination,/, illumination. 
illuminer, to illuminate. 
illustre, iUustrious. 
illustrer, to make IUustrious, il- 

lustrate. 
illustrer (s'), to make oneself 

illustrions, 
ils, they. 

image,/., picture. 
imagerie,/., picture factory. 
imaginer (s'), to imagine, fancy. 
imbécile, imbecile,weak-minded. 
imiter, to imitate. 
immédiatement, immediately, 

at once, 
immense, immense. 
immensité,/., immensity. 
immobile, motionless. 
immobilité,/., immobility. 
impatience,/, impatience, 
impatient -e, impatient, 
impérissable, imperishable. 
important -e, important. 
importer, tô be of moment; 

n'importe, no matter. 
imposer (s'), to impose upon 

oneself. 
impossible, impossible, 
imprenable, impregnable. 
imprévu -e, unforeseen, unex- 

pected. 
imprimer (s'), to be impressed. 
imprimerie,/, printing. 
incendie, 91., fire. 
incessant -e, incessant, 
inconnu -e, unknown. 
incrédule, incredulous. 
inculte, uncultivated. 
Inde,/, India. 



VOCABULARY 



189 



indescriptible, undescribable. 
iUidiCible, unspeakable, inex- 

pressible. 
indifférent -«, indiffèrent, 
indiquer, to indicate, designate, 

show, 
industrie, /., industry. 
industriel -le, manufacturing. 
industrieu-x -se, industrious. 
ineffaçable, indelible. 
inestimable, inestimable, 
infect -e, close, infections. 
inflexible, inflexible. 
influence,/., influence. 
information, /., information ; 

prendre des — s, to inquire. 
informer (s'), to inquire. 
infortuné -e, unfortunate, mis- 
érable, unhappy. 
ingénieur, m., engineer. 
inhumer, to bury. 
inique, iniquitous. - 
innocence,/., innocence, 
innocent -e, innocent. 
innombrable, innumerable. 
inoccupé -e, idle. [éd. 

inqui-et -ète, anxious, disquiet- 
inquiéter, to make uneasy, dis- 

turb. 
inquiéter (s'), to be anxious. 
inquiétude,/., anxiety. 
inscription,/., inscription, 
insensible, insensible. 
inspirer, to inspire, 
installer, to install, put. 
installer (s'), to place oneself, 

install oneself, settle. 
instant, m., instant, moment; 

par — s, at times. 
institut, m,, institute. 
instituteur, m., public-school 

teacher. [cation. 

instruction, /., instruction, edu- 
instruire, to instruct, teach, give 

instructions, educate. 
instruire (s'), to be educated, 

become educated; leam. 
instrument, m., instrument 



insu (à 1')) unknown to. 

intégrité,/., integrity. 

intelligence,/., intelligence. 

intelligent -e, intelligent. 

interdit -e, abashed, conf used. 

intéressant -e, interesting. 

intéresser, to interest. [est in. 

intéresser (s'), to take an inter- 
intérêt, m., interest. 

intérieur, m., inside, interior; 
à V — , inside; ministre de 
1' — , secretary of state. 

intérieurement, inwardly, in 
one's mind, heart. 

intermédiaire, m., médium ; par 
P— , through the médium. 

interminable, endless, intermi- 
nable. 

interroger, to question, ask, in- 
terrogate. 

interrompre, to interrupt. 

interrompre (s'), to interrupt 
oneself. 

interruption,/., interruption* 

intraitable, ungovernable, un- 
tractable. 

intrépidité,/., intrepidity. 

introduire, to introduce. 

inondation,/., inundation, flood. 

invariable, invariable, un- 
changeable. 

invasion,/, invasion. 

inventaire, m., inventory. 

inventer, to invent. 

invention,/, invention. 

invisible, invisible. 

ira, seâ aller. [mation. 

irritation, /., irritation, inflam- 

irriter, to irritate, anger. 

isolé -e, lonely, isolated. 

Italie,/, Italy. 

ivresse,/., intoxication. 



jadis, formerly. 
jaguar, m., jaguar. 



190 



VOCABULARY 



jaillir, to gush out, spout out. 

jalon, m,y stake. 

jamais, ever, never; ne . . . — , 

never. 
jambe, /., leg; retrouTer ses 

— s, to be able to walk. 
janvier, m., January. 
jardin, m.^ garden, public gar- 

den, park. 
jardinier, m., gardener. 
jaunir, to make yellow. 
lean, m., John, 
émsalem,/., Jérusalem. 
ésus, m,, Jésus. 

t, m,f jet; — d'eau, fountain. 
jeter, to throw, cast, throw 

down. 
Jeter (se), to throw oneself, 

empty (of rivers). 
^u, m,j game, play. 
jeune, young. 
jeunesse,/, youth. 
joie,/., joy; transporter de —, 

to be transported with joy. 
Joindre, to join, add, clasp (of 

hands). 
joint -^, clasped. 
; oli 7e, prettv. 
; oliment, well, prettily. 
; onc, m.f rééd. 
jouer, to play. 
joug, m., yoke. 
ouir, to enjoy. 
our, m,^ day, daylight; en plein 

— , in broad daylight ; donner 

le — , to give birth ; tous les 

— 8, every day. 
journée, /., day; c'était une 

belle — , it was a fine day. 
joyeusement, joyously. 
joyeu-x -se, cheerful, joyfid. 
juge, m,, judge. 
juger, to judge. 
jui-f -ve, Jew. 
Julien, m,, Julian. 
jument,/., mare, 
jurer, to swear. Qawyer. 

jurisconsulte, m., jurisconsult, 



jusque, to, up to, untU, even to; 
— dans, as far as; jusqu'à, 
as far as, as many as, even; 
jusqu'en, even in; — ^là, so 
far; jusqu'à œ que, until. 

juste, just, exactly; équitable; 
tout — , exactly. 

justement, exactly. 

justice,/., justice; palais de — , 
court-house. 



kilogramme, m.^ kilogram(about 

two pounds). 
kilomètre, m., about three-fifths 

of a mile. 



la, the, her, it. 

là, there; — ^bas, over there; 

par — , thereabout, in that 

direction. 
laborieusement, laboriously. 
laborieu-x -se, industrious, la- 

borious. 
laboureur, in., plowman, farm- 

hand. 
lac, m., lake. 
lâchement, cowardly. 
là-dessous, hère under, there 

under. 
laid -e, ugly, homely. 
lainage, m,, woolen stuff. 
laine,/., wool. 
laisser, to leave, let, give, leave 

alone. 
laisser (se), to let oneself, allow 

oneself. 
lait, m,y milk. 
laiterie,/, dairy-room. 
lame, /., sheet (of iron), wave, 

billow. 
lampe,/., light, lamp. 
lance,/., spear, lance, 
lancer, to dart, shoot, throw. 
lancer (se), to dart, spring. 



VOCABULARY 



191 



langue,/., tongue, language. 

languir, to pine, languish. 

lanterne,/., lantern. 

lard, m,f bacon. 

large, m., breadth; au — , in 

the open sea. 
largement, widelv, broadly. 
larme,/., tear; emu jusqu'aux 

— s, moved to tears. 
las -se, tired. 

lasser (se), to tire, get tired. 
laurier, m,, laurel. 
lave,/., lava. 
layer, to wash. 
laver (se), to wash oneself. 
le, the, him, it. 
leçon,/., lesson. 
lect-eur -rice, reader. 
lecture,/., reading. 
lég-er --ère, light. slight, weak. 
légèrement, lightly, nimbly. 
légion,/., légion. 
législateur, m., legislator, law- 

maker. 
législati-f -ve, législative ; Corps 

— , the House of Deputies. 
légume, m.f vegetable. 
légumineu-x -se, leguminous. 
lendemain, m., the next day. 
lent -e, slow. 
lentement, slowly. 
lequel, laquelle, lesquels, les- 
quelles, whom, which. 
les, the, them. 
lestement, quickly. 
lettre,/., letter, 
leur, them, to them. 
leur -s, their. 
levant, rising. 
lever, to raise. 
lever (se), to rise. 
lèvre,/., lip. 
liasse,/., bundle, roll. 
libérer (se), to be liberated, 

freed. 
liberté,/., freedom, liberty. 
lieu, m.f place, village; au — de, 

instead'of; avoir — , to take 



place; tenir — , to take the 

place. [miles), 

lieue, /., league (about three 
ligne,/., line. 
lime,/.» file, 
limer, to file. 
limite,/., limit, bound. 
limon, m., slime, ooze. 
lin, m,f flax. 
linge, m., linen. 
lion, m., lion, 
lire, to read. 
lit, m,, bed; grand — , double 

bed; se mettre au — , to go 

to bed. 
litre, m,, litre (about a quart), 
livre,/., franc, pound. 
livre, m.f book. 

livrer, to deliver, betray, give up. 
livrer (se), to deliver oneself up, 

surrender, be fought (of bat- 

tles). 
livret, m,y little book. 
locomotive,/., locomotive, 
logement, m., lodging, apart- 

ment. 
loger, to lodge. 
loi,/., law. 
loin, far; tout au — , very far; 

plus — , f urther ; de — , au — , 

in the distance, from afar; — 

de, far from. 
lointain, m., distance; dans le 

— , in the distance, 
loisir, m.f leisure. 
long, m,f length ; tout le — , ail 

along. 
long -ue, long, 
longer, to run along. 
longtemps, long, a long time; 

assez — , quite a while. 
longuement, at length, long, a 

long time. 
longueur, /., length. 
longue-vue, /, spy-glass, small 

télescope. 
Lorrain -e, an inhabitant of 

Lorraine. 



192 



VOCABULARY 



Lorraine,/., Lorraine, 
lors, then. 
lorsque, when. 
louange,/., praise. 
louer, to rent. 
Louis, m. y Lewis. 
loup, m.f wolf. 
lourd -e, heavy. 
lourdement, heavily. 
loyalement, loyally, faithfully. 
lucarne, /.| garret window. 
lueur,/, light, glimmer. 
lugubre, gloomy, moumful, lu- 
, gubrious. 
lui, him, to him, of him, he, her, 

to her ; chez — , to his house. 
lui-même, himself. 
lumière,/., light. 
lumineu-x -se, luminous, bright. 
lune, /., moon; clair de — , 

moonlight. 
lunettes, / //«r., spectacles. 
Lutèce, /., the former name of 

Paris, 
lutte,/, struggle, fight. 
lutter, to struggle, fight. 
lycée, m., collège, lyceum. 
Lyon, m,f Lyons. 



machine, /., machine, engine, 

machinery ; — à vapeur, 

steam engine. 
madame,/, Madam, Mrs. 
magasin, m., store, powder 

magazine, 
magnifique, magnificent. 
main,/, hand; battre des — s, 

to clap one's hands. 
maintenant, now. 
maintenir, to maintain. 
maintenir (se), to hold back, 

hold out. 
maire, m.y mayor. 
mairie,/, city hall. 
mais, but. 



maison, /., house; — de cam- 
pagne, country-house, couiv 
try-seat. 

maiire, m., master. 

majesté,/, majesty. 

mal, badly. 

mal, m., harm, pain ; se donner 
du — , to take pains ; n'ayoir 
pas de — , not to be hurt; 
faire du — , to hurt. 

malade, m./,, patient, sick per- 
son. 

malade, ill, sick. 

maladie,/, disease, malady. 

mâle, manly. 

malgré, in spite of. 

malheur, m., misfortune, catas- 
trophe; par — , unfortunate- 

malheureusement, unhappily, 

unfortunately. 
malheureu-z -se, unhappy, un- 

fortunate. 
malle,/, trunk. 
malsain -e, unhealthy. 
maman,/, mamma. 
manger, to eat. 
manier, to handle, work. 
manquer, to be wanting, lack. 
manœuvre, /, handling, work- 

ing (of ships). 
mansarde,/, garret. 
manteau, m.^ cloak, overcoat. 
manufacture,/, manufactory. 
manuscrit -e, manuscript. 
marchand -e, merchant. 
marchandise, /, merchandise, 

goods. 
marche,/, march,walk, march- 

ing, travelling; se mettre en 

— , to start out ; en — , in mo- 
tion, 
marché, 1»., market, bargain, 

market-place ; bon — , cheap, 

cheaply, cheapness. 
marcher, to walk, march, gc, 

ride, progress, sail. 
maréchal, m., marshal. 



VOCABULARY 



193 



mariy m,^ husband. 

Marie,/., Marie, Mary. 

marin, m., sailor. 

marine, /., navy; charpentier 
de — , boat carpenter. 

marinier, m., mariner. 

maritime, maritime, naval. 

marmite,/., kettle. 

marquer, to write down, mark. 

Marseille,/., Marseilles. 

marteau, m. y hammer. 

marteau-pilon, m,^ trip-hammer. 

masque, m., mask. 

massacre, m., massacre. 

massacrer, to massacre, slaugh- 
ter. 

masse,/., mass, block. 

mât, m.y mast. 

matelas, m., mattress. 

matelot, m., sailor. 

maternel -le, motherly. 

mathémathiques,/.//Mr., math- 
ematics. 

matin, m., moming; de bon — , 
de ^and — , early in the mom- 
ing; tous les — s, every mom- 
ing. 

matinal -e, early. 

mauvais -e, bad, poor, rough 
(of the sea). 

maxime,/., maxim. 

mécanique, /., machinery, me- 
chanics. 

médecin, m.y physician. 

médecine,/., medicine. 

méditer, to think over, medi- 
tate. 

Méditerranée,/., Mediterranean. 

méfier (se), to distrust. 

meilleur -e, better; le — , the 
best. 

mêlée,/., battle, melee. 

mêler, to mix, mingle. 

mêler (se), to be mingled, mixed. 

membre, /»., member. 

même, same, very, even, self, 
itself; tout de — , just the 

I same, however. 



mémoire,/., memory. 
menace,/., threat. 
menacer, to threaten. 
ménagère,/., housewife, house- 

keeper. 
mener, to lead, conduct, take. 
mépris, m., contempt, scorn. 
mer, /., sea; pleine — , open 

sea; bain de — , sea bath. 
merci, thanks ; Dieu — , thanks 

God. 
mère,/., mother. 
merveille, /., marvel; à — , 

wonderfuUy well. 
merveilleusement, marvellous- 

ly- 

merveilleu-z -se, marvellous. 

messag-er -ère, messenger, car- 
rier; pigeon — , carrier-pig- 
eon. 

mesure,/., measure; à — que, 
in proportion as. 

mesurer, to measure. 

métallique, metallic; treillis — , 
wire petting. 

métier, m.y trade, loom, business. 

mètre, m., mètre (a little over a 
yard). 

métropolitain -^, metropolitan. 

mets, m,y dish. 

mettre, to put, put on (of cloth- 
ing), put in, take. 

metSe (se), to begin, set to, put 
oneself. 

meuble, fn.^ pièce of fumiture^ 

meurtri -e, bruised, contused. 

Michel, m,y Michael. 

microscope, m.y microscope. 

midi, m.y midday, noon, South. 

miel, m.y honey. 

mieux, better ; de — en — , bet- 
ter and better; de son — , to 
his best. 

milieu, /»., middle; au beau — , 
in the very middle. 

militaire, military. 

mille, thousand. [lions. 

milliard, m, y one thousand mil- 



194 



VOCABULARY 



millier, m.^ thousand. 

million, m,, million. 

mince, slender, small. 

mine, /.» appearance, mien, 

mine. 
minerai, m.y ore: 
minéral -e, minerai, 
mineur, m., miner, 
ministre, m.^ minister. 
minute,/., minute, 
minutieu-z -se, minute. 
miroiter, to shine, reflect the 

light. 
misère, /., misery, misfortune, 

poverty. 
mission,/., mission. 
mistral, w., North-West wind. 
Mme. = Madame, 
mobilier, m.^ fumiture, set of 

furniture. 
modèle, m,y modal. 
modeste, modest, unassuming. 
modestie,/., modesty. 
modique, small, moderate. 
moi, me, to me, I; chez — , at 

my house. 
moi-même, myself. 
moins, less ; du — , au — , at least ; 

de — , too little. 
mois, m.j month. 
moitié,/., half. 
moment, m., moment, time; 

au — même, at the very time, 

moment, 
mon, ma, mes, my. 
monde, m., world, people; tout 

le — , everybody. 
monotone, monotonous. 
Monseigneur, m,, Mylord. 
Monsieur, m., Mr., Sir. 
mont, m.y mount. 
montagne,/., mountain. 
montagneu-x -se, mountainous, 

hilly. 
montant -e, rising, ascending. 
monter, to ascend, go up hill, go 

up. 
montre,/., watch.* < 



montrer, to show, point out. 

montrer (se), to show oneself, 
appear. 

montueu>x -se, hilly, moun- 
tainous. 

monument, m., monument, build- 
ing, édifice. 

moquer (se), to laugh at. 

morceau, m.y pièce, fragment. 

moribond -e, dying person. 

mort,/., death; à — , fatally. 

mort -e, dead. 

morue,/., cod. 

mot, m,y Word. 

motif, m.y motive, reason. 

mouchoir, m.^ handkerchief. 

mouillé -e, wet. 

mouiller, to wet. 

moule, /»., mold. 

moulin, m.y mill. 

mourir, to die. 

mouton, m. y sheep. 

mouvement, m., move, ma- 
nœuvre, movement, motion, 
activity, bustle; mettre en 
— , to move, put in motion; 
se mettre en — ,*to run. 

moyen, m.y means, possibility; 
au — de, by means of. 

mugir, to roar. 

mulet, m.y mule. 

multitude,/., multitude. 

munir, to provide, provide 
with. 

munitions, /. plur.^ ammuni- 
tion. 

mur, m.y wall. 

mûr -e, ripe. 

muraille,/., wall. 

mûrir, to ripen. 

murmurer, to murmur. 

museau, m.y nose (of animais). 

musée, m.y muséum, art gal- 
lery. 

musique,/., music. 

musulman -e, Mussulman. 

mutilé -e, mutilated. 

mjrrte, »*., myrtle. 



VOCABULARY 



195 



N 



naissance,/., birth. 
naître, to bc born. 
naïvement, naively, candidly. 
naïveté, /., simplicity, artless- 

ness. 
Napoléon, Napoléon. 
nappe,/., sheet (of water). 
naquit, see naître, 
natal -e, native, 
nation,/, nation. 
national -e, national, 
nature, /., nature, 
naturel -le, natural. 
naufrage, m., shipwreck. 
naufragé -e, shipwrecked per- 

spn. 
naval -e, naval, 
navette,/., shuttle, rape-seed. 
navigateur, m., navigator. 
navigation,/., navigation. 
naviguer, to navigate, sail. 
navire, »f., ship, vessel; — de 

commerce, merchantman; — 

à vapeur, steamship. 
ne . . . pas, no, not; — ... que, 

only. 
né -e, see naître, 
néanmoins, nevertheless. 
nécessaire, necessary. 
nécessité,/., necessity. 
négliger, to neglect. 
nègre, m., negro. 
neige, /., snow. 
nerveu-z -se, nervous. 
net -te, neat, clean. 
neuf, nine. 
neu-i -ve, new; tout — , brand- 

new. 
neveu, m., nephew. 
ni . . . ni, neither . . . nor. 
noble, noble. 
noblement, nobly. 
nocturne, nocturnal, of the night. 
noir -e, dark, black. 
noirâtre, blackish. 
noircir, to blacken. 



noix,/., nut. 
nom, m., name. 
nombre, m., number. 
nombreu-x -se, numerous. 
nommer, to name, call, appoint» 

make. 
nommer (se), to be called. 
non, no, not. 
nord, m., North. 
nord-H>uest, North-West. 
normal -e, normal, 
normand -e, of Normandy. 
Normandie,/, Normandy. 
notable, m., notable, leading 

man. 
notre, nos, our. 

nôtre, le, la ; nôtres, leç, ours. 
Notre-Dame,/, Our Lady. 
nourrir, to feed. 
nourriture,/, board, food, feed. 
nous, we, us, to us ; chez — , at 

home, in our country. 
nouveau, nouvel -le, new ; de — , 

anew, again ; du —, something 

new. 
nouvelle,/, news, 
noyer, ;/i., walnut tree. 
nu -e, bare; pieds -s, bare- 

footed. 
nuage, m., cloud. 
nuageu-x -se, cloudy. 
nuire, to harm, préjudice, hurt. 
nuit, /., right. 
nul -le, no, not any. 



obéir, to obey. 
Objection,/, objection, 
objet, m., object, article. 
Obligeant -e, obliging. 
obliger, to oblige, compel, de- 

mand. 
obscur -e, dark, obscure. 
Obscurcir (s')y to grow dark. 
obscurité, /., darkness, obscu- 

rity. 



196 



VOCABULARY 



obseryat-eur -rice, observing. 
obseryer, to observe, watch, 

notice, 
obtenir, to obtain, get. 
occasion,/., chance, occasion, 
occupation,/., work, occupation. 
occupé -e, busy. 
occuper, to give employment, 

occupy. 
occuper (s') 9 to mind, pay at- 
tention, 
océan, m., océan. 
Océanie,/., Oceania. 
octobre, m., October. 
odeur,/., odor. 
odieu-x -se, odious, hateful. 
odorant -e, fragrant, odorifer- 

ous. 
œil, m.f eye ; coup d* — , glance ; 

en un clin d'— , in the twin- 

kling of an eye. 
œillette,/., fieid poppy. 
œuf, w., egg. 
œuvre,/., work. 
officier, m., officer. 
offre,/, offer. 
offrir, to offer, présent. 
offrir (s'), to offer oneself. 
Ohl 01 hol 
oignon, m,, onion. 
oiseau, m., bird. 
olivier, w., olive tree. 
ombrage,/, shade. 
ombrager, to shade. 
ombre,/, shade, shadow. 
omelette,/, omlet. 
omnibus, m., omnibus. 
on, one, people, they. 
oncle, m,^ uncle. 
onduler, to wind, roll (of 

ground). 
onze, eleven. 
onzième, eleventh. 
opposer, to oppose, compare, 
optique,/, optics. 
or, m.f gold; d* — , golden, 
orage, w., storm ; d'— , stormy. 
oranger, m., orange tree. 



ordinaire, ordinary; d' — , usn- 

ally ; comme d' — , as usually. 
ordonner, to order, command. 
ordre, xv., order, rank. 
oreille, /.,,ear; prêter V — , to 

listen caref uUy ; boucles d' — , 

ear-ringSi 
organiser, to organize. 
orgue, m.^ organ. 
Orient, m.. Orient, East. 
Orléanais, m.t the country 

around Orléans. 
ornemental -e, omamental. 
ornementation, /., prnamenta- 

tion. 
orner, to adom. 
orphelin -e, orphan. 
oser, to dare. 
osier, m.^ willow. 
où, where, when; d' — , from 

where, whence. 
ou, or. 

oublier, to forget. 
ouest, m,, West, 
oui, yes. 
outil, m,y tool. 
outrage, //t., outrage, 
ouvert, see ouvrir, 
ouvrage, m.^ work. 
ouvri-er -ère, working-man, 

working-woman, working. 
ouvrir, to open. 
ouvrir (s*), to be opened, open 

oneself, open. 



paille,/., straw. 

paiement, m.^ pay ment, salary. 

pain, m., bread, loaf of bread. 

paître, to graze. 

paix,/, peace. [court-house. 

palais, m.y palace; — de justice^ 

pâle, pale. 

palmier, m,, palm tree. 

panier, m,y basket. 

panorama, /»., panorama. 



VOCABULARY 



Ï97 



panser, to dress (of lÀrounds), 

treat. 
pantalon, m,, trousers, panta- 

joons. 
panthère,/., panther. 
pantoufle,/., slipper. 
papa, m.f papa. 
pape, m., pope, 
papeterie,/., papermill. 
papier, m,^ paper. 
paquebot, m., steamer. 
paquet, m,, package, bundle. 
par, by, on, through, over, in, 

for. 
paradis, m.^ paradise, heaven. 
paraître, to look, seem, appear; 

faire — , to publish, write. 
parapluie, m., umbrella. 
parasol, m., parasol. 
parbleu, well, why, indeed. 
parc, m», park. 
parce que, because. 
parcourir, to go through, run 

over, glance over, look over, 

go over. 
par-dessus, over. 
pardonner, to pardon, forgive. 
pareil -le, like, such, similar, 

alike,equal; tout — , just the 

same. 
parent ~e, relative ; — s, parents. 
parer (se), to adorn oneself. 
paresseu-x -se, lazy person, 

idler. 
parfait -e, perfect. 
I>arfois, sometimes. 
parier, to bet, wager. 
parlementaire, m., bearer of a 

flag of truce, parliamentary. 
parler, to speak. 
parmi, among, in the midst of. 
parole, /., word ; adresser la — 

à, to speak to; tenir — , to 

keep one's word. 
part, /., part, share ; de toutes 

— s, on ail sides ; faire — , to 

share; à — , aside; d'autre 

— , on the other hand. 



partagé -e, endowed. 

partager, to share. 

parti, m., décision, profit, advan- 

taçe. 
partie,/., part, game, division, 
partir, to go, leave, corne; à — 

de, from, to start from. 
partout, everywhere. 
parvenir, to succeed, arrive. 
pas, m., step, threshold; mettre 



un cheval au 



to walk a 



horse; au — , walking; — à 
— , step by step ; faire quel- 
ques — , to take a few steps. 

pas, no, not ; ne . . . — , not. 

passage, m., passage. 

passant -e, passer-by, pedes- 
trian. 

passer, to pass, cross, spend (of 
time) ; — en, to cross over. 

passer (se), to take place, hap- 
pen. 

pâte,/., pasty, paste. 

paternel -le, patemal, fatherly. 

paternellement, fatherly, pater* 
nally. 

patience,/., patience. 

patient -e, patient. 

pâtisserie,/., pastry. 

pâtissier, m., pastry cook. 

pâtre, m, y shepherd. 

patrie,/., fatherland, country. 

patriote, m, /., patriot. 

patron, m,^ employer, master, 
captain (of boats). 

pâturage, m., pasture, pasture- 
ground. 

paupière,/., eyelid. 

pauvre, poor. 

pavillon, m.^ flag. 

payer, to pay. 

XMiys, m,, country, home, land. 

IMiysage, m., landscape. 

paysan -ne, country man, coun- 
trywoman, peasant. 

peau,/., skin. 

pêche, /., f ishing ; bâtiment de 
—, f ishing vessel. 



200 



VOCABULARY 



premi-er -ère, first. 
prendre, to take, capture, seize, 
prendre (se), to begin. 
préoccupé -e, preoccupied, ab- 

sorbed. [mind. 

préoccuper, to preoccupy the 
préparatif, m., préparation. 
préparer, to prépare. 
préparer (se), to prépare one- 

self, get ready. 
près, near ; tout — , quite near ; 

— de, nearly, almost. 
présence,/., présence. 
présent (à), at présent, now. 
présenter, to présent, 
présenter (se), to présent one- 

self, arrive, 
président, m., président, 
presque, almost. 
presqu'île, /., peninsula. 
presser, to press. 
presser (se), to be crowded, 

crowd. 
prêt -e, ready. 
prêter, to lend, loan. 
preuve,/., proof. 
preux, m.f gallant knight. 
préyenir, to impress, prédis- 
pose, warn, inform. 
prévision, /., prévision, 
prier, to pray, beg, ask. 
prière,/, praver. 
prince, m., prince. 
principal -e, principal, 
principalement, principally, 

especially. 
printemps, m., spring. . 
prison,/, prison, jail. 
prisonni-er -ère, prisoner. 
privation, /., privation, depriva- 

tion. 
privé -e, private, personal. 
prix, m.f price. 
probablement,' probably. 
probité,/, probity, honesty. 
procès, m.f trial. 
prochain -e, near. 
proclamer, to proclaim. 



procurer (se), to procure, get. 

produire, to bring forth, pro- 
duce, product. 

produire (se), to be made, pro- 
duce. 

produit, m.f product, produce. 

professeur, m., proféssor. 

profit, m,, profit, gain. 

profiter, to take advantage^ 
profit. 

profond -e, profound, deep. 

profondément, soundly, pro- 
foundly. 

progrès. Pi,, progress, headway. 

projet, m., Project, plan. 

prolonger (se), to be prolonged, 
ex tend, last. 

promenade,/, promenade, out- 
ing, public garden, square, 
walk. 

promener, to lead through, take 
out. 

promener (se), to walk, prome« 
nade. 

promeneu-r -se, piomenader, 
walker. 

promesse,/, promise. 

promettre, to promise. 

promettre (se), to promise one 
another. 

prononcer, to pronounce, utter, 
speak. 

proposer, to propose. 

proposer (se), to propose, intend, 
offer oneself, propose oneself . 

proposition, /, proposai, prop- 
osition. 

propre, own, clean, neat, calcu- 
lated, fitted, qualified, suit- 
able, proper. 

proprement, cleanly. 

propriétaire, m, /, proprietor, 
owner, land-owner. 

propriété, /., property. 

prospèie, prospérons, thriving. 

prospérité,/, prosperity. 

protéger, to protect, défend. 

Provid'^nce,/, Providence. 



VOCABULARY 



201 



proyince,/., province. 

prOYision, /., provision. 

prune,/., plum. 

prunier, plum tree. 

Prusse,/., Prussia. 

prussien -ne, Prussian. 

pu, see pouvoir. 

publi-c -que, public 

publier, to publish. 

puis, then. 

puisque, since, as. 

puissant -e, powerf ul. 

puisse, see pouvoir. 

puits, m., well, pit, shaft (of 

mines). • 

pur -e, pure, 
pût, see pouvoir, 
puy, m., a volcanic formation 

looking like a well. 
Pyrénées, /. plur.y Pyrénées. 



quai, m., quay, wharf. 

qualité,/., quality. 

quand, when. 

quant à, as to. 

quantité,/., quantity, number. 

quarantaine,/., about forty. 

quarante, forty. 

quart, m., quarter, fourtb* 

quartier, m., quarter. 

quatorze, fourteen. 

quatre, four. 

quatre-vingts, eighty. 

que, that, which, whom, than, 

but, bow much, many, how. 
quel -le, quels, quelles, what, 

which, who. 
quelque, some, few, whatever. 
quelqu'un -e, some one, some- 

body. 
quenouille, /., distaffful, spin- 

ning-wheel. 
question,/., question, 
questionner, to question, ask 

questions. 



queue,/., tail. 

qui, that, which, when, whom. 

quille,/., keel. 

quincaillerie, /., hardware. 

quinze, f if teen. 

quitter, to leave. 

quitter (se), to part. 

quoi, what; de — , enough; 

— que, whatever. 
quoique, although. 
quotidien -ne, daily. 



R 



rabot, m,y plane, 
raboter, to plane, 
raccourci, /»., short eut. 
race,/., race, breed. 
racheter, to redeem. [self, 

racheter (se), to redeem one- 
raconter, to tell, relate. 
rade,/., road, roadstead. 
radieu-x -se, radiant. 
rafale,/., squall ; — d'eau, driv- 

ing rain, blast of rain. 
raffinerie,/., refinery. 
rafraîchir (se), to refresh one- 

self, get refreshed. 
raisin, «»., grape. 
raison, /., reason ; avoir — , to 

be right. 
rajuster, to push up, readjust. 
rallumer (se), to be lighted 

again. 
rame,/., oar. 
ramer, to row. 
rançon,/., ransom. 
rançonner, to ransom. 
rang, m., r^nk. 
rangée,/., row. 

ranger, to put in order, arrange, 
ranger (se), to move aside. 
ranimer, to stir up. 
rapide, steep, rapid. 
rapidement, rapidlv, quickly. 
rappeler, to call oack, recall, 

remind. 



202 



VOCABULARY 



rappeler (se), to remember. 
rapport, m., resemblance. 
rapporter, to bring back» bring, 

yield. [again. 

rapprocher (se), to corne near 
ras (au — de), levai with. 
rassembler, to gather up, call 

together ; — tout son courage, 

to summon ail one's courage. 
rassembler (se), to meet. 
rassuré ~e, tranquillized, réas- 
surée!; peu — , somewhat anx- 

ious. 
rat. M; rat. 

rattraper, to catch up, make up. 
ravenelle,/., wall-flower. 
ravir, to delight. 
rayon, m,, ray. 
réaliser (se), to be realized. 
récent, -e, new, récent, 
recevoir, to receive. 
rechange, m., spare things; 

vêtements de — , spare clothes. 
réchauffer, to warm up. 
recherche, /., research, looking 

around. 
récit, m., narration, account, 

story. 
réclamer, to demand, claim. 
récolte,/., crop, harvest. 
récolter, to gather, harvest. 
recommandation,/., recommen- 

dation. 
recommander, to recommend. 
recommencer, to begin again. 
récompenser, to recompense, re- 

ward. 

fort, 
réconforter, to cheer up, com- 
reconnaissance,/., gratitude, 
reconnaissant -e,grateful,thank- 

ful. 
reconnaître, to recognize; s'y 

— , to find one*s way. 
reconnaître (se), to know where 

one is, collect oneself. 
recouvrer, to regain, recover. 
recouvrir, to cover. 



recueillir, to collect, gather, pick 

up. 
redescendre, to go down again. 
redevenir, to become again. 
redouter, to redoubt, fear. 
refaire, to make again, do again. 
refermer, to close again. 
réfléchir, to reflect, think over. 
reflet, m,, reflection. 
réflexion, /., thinking, thought, 

reflection. 
refroidir (se), to get cold, cool 

down. 
refuser, to refuse, 
regagner, to reach, rejoin. 
regard, m,, glance, look, 
regarder, to look at, gaze upcn. 
regarder (se), to look at one an- 

other. 
régiment, m,, régiment, 
règle, /., rule ; en — , regular, 

in due form, in agreement 

with the law. 
régler, to settle. 
régner, to reign. 
régulariser, to make regular, lé- 
gal ; put in order. 
régulièrement, regularly. 
règne, m.^ reign. 
regret, m,, regret, 
rejoindre, to meet. 
réjoui -e, merry, cheerful. 
réjouir (se), to rejoice. 
relâche, m., relaxation, rest. 
relever, to raise, pick up, restore, 
relever (se), to rise again, get 

up. 
relier, to connect, unité. 
relieur, m., bookbinder. 
reliure,/., bookbinding. 
reluire, to shine, glitter. 
reluisant -e, shining, brilliant. 
remarquable, remarkable. 
remarquer, to notice; se faire 

— , to attract notice, 
rembourser, to refund, reim- 

burse, repay. 
remède, m., remedy. 



VOCABULARY 



203 



remercier^ to thank. 

remettre, to remit, give, restore, 

regain, put again, make well. 
remettre (se), to start again, be- 

gin again. 
remonter, to mount again, as- 

cend, enter (of carriages). 
rempart, m., rampart. 
remplir, to f ill, f ulfil. 
remporter, to carry away, get; 

— une victoire, to get a vie- 
tory, 
remuer (se), to move, stir. 
renard, m., fox. 

rencontre, /c^ encounter, battle. 
rencontrer, to meet, meet with. 
rencontrer (se), to be met with, 

be found. 
rendez-YOUs, m. y appointment, 

meeting ; donner un — , to 

make an appointment. 
rendre, to render, make, return, 

give back, surrender, pay (of 

visits). 
rendre (se), to make oneself, go, 

surrender. 
rendu -e, arrived. 
renfermer, to inclose, contain, 

include. 
renommé -e, renowned. 
renommée,/*., renown, famé. 
renouYeler, to renovate, renew. 
renseignement, m., information. 
rentrer, to enter again, go back, 

reënter, go home. 
renverser, to upset, throw down. 
renvoyer, to send back. 
répandre, to spread. 
répandre (se), to be distributed, 

be scattered. 
reparaître, to come on again, re- 

appear. 
réparer, to repair, make up, re- 

cruit (of strength). 
repartir, to start again, return. 
repas, /»., meal, repast. 
repasser, to look in again, go 

over. 



repentir (se), to repent.' . 

répéter, to repeat. 

replier, to fold again, furl (of 

sails). 
répondre, to answer, reply, as* 

sure. 
réponse,/., answer, response. 
repos, m,f rest, repose. 
reposer, to rest. 
reposer (se), to rest. 
repousser, to repuise, drive 

back. 
reprendre, to résume, take up 

again, take again, recover, go 

on. 
représenter, to represent, per- 

form. 
reproche, m., reproach. 
république,/., republic, 
réputation,/., réputation. 
réserve, /., reserve, provision, 

savings. 
réserver, to réserve, 
résidence,/, résidence. 
résider, to réside, 
résistance,/., résistance, 
résister, to resist. [lute. 

résolu -e, stout-hearted, reso- 
résolument, resolutely. 
résolut, seé résoudre, 
résolution, /, resol u tion. 
résoudre, to résolve,' décide, 

make one's mind up. 
résoudre (se), to décide, make 

one's mind up. 
respecter, to respect, 
respiration,/., breathing. 
respirer, to breathe. 
ressembler, to resemble look 

like. 
ressentir, to expérience, feel. 
ressentir (se), to feel the effects 

of. 
ressort, m., spring. 
ressource,/., resource, 
restaurant, m.j restaurant, 
reste, m., rest, remainder; dtt 

— , beside, moreover. 



204 



VOCABULARY 



rester, to remain; en — , to 

stop. 
résumer, to sum up. 
retard, m., delay ; en — , late. 
retenir, to hold, f ix, keep back, 

retain, 
retenir (se), to refrain, keep 

from. 
retentir, to resound, écho, 
retirer, to draw out, pull out, 

extract, withdraw. 
retirer (se), to withdraw, fall 

back. 
retomber, to fall back, fall 

again. 
retour, m., retum ; au — , ai ter 

retuming. 
retourner, to go back, retum. 
retourner (se), to turn around. 
retraite,/., retreat. 
retranchement, m., intrench- 

ment. 
retrouver, to find again, find, 

meet again. 
retrouver (se), to find oneself 

again, be again. 
réunir, to gather, put together, 

unité, collect. 
réunir (se), to meet. 
réussir, to succeed, be success- 

ful. 
revanche (en), on the other 

hand. 
rêve, m.f dream. 
réveil, m., awakening. 
réveiller, to awake. 
réveiller (se), to wake up. 
revendre, to sell again, resell. 
revenir, to go back, corne back, 

retum. 
revenu, m., income. 
revêtir, to put on, don. 
revêtu -e, clad. 
revoir, to see again 
revoir (se), to see one another 

again. 
révolté -e, revolted. 
révolution,/., révolution. 



riche, rich, wealthy. 

richesse, /., wealth, ri<:hness, 

riches. 
ridé -e, wrinkled. 
rien, nothing, anything. 
rigole,/., trench, furrow, little 

ditch. 
rigoureu-x -se, severe, rigorous. 
rire, m., laughter. 
rire, to be pleasant, smile, laugh. 
rire (se), to laugh at. 
risquer, to risk, run the risk. 
rival, m.^ rival. 

rivaliser, to rival, compete, vie. 
rivière,/., river, 
robuste, strong, robust. 
roc, m,f rock, 
rocher, xv., rock, 
roi, ^^M king. 
Romain -e. Roman, 
rompre, to break, 
rond ~e, round. 
ronfler, to roar (of stoves). 
rosace,/., rose, rose-work. 
rosée,/., dew. 
rosier, m., rosebush. 
rotonde,/., rotunda. 
roue,/., wheel. 
rouge, red-hot, red. 
rougir, to blush, 
rouleau, x»., roll, roller. 
roulement, m,f roUing, rumblîng, 

roaring. 
rouler, to roll, tumble. 
roussin, m., donkey. 
route, /., way, road, distance; 

grande —, nighway ; faire la 

— , to travel; en — , on the 

way; se remettre en — , to 

start out again. 
rou-x -sse, red, reddish, tawny. 
royal -«, royal. 
ruban, m., strip, ribbon. 
ruche,/., beehive. 
rude, coarse, rude, hard. 
rue,/, Street, 
ruine,/., ruin. 
ruiner, to ruin. 



VOCABULARY 



205 



ruissean, m., stream, gutter, 

brook. 
rustique, rural, rustic. 



sable, m., sand. 

sabotier, m., wooden-shoe maker. 

sabre, m.^ sabre. 

sac, m.^ sack, bag. 

sachant, see savoir. 

sachez, see savoir. 

sacrer, to crown. 

sacrifice, m,^ sacrifice. 

sage, wise. 

sagesse,/., steadiness. 

saillie,/., repartee, witticism. 

saint ~e, saint. [^urg. 

Saint-Pétersbourg, Saint Peters- 

saisir, to grasp, seize. 

salade, /., salad, lettuce, herb, 

green. 
salaire, m.j salary, wages. 
salé -e, sait, 
salle,/., hall, room. 
saluer, to salute, bail, 
samedi, m.j Saturday. 
sang, tn.y blood. 
sang-froid, m. y coolness, self- 

control. 
sanglant -e, bloody. 
sans, without. 
santé,/, health. 
sapin, m., fir-tree. 
sardine,/, sardine, 
satisfaction,/., satisfaction, 
satisfait -e, satisf ied. 
sauf, except. 
saurez, see savoir, 
saut, m,t leap, jump; faire un 

— , to leap, take a leap. 
sauter, to jump, leap, explode; 

faire — , to blow up. 
sauvage, savage, wild. 
sauver, to save. 
savant -e, scientist, savant, 

learned, scientific. 



Savoie,/., Savoy. 

savoir, to know, be able, can, 

know how. 
savourer, to relish. 
sceau, /»., seal. 
scène,/., scène. 
science,/, science, 
scrupuleusement, scnipulously. 
sculpter, to carve. 
sculpteur, m., sculptor. 
sculpture,/, carving, sculpture, 
s-ec -èche, dry. 
sécher, to dry. 
second, m.y third floor. 
second -e, second, 
secouer, to shake off, shake. 
secourir, to help, succor. 
secours, m., help; au — 1 help! 
secousse,/, jerk, shock. 
secret, m,, secret ; en — , secret- 

secr-et -ète, secret. 

seigle, m. y rye. 

seigneur, m., lord. 

seize, sixteen. 

séjour, m., résidence, seat, stay, 

sojourn. 
sel, fn.j sait. 
semaine, /, week, 
sémaphore, m., sémaphore, 
semblable, similar, like. 
sembler, to seem. 
semence,/, seed. 
semer, to strew, dot, scatter. 
semoule,/, farina, semoule, 
sénateur, m.y senator. 
sens, m., sensé, direction, 
sentence,/, sentence, 
sentier, m., path. 
sentiment, m., sentiment, feel- 

ing. 
sentir, to feel. 
sentir (se), to feel oneself. 
séparer, to separate. 
séparer (se), to part, 
sept, seven. 

septembre, m.y September. 
septième, seventh. 



206 



VOCABULARY 



série,/., séries. 

sennent, m., oath. 

serre,/., green-house, hot-house. 

serrer, to press. 

Serrer (se), to corne close. 

serrure,/., lock. 

serrurerie,/., locksmith's art. 

serrurier, ji»., locksmith. 

seryante,/., servant girl. 

service, f»., service. 

serviette,/., napkin. 

servir, to serve, help. 

sejrvir (se), to use. 

seuil, m., threshold. 

seul -e, alone, only, single. 

seulement, only. 

si. so, if. 

siècle, m., century. 

siège, m.f siège. 

siéger, to sit (of assemblies). 

sien -ne, le, la ; siens, siennes, 

les, his, hers, its. 
sifflement, /»., whistling, hiss- 

ing. 
siffler, to whistle. 
signal, m.f signal, 
signature, /., signature. 
signe, m., sign. 
signer, to sign. 
silence, m., silence; garder le 

— , to remain silent. 
silencieu-x -se, silent. 
sillon, m., hollow, f urrow. 
sillonner, to plough, furrow. 
simple, simple, silly, single- 

minded. 
simplement, simply. 
simulé -e, sham. 
singe, m.f monkey. [liar. 

singuli-er -ère, singular, pecu- 
sinon, if not. 
sire, m.f Sire, sir. 
site, m., site, landscape, scenery. 
situation,/., situation, 
situé -e, situate. 
six, six. 
sixième, sixth. 
sobre, sober. 



sœur,/., sister. 

soi, oneself, themselves. 

soie,/., silk. 

soierie,/., silk-making, silk. 

soif, /., thirst ; avoir — , to be 

thirsty. 
soigner, to care for, look after. 
soigneusement, carefuUy. 
soigneu-x -se, careful. 
soi-même, oneself. 
soin, X»., care, attention; avoir 

— , to be careful. 
soir, m., evening, night; tous 

les — s, every evening. 
soirée,/., evenmg. 
soit, see être. 

soixantaine,/., about sixty. 
soixante, sixty. 
sol, m., soil, terri tory, ground. 
soldat, m.^ soldier. 
soleil, m.y Sun. 
solide, strong. 
sombre, dark, somber. 
somme./., sum. 
sommeil, m., sleep, sleepiness; 

avoir — , to be sleepy. 
sommet, m,, summit, top. 
son, m,f Sound, ringing. 
son, sa, ses, his, her, its. 
songer, to think. 
sonner, to ring, souud, blow (of 

homs). 
sonore, sonorous. 
sorte,/., kind, sort; de — que, 

so that. 
sortir, to go out, come out, take 

out, come. 
sottement, foolishly. 
80ucieu-x -se, full of care, anx- 

ious. 
souffert, see souffrir, 
souffle, m., breath, blowing. 
souffler, to blow. 
souffrance,/, suffering. 
souffrir, to suffer, stand, en- 
dure. 
souhaiter, to wish, bid. 
soulagement, m., relief. 



vocabulary 



207 



soulager, to relieve, facilitate. 

soulever, to lift, raise. 

souleyer (se), to revolt, rise. 

soulier, m., shoe. 

soumettre, to conquer, submit. 

soupe,/., soup. 

souper, m.f supper. 

souper, to sup, eat supper. 

soupière,/., soup tureen. 

soupir, m.j sigh ; pousser on —, 
to heave a sigh. 

source,/., spring. 

sourire, m., smile. 

sourire, to smile. * 

souris,/, mouse. 

sous, under. 

soutenir, to sustain, stand. 

soutenir (se), to support one- 
self, stand up, help one 
another. 

souterrain, m., subterranean 
gallery (of mines). 

soutien, m.f support, supporter. 

souvenir, m., remembrance, rec- 
ollection. 

souvenir (se), to remember. 

souvent, often. 

soyez, see être. 

spacieu-x -se, spacious. 

spectacle, m.^ performance, 
spectacle. 

spirale,/, spiral. 

splendide, splendid. 

statue,/, statue. 

stérile, barren, stérile. 

studieu-x -se, studious. 

stupeur,/, amazement, stupor. 

su, see savoir. 

subir, to suffer, undergo. 

subit -e, sudden. 

sublime, sublime. 

succéder, to foUow one another. 

succéder (se), to follow one an- 
other. 

succès, m., success. 

successivement, successively, in 
succession. 

sucre, m.f sugar. 



sud-est, m,j South-East. 
suffire, to suffice, be sufficient. 
suffocant -e, choking, suffocat- 

ing. 
Suisse,/, Switzerland. 
suisse, Swiss. 
suite, /., continuation, resuit; 

à la — , af ter, as a resuit ; tout 

de — , at once, immediately; 

à sa — , after her, him. 
suivant, according to. 
suivant -e, next, foUowing. 
suivre, to follow. 
sujet, m., subject. 
sultan, m,. Sultan. 
superbe, superb. 
supérieur -e, superior, high. 
supplice, m., exécution, 
supplier, to beseech, entreat, 

supplicate. 
supposer, to suppose, 
suprême, suprême. 
sur, on, upon, over, in, f rom, at, 

towards. 
sûr -e, sure, certain, safe ; bien 

— , certainly. 
sûrement, surely, certainly. 
surlendemain, m., the day after 

next, third day. 
surmonter, to top, conquer, 

overcome. 
surnommer, to sumame. 
surprendre, to surprise, take by 

surprise. 
surpris -e, surprised. [prise. 
surprise, /., astonishment, sur- 
surtout, above ail, especially. 
sus (en), over and above. 
sut, see savoir, 
symbole, m., symbol. 
symétrique, symmetricaL 



tabatière,/, snuffbox. 
table,/, table; se mettre à — , 

to sit down at the table. 
tableau, m., painting, picture. 



2o8 



VOCABULARY 



tabouret, m,, stool. 

tâcher, to try, endeavor. 

taille,/., size, stature. 

tailler, to eut, carve. 

taire (se), to remain silent. 

talent, m,^ talent. 

talus, m.j slope, declivity. 

tandis que, while. 

tant, so much, so many, as 
much, as many ; — ... que, 
as much ... as. 

tantôt, sometimes, about, al- 
most; — ... — , now . . . 
then. 

tapis, m,f carpet. 

tapisserie,/., wall-paper. 

tard, late; plus — , later. 

tarder, to be long. 

tardi-i -ve, late. 

tas, m. y pile, heap. 

tel -le, such. 

télégraphe, m,, telegraph. 

tellement, so, so much. 

tempête,/., tempest. 

temps, m.f time, weather, while; 
il fait beau —, the weather 
is fine ; de — en — , f rom time 
to time, now and then ; à — , 
on time ; en même — , at the 
same time. 

tenailles,/. //«n, pincers. 

tendre, tender, loving. 

tendre, to extend, outstretch, 
hand out, hold out. 

tendresse,/., love, tendemess. 

tenez, take, see hère, look hère ; 
also see tenir. 

tenir, to hold, keep, resultj ne 
— qu'à, only to dépend. 

tenir (se), to hold one another, 
hold oneself, be; — debout, 
to stand up. 

tente,/., tent. 

terme, m., end. 

terminer, to complète, finish. 

terrain, m., ground, land, terri- 
tory. 

terrasser, to throw down, fell. 



terre, /., ground, earth, clay, 
land; pomme de — , potato; 
par — , à — , on the ground, 
floor; charbon de — , coal. 

Terre-Neuye,/., Newfoundland. 

terreur,/., terror. 

terrible, terrible. 

territoire, ]»., area, territory. 

tête,/., head; tenir — , to cope 
with, resist; par — , a head; 
mal de — , headache. 

thermomètre, m,, thermometer. 

tiède, mild, warm. 

tien -ne, le, la ; tiens, tiennes, 
les, thine. 

tiens, look 1 well, why ; also see 
tenir. 

tiers, m., third. 

tigre, m. y tiger. 

timide, timid, bashful. 

timidement, timidly. 

timidité,/., bashfulness, timid* 
ity. 

tirer, to draw, pull, get out. 

tiroir, m., drawer. 

tisser, to weave. 

tisserand, m., weaver. 

tisseur, m., weaver. 

titre, w., title, right. 

toi, thee, to thee, thou. 

toile, /, cloth, linen cloth ; — 
cirée, oilcloth. 

toit, m., roof. 

toiture,/., roof. 

tombe,/., grave. 

tombeau, m.^ tomb, grave. 

tomber, to fall; laisser — , to 
drop. 

ton, ta, tes, thy. 

tonnelle,/., arbor. 

tonnerre, m.j thunder; coup de 
— , clap of thunder. 

torrent, m,, torrent, 

tôt, early. 

toucher, to touch, confine, re- 
çoive. 

toujours, always, ever. 

tour,/., tower. 



VOCABULARY 



209 



tour, m.y trlp, tour, lathe, tum; 

faire le — , to go around; à 

son — , in his tum ; — à — , 

in tum, by turns. 
tourbillon, m., whirlwind, cloud 

(of smoke, dust) ; whirlpool. 
tourbillonner, to whirl. 
tourment, m., torment. 
tourmente -e, anxious. 
tournée,/., trip, round. 
tourner, to revolve, tum. 
tournoi, m., toumament. 
tournoyer, to whirl, wheel round. 
tout, ail, very, very mucb, quite. 

— en, while ; du — , at ail. 
tout -e, tous, toutes, ail, every. 
tout à fait, quite, entirely. 
toutefois, however, neverthe- 

less. 
tracas, m., difficulty, bustle. 
trace,/., trace, mark, 
traduire, to translate. 
tragédie,/., tragedy. 
trahison,/., treason. 
train, m., railroad train; bon 

— , rapidly. 
traîner, to carry, draw, drag. 
trait, m.y feature, trait, stroke. 
traité, m., treatise, treaty. 
traitement, m,^ treatment. 
traiter, to treat. 
trancher, to eut, slice. 
tranquille, easy, quiet. 
tranquillement, quietly, tran- 

quilly. 
tranquillité,/., quietness, tran- 

quillity. 
transformer, to transform. 
transporter, to convey, transfer, 

carry, transport; — de joie, 

to be transportée! with joy. 
travail, m., work ; habits de — , 

working clothes. 
travailler, to work. 
travailleu-r -se, worker. 
travers (à), through, among, 

across. 
traverse, see chemin. 



traversée,/, passage, crossing, 
trip. 

traverser, to cross, pass through. 

treillis, m.^ netting; — métal- 
lique, wire netting. 

tremblant -e, trembling. 

trembler, to shake, tremble. 

trempé -e, soaked, drenched. 

trentaine,/., about thirty, thir- 

ty. 

trente, thirty. 

trépassé -e, dead. 

très, very. 

tressailUr, to startle. 

tresser, to weave. 

triomphe, m., triumph. 

triste, sad. 

tristement, sadly. 

tristesse,/., sadness. [of us. 

trois, three; à nous — , three 

trompe, /., hom, trunk (of élé- 
phants). 

tromper (se), to mïstake, be 
mistaken, make a mistake. 

trop, too, too much, too many. 

trot, m,j trot ; au — , on a trot, 
trotting. 

trotter, to trot. 

trou, m., hole. 

trouble, m., émotion, trouble. 

troupeau, m.^ herd, block. 

troupes,/. //«r., troops, forces. 

trouver, to find, meet, think. 

trouver (se), to find oneself, be. 

tuer, to kill. [killed. 

tuer (se), to kill oneself, be 

tunnel, m,, tunnel. 

tut, see taire. 

tut-eur -rice, guardian. 

tuyau, m., pipe. 

typhoïde, typhoid. 



un -e, a, an, one. 
unique, only, unique, 
unir, to unité, connect. 



210 



VOCABULARY 



usage, m., usage, use. 
user, to use. 
usine,/., factory, mill. 
utile, usef ul. 



vache,/., cow. 

ya-et-vient, f»., going and com- 

ing, motion, 
vagabond -e, vagabond, tramp. 
vague,/., wave, 
vaillamment, valiantly. 
vaillant ~e, valiant, brave, 
vain -e, vain ; en — , in vain, 
vaincre, to conquer, vanquish. 
vainqueur, m., victor, conqueror. 
vaisseau, m,, vessel, ship. 
valeur,/., valor, courage, value, 

worth. 
valide, good, valid. 
valise,/., valise. 
vallée,/.; valley. 
valoir, to be worth, be as good 

as, be equal to ; — mieux, to 

be better ; — la peine, to be 

worth while. 
vannier, m., basket-maker. 
valseur, m., steamer, steamship. 
vapeur, /., steam ; bateau à — , 

steamboat. 
varié -e, varied. 
vase, m.f réceptacle, vase. 
vaste, vast. 
vaudra, see valoir, 
vautour, m., vulture. 
vécu -e, see vivre, 
veille,/, the day before, eve. 
veillée,/., evening, sitting up. 
veiller, to watch, nurse, 
velours, /«., velvet. 
vendange,/., vintage. 
vendangeu-r -se, vintager. 
vendre, to sell. 
vendre (se), to be sold, sell one- 

self. 
venir, to come, happen; faire 

— , to send for. 



vent, m., wind. 

vente,/., selling, sale. 

ver, w., worm. 

verdoyant -e, verdant, green. 

verdure,/., verdure. 

verger, w., orchard. 

vérifier, to examine, verify. 

véritable, real, true. 

vermicelle, m.^ vermicelli. 

verrerie, /., glasswares, glass- 

works. 
verrou, m., boit, 
vers, m.f verse, poetry. 
vers, towards. 
versant, m., slope. 
verser, to pour out, shed, pay. 
vert -e, green. 
vertu,/., virtue. 
vertueu-x -se, virtuous. 
vêtement, m., clothing, garment ; 

— s de rechange, spare clothes. 
vêtu -e, clothed, clad. 
veu-f -ve, widower, widow. 
veux, see vouloir, 
vice, m., vice, 
victime,/., victim. 
victoire, /., victory ; remporter 

une — , to get a victory. 
victorieu-x -se, victorious. 
vie,/., life, ]iving. 
vieil, see vieux, 
vieillard, m.^ old man, old peo- 

ple. 
vieux, vieil -le, old. 
vi-f -ve, keen, alive, vivid, 

sharp, ardent, eager. 
vigilant -e, vigilant, 
vigne,/, grape-vine. 
vigneron -ne, wine-grower, wine- 

maker. 
vignoble, ?«., vineyard. 
vigoureu-x -se, vigorous, strong. 
village, /»., village, 
villageois -e, villager. 
ville, /., city, town ; Hôtel de 

—, City Flall. 
vin, m.y wint. 
vingt, twenty. 



VOCABULARY 



211 



vingtaine,/., score, twenty. 

violence,/., violence. 

violon, m.y violin. 

virent, see voir. 

visage, m., face, visage. 

viser, to sign. 

visière,/., visor (of helmets). 

visite,/., visit, call. 

visiter, to look over, visit. 

visiteu-r -se, visitor, sightseer. 

vite, quickly; au plus — , as 

fast as possible. [dow. 

vitrine, /., show-window, win- 
vivacité,/., vivacity, quickness. 
vive, long live. 
vivement, deeply, keenly. 
vivre, to live. 
vivres, m. plur,, provisions, 

food. 
vœu, m., wish, vow. 
voici, hère is, hère are, this is; 

nous — , hère we are. 
voie,/, way. 
voilà, there is, are, behold, hère 

is. 
voile,/, sail. 

voir, to see ; faire — , to show. 
voir (se), to be seen, see one- 

self. 
voisin -e, neighbor, near by; 

— de, near. 
voiture, /., wagon, carriage, ve- 

hicle, coach. 
voiturier, m.^ waggoner. 
voix, /., voice; à hauts — , 

aloud; d'une même — , to- 

gether; à demi — , in a low 

voice. 
vol, m.j theft. 
volaille,/, poultry. 



volcan, m.f volcano. 

volcanique, volcanic. 

volet, m.f shutter. 

volière, /., aviary, large bird- 
cage. 

volonté,/., will, wish; de bonne 
— , willingly. 

volontiers, with pleasure» will- 
ingly. 

volume, fn,y volume. 

votre, vos, your. 

vouloir, to wish, will ; — bien, 
to like, be willing. 

vous, you, to you. 

vous-même, yourself ; — s, your- 
selves. 

voûte,/, nave, arch, vault 

voûté -e, bent. 

voyage, m^ .voyage, trip, trans- 
portation, travelling. 

voyager, to travel. 

voyageu-r -se, traveller. 

vrai -e, true, genuine, real, right. 

vraiment, truly, really. 

vue,/., sight, view. 



W 
wagon, m^ coach (of railroads). 



y, there, it, to it, them, to them, 
of it; il — a, there is, there 
are, ago; il — avait, there 
was, there were, ago. 

yeux, plur. of œil ; de tout ses 
—, êagerly. 



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Champfleary's Le Violon de Faïence (Bévenot). 25 cts. 

Gaatier's Voyage en Espagne (Steel). 25 cts. 

Balzac's Le Curé de Tours (Super). Vocabulary. 30 cts. 

Balzac: Cinq Scènes de la Comédie Humaine (Wells). 40 cts. 

Contes des Romanciers Naturalistes (Dow and Skinner). Vocab. 55 cts. 

Gtéyille'â Dosia (Hamilton). Vocabulary. 45 cts. 

Daudet's Le Petit Chose (Super). Vocabulary. 40 cts. 

Daudet's La Belle-XTivemaise (Boïelle). Vocabulary. 30 cts. 

Thenxiet's Bigarreau (Fontaine). 25 cts. 

Musset: Trois Comédies (McKenzie). 30 cts. 

Kaupassant : Huit Contes Choisis (White). Vocabulary. 30 cts. 

Taine's L'Ancien Régime (Giese). Vocabulary. 65 cts. 

Advanced Sélections for Sight Translation (Colin). 15 cts. 

"Dt Tocqueville's Voyage en Amérique (Ford). Vocabulary. 40 cts. 

Dumas' La Question d'Argent (Henning). 30 cts. 

Lesage's 611 Blas (Sanderson). 40 cts. 

Sarcey'S Le Siège de Paris (Spiers). Vocabulary, 45 cts. 

Ahout*S La Mère de la Marquise (Brush). Vocabulary. 40 cts. 

Chateaubiiand's Atala (Kuhns). Vocabulary. 30 cts. 

Erckmann^niatrian's Le Juif Polonais (Manley). Vocabulary. 30 cîs. 

Feuillet»8 Roman d'un jeune homme pauvre (Bruner). Vocab. 55 et» 

LaUche'fi La Cagnotte (Famsworth). 25 cts. 

La Brète*8 Mon Oncle et Mon Curé (Colin). Vocabulary. 45 cts. 

Dumas' La Tulipe Noire (Fontaine). 40 cts. Vocabulary. 50 ct8> 

Toltaire's Zadig (Babbitt). Vocabulary. 45 cts. 



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